‹ Explorations minéralogique des régions mexicainesChapitre 10 sur 46 · SIERRA-MADRE DU PACIFIQUE · texte numérisé non relu

SIERRA-MADRE DU PACIFIQUE

Mines. — Je qui t tais le i *'*' février la ville de Ghihuahua pour visiter la région montagneuse qui s'étend au sud du Parral jusqu'à la ville de Durango. J'abandonnais la route par laquelle j'avai& pénétré dans cette extrême province du Mexique, et, partant de Gerro-Gordo vers l'ouest, je me dirigeai avec ma petite troupe vers le minéral d'Indée, Je trouvai une ville détruite par l'effet des convulsions politiques des dernières années, quelques rares habitants sur ses ruines et des ex-

ploitations complètement abandonnées. De nombreux filons témoignent cependant de la richesse de ce district. Les minerais appartiennent en partie à la classe des sulfures argentifères traitables au patio, mais principalement aux galènes et aux boumonites argentifères, dont on n*a jamais su tirer un bon parti au Mexique.

Le minéral d'El-Oro se trouve à peu de distance dlndée. La facilité avec laquelle s'exploitent les alluvions et les filons aurifères que Ton y rencontre a retenu une popu- ' Ration plus nombreuse. Le produit des mines obtenu individuellement par les mineurs, sous forme de petites boules d*or représentant le travail d amalgamation dune semaine, sert de monnaie courante , et s*évalue ,* pour les échanges commerciaux, à \à piastres l'once. Les filons les plus intéressants sont ceux de pyrites arsenicales chaînées d'une forte proportion d'or. Une faible partie de celui que contiennent les minerais se trouve amalgamée dans leur porpbyrisation avec le mercure ajouté dans larrastra. Les résidus rejetés après la réunion et la cueillette de l'amalgame contiennent une proportion de métal précieux beaucoup plus grande que celle qui a été extraite. Ce mode de travail a quelque chose de navrant, quand on compare l'état de pénurie de la population à la valeur considérable des matières rejetées.

Ces filons de pyrites affectent la direction nord-ouest et inclinent au nord-est; ils se présentent groupés en faisceaux avec des puissances qui varient de 3 à 6 mètres. Dans certaines portions, ils se chargent de pyrites cuivreuses; cette association s'accuse aux ailleurements par de belles colorations bleues et vertes de carbonate de cuivre. Le terrain encaissant est formé de porphyres bruns. Toutes les exploitations et les petites haciendas de beneficio par Tarrastra sont groupées sur un même point, qui porte le nom de Ma-

gisiral. Cette petite localité est située à k kilomètres d*El- Oro.

Quelques filons de nature différente se rencontrent aux environs : ce sont d*abord des veinules chargées de cinabre, minerai recherché par quelques travailleurs isolés; puis, dans leur voisinage, un filon de fer oligiste auquel on n*a pas touché. En se rapprochant d*El-Oro, on rencontre une crête saillante composée de spath fluor saccharoîde et blanc qui appartient à un fdon dont on n a pas encore reconnu la nature. Au pied des collines s*étcnd dans la plaine lalluvion aurifère avec une puissance et une richesse dont la rareté des eaux ne permet lexploitation que pendant la saison des pluies. Ces mêmes alluvions quaternaires renferment des ossements appartenant aux grandes espèces éteintes. Je rencontrai , à i kilomètre d*El-Oro , à une petite profondeur sous le sol conti*e la berge d'un ruisseau, un fragment de défense d*éléphant mesurant i^'.^o de longueur sur 1 2 à 1 5 centimètres de diamètre. La matière organique était tellement désorganisée, que je ne pus en recueillir que les débris. Une molaire du même animal me fut montrée par un habitant d*El-Oro, qui l'avait trouvée h peu de distance dans le voisinage.

D'El-Oro je me dirigeai sur le minéral de Guanacevy, en passant par San-Bernardo ; puis , franchissant la première ride de la Sierra-Madre, j'arrivai dans ta grande vallée qui contient, à quelques lieues au nord, les placers de Sestin, plus riches, mais plus délaissés encore que ceux d*El-Oro.

Guanacevy est un minéral aujourd'hui presque abandonné. La production mensuelle de l'argent varie de i oo à Qoo marcs. Les minerais, contenant k onces à la carga ( 0^,83/1 d'argent à la tonne) sont abondants. Il n'est pas rare de trouver des minerais plus riches, et Ton peut évaluer k

un marc par carga (1^,668 par tonne) la moyenne de la teneur des minerais choisis que Von traite. Le mercure coûte 10 piastres la livre, 53 fr. 5o cent, les /i6o grammes; le sel, 6 piastres lafanega (60 fr. Thectolitre) ; le magbtrai, 3 rëaux Vdfanega (1 1 (r. les 100 kilogrammes). Les Ouvriers mineurs (barreteros)se payent de 6 réaux à une piastre. Telles sont les principales conditions du travail. Une compagnie anglaise y tenta autrefois d'importants travaux, construisit une grande hacienda, ouvrit plusieurs mines, établit dans ces montagnes la première machine à vapeur pour Tépuisement de la mine d*El-Agua sans parvenir è Tassécher. Cette compagnie dépensa sans résultat un demi-miiiion de piastres, et, après une tentative de dix-huit mois , cessa ses travaux vers la fin de 1 8/16 à la mort de son directeur, M. Robert Auld. Plusieurs des filons de Guanacevy offrent des minerais riches, d*une réduction si difficile, quils sont restés inexploités. Il y a là d'énormes ressources pour l'avenir; mais, pour le présent, les difficultés sont telles, que Ton conçoit facilement Tétat misérable que présente cette région retirée.. Le prix du mercure donné plus haut indique déjà les difficultés des approvisionnements pour atteindre des mines perdues au milieu des montagnes. Toutes les matières premières sont tirées de Durango et sont grevées de frais de transport qui s'élèvent à 8 piastres 5o par carga, ce qui équivaut à 3^6 fr. par tonne ^

De Guanacevy, en suivant le sentier tracé par la compagnie anglaise, on passe à Zape, puis à travers la Cienega d'Ëscobard, dépression de la chaîne de Candelaria, l'un des contre-forts de la grande Sierra.

Les porphyres métallifères déjà rencontrés à Guanacevy

' D*autre part, ie fret de Maxatlan à Durango varie de 18 à ao piastres par carga, soit de 670 à 776 francs par tonne.

sëtendentsoiiscesrameaux. A la Cienega-d*Escobard,,ils renferment des veines étroites de sulfures d*argent; Tune d'elles a été reconnue par un mineur, qui la tient secrète, mais qui montre des plaques de /l à 5 centimètres d'épaisseur de sulfure d'argent pur se coupant au couteau. Les porphyres métallifères sont recouverts de porphyres trachytiques imprégnés de calcédoine.

Après avoir traversé les hauteurs de la Candelaria, on descend dans la vallée de Venado, en passant près de celle de Topia, qui ouvre un chemin sur le versant occidental'de la chaîne du Pacifique. A Santa-Catarina , on peut constater les ruines de villages desTepehuanes, qui habitaient autrefois cette partie de la chaîne.

On continue à descendre la vallée encaissée du Rio-del- Venado , en passant sous le Presidio , petit village qui occupe un morne dominant la rivière. Un fortin , construit anciennement pour surveiller les Indiens de la Sierra , en est l'origine. Quelques petits ranchos, tels que ceux de Gorrales, • de Pasqual, deHerrera, del Cassadero, offrent des habitations et des cultures au bord d'une étroite vallée qui conduit à la jolie ville de Santiago de Papasquiaro.

Les haciendas des environs produisent beaucoup de mais; elles s'occupent surtout de l'élevage des bestiaux et particulièrement de celui des chevaux et des mules; ces dernières sont très-renommées au Mexique, comme toutes celles qui proviennent de l'Etat de Durango.

De Papasquiaro la route remonte, par la cote de la Mexicana, à l'hacienda de Ghinacates, où l'on atteint les plateaux intérieurs: c'est d'abord la grande plaine de Guatimape, limitée à l'ouest par la première ride de la Sierra-Madre, et à ^ l'est par le chaînon de Santiaguillo , à l'extrémité duquel se trouve le mineralito de San-Lucas; au delà et vers le nord

sont situées les exploitations d'étain de Coneto, au milieu dune petite chaîne granitique. Après avoir passé la Magdalena, on aperçoit la longue lagune de Guatimape, puis on traverse une suite de riches haciendas avant d'atteindre Durango.

Après un court séjour dans cette ville, je mis à exécution le projet formé depuis longtenips de traverser la grande chaîne du Pacifique, dont je n'avais encore étudié, en la longeant depuis le Ghihuahua, que la partie attenante aux plateaux. Je désirais cette fois procéder h une reconnaissance orographique et géologique de la constitution de cette Sierra remarquable, en la traversant de Durango jusqu'à la limite du Sinaloa , puis en revenant au point de départ par une route différente , de façon à obtenir deux coupes espacées à une certaine distance.

La plaine autour de Durango est située à une altitude de 1 ,900 mètres et fait partie de la surface des grands plateaux intérieurs. A 1 o kilomètres à l'ouest de la ville commence le pied de la chaîne; on en franchit le premier cor- . don par une altitude de 2,600 mètres; puis on redescend à la Casita pour trouver devant soi le grand massif central présentant à Test deux ondulations : la première s'arrête vers Durasnito , et la seconde atteint sa hauteur maximum après le passage de Los Escalones. De ce point élevé, qui occupe la cime de la chaîne, le versant ouest se déroule en mouvements allongés jusqu à Milpillas, l'un des villages des Indiens Tepehuanes. Plus loin les mouvements de terrain s'accusent par une série de plateaux étroits sépares par des coupures abruptes et peu profondes. A l'extrémité de ces petits plateaux, la chaîne descend tout d'un coup, par un versant brusque, jusqu'au Rio-San-Diego. Dans le court espace nécessaire pour parcourir cette pente vertigineuse, on

traverse successivement toutes les zones climatériques qui se trouvent nettement accusées par la distribution des végétaux. Le haut du versant, plus élevé que les plateaux, est couvert de pins, parmi lesquels on remarque locote et loyamel. A la hauteur des plaines apparaissent le yucca et le maguey. La zone des chênes avec leurs diverses variétés succède à la précédente, puis viennent les plantes de la zone tempérée, arbusteset végétaux variés; enfin on pâment au milieu des espèces tropicales, qui garnissent les bords de la rivière et parmi lesquelles se dressent de gigantesques cactus-cierges.

On croirait parcourir des yeux cette admirable page de TAtlas de Humboldt, où le grand voyageur a si nettement présenté la distribution des plantes aux diverses altitudes de la chaîne des Andes, et Ion reconnaît qu il a simplement noté, en observateur fidèle, tordre des végétaux que la nature a distribués d'une manière si précise.

Le contraste que présentent deux régions voisines aussi différentes d*aspect est saisissant pour le voyageur qui passe Subitement de l'une à lautre. Le matin tout était couvert de givre autour de notre campement. Le silence des grandes forêts et les vastes horizons, qui, de leurs sombres massifs, s'ouvraient parfois sur les groupes de la chaîne, pénétraient l'âme d'un sentiment de grandeur et d*isoleraent. Quelques heures plus tard tout était changé : la lumière, la chaleur, la vie, répandues à profusion, animaient la nature entière. Au milieu de flots d*air h Téclat scintillant et aux senteurs pénétrantes, arrivaient à l'oreille mille bruits confus que dominaient de leur vacarme les nuées de perroquets.

Le Rio-San-Diego est une rivière d'un certain volume, qui , se grossissant des torrents qu'elle reçoit dans son

cours parallèle à la chaîne, va se jeter au sud dans rOcéan, après avoir traversé la petite ville d*Acaponeia, dont elle prend le nom en atteignant les terres basses. L'autre rive de ce cours d*eau est formée d*un haut massif, dernier mouvement de la chaîne renfermant les mines de San- Gavier. Plus loin , la Sierra se termine par ime série de contre-forts, qui vont en s*abaissant jusqu'auprès dutnv«ige, et qui accidentent par des collines toute la surface du Sinaloa. Laissant de côté ce dernier cordon, que la difficulté des chemins et plus encore les événements qui se passaient alors aux environ de Mazatlan^ ne permettaient pas de franchir sans danger de ne pouvoir revenir sur ses pas, je remontai Fun des ravins quis*en dégagent, et jen atteignis le sommet par Zapote et Pueblo-Nuevo, afin de compléter, par le développement d*un horizon sétendant jusquà la mer, Texamen de la constitution de la chaîne dans ses derniers mouvements. C est ainsi que je relevai la position des mines de Panuco, dont le pic de soulèvement (6a/a) se dégage brusquement des sommités environnantes. La position de San- Sebastien et de Copala me fut également signalée par mes guides dans les derniers plis de la chaîne.

La population de Zapote et de Pueblo-Nuevo appartient en grande partie à la race Nahuatl, et Tidiomc mexicain y est encore en usage; elle cultive la canne, et en fabrique, par des moyens primitifs, de petits pains de sucre connus sous le nom de panoches, qui sexportent vers les plateaux avec les fruits de la terre chaude. Le bananier se cultive en bordure autour des champs de cannes, et le caféier s étend sur le versant des vallées. On ne peut se faire une idée de Taspect riant de ces petits vallons enfouis dans les plis de

' i8 mars 1866, attaque de Maxallan par les forces de Coron<i.

la grande chaîne; les eaux y abondent et se précipitent en cascades et en torrents; tout est boisé et touffu. Les villages s*ëtendent tantôt au fond des goi^es, tantôt se dressent sur le sommet de quelque escarpement. Une population alerte et laborieuse parait heureuse de vivre ainsi isolée des agitations qui tourmentent le reste du Mexique.

De Pueblo-Nuevo j'effectuai le retour en gagnant un plateau élevé qui domine de Tautre côté la vallée de Chavarria, et qui se maintient à une altitude dépassant souvent 3.000 mètres. Toutes ces parties de la Sierra, comme les autres sommets élevés de la chaîne, sont composées de tufs et de congloméi^ats trachytiques ; ces derniers occupent la partie supérieure, ils forment un étage de plusieurs centaines de mètres et recouvrent des porphyres souvent métallifères, comme ceux que l'on rencontre à Pueblo-Nuevo et à San-Gavier. Tantôt ce sont des roches métamorphiques , quel*on peut suivre dans leurs changements progressifs, en seloignant des massifs éruptifs pour arriver jusqu'aux roches sédinientaires qui leur ont donné naissance.

On rejoint au Salto , après doux journées de marche au milieu des grandes forêts de pins, le chemin muletier qui joint Durango au port de Mazatlan , et Ton parcourt des plateaux plus bas, moins boisés, au milieu desquels s'étendent de grandes prairies. Ces sites ont servi de cantonnement à d'anciennes populations, comme le prouvent les traces de leurs villages qui se remarquent entre Coyotes et Àgua-Escondida. La portion de la chaîne que l'on parcourt ensuite entre le Llano-Grande et Los Mimbres est plus accidentée. Les obsidiennes et les amygdaloîdes apparaissent au milieu des tufs et des brèches. Les arbres resserrent le sentier de plus près, et bien des drames se sont passés sous leur ombrage, à en juger par le nombre de crânes et de sque-

lettes humains qui sont tixés à leurs branches. On impute généralement aux Âpaches ces assassinats multipliés, qui se continuent cependant encore depuis que ces sauvages ont cessé leurs incursions. La dernière dépression de la chaîne traversée par le Rio-Ghicp est signalée par des basaltes dont les masses occupent le dernier bourrelet jusqu'à la naissance de la plaine de Durango.

L'itinéraire complet de cette reconnaissance avait nécessite un parcours de 33o kilomètres; neuf déterminations astronomiques en avaient iixé les stations principales, et le baromètre, pénétrant pour la première fois au milieu de ces accidents de terrain, avait déterminé 36o cotes de hauteur, destinées à reproduire les profils détaillés de la chaîne.

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