SITLATION DES MINES AU MEXIQUE
Surface métallifère. — Daprès la revue rapide qui a été donnée aux paragraphes précédents, il est démontré que rétendue des terrains métallifères au Mexique est plus considérable qu'on ne le pense généralement; elle mesure les quatre cinquièmes de la surface du pays, et comprend Tespace limité par les côtes de focéan Pacifique dune part, et de l'autre par une ligne parallèle menée de Paso-del-Nortc à Tehuantepec. Ce parallélogramme ne mesure pas moins de
a, 000 kilomètres de longueur sur 600 de largeur. La Sierra- Madré du Pacifique occupe le milieu de cette figure et la partage en trois régions distinctes : terres basses , montagnes et plateaux. Les filons métallifères sont répartis irrégulièrement dans ces trois régions. Les mines situées sur les plateaux ont reçu entre toutes le plus grand développement en raison du climat, des ressources agricoles et de la facilité des communications. Il n'est point certain qu elles soient les plus riches, elles ont été et elles sont encore les mieux exploitées. Elles comprennent, comme nous lavons déjà indiqué dans les pages précédentes, les mines du Real-del-Monte , Guanajuato, San-Luis-Potosi, Zacatecas, Gatorce, Fresnillo, Sombrerete, Parral, Ghihuahua, etc. La cordillère que les anciens géographes faisaient passer par ces lieux célèbres , et qui na point disparu de la plupart de nos cartes, n'existe pas. Les cartographes allemands, mieux renseignés, en ont fait justice depuis quelques années. Il serait à désirer aussi que nos minéralogistes cessassent de faire courir, sous le nom de Veta-Madre, le même filon par toutes ces mines.
Systèmes défilons. — En réalité , il y a dans chaque localité un système isolé de filons quelquefois facile à saisir; il se compose d'un faisceau de filons directeurs, orientés presque toujours du N. O. au S. E. , et de filons croiseurs offrant des directions variées; d'autres fois, au contraire, c'est un réseau de veines métalliques d'un enchevêtrement très-compliqué, et il est rare que deux localités voisines ne présentent pas entre elles une très-grande dissemblance de gisement.
Distribution géographique. — Ges groupes de filons occupent des massifs surélevés et isolés les uns des autres sur le grand plateau mexicain ; cependant on trouve aussi des filons
dans la plaine autour de collines basaes, comme au Prèsnillo, à Plateros, k Ramos, à Gharcas, à San-Lucas et dans vingt autres endroits. H est probable que les alluvions en cachent beaucoup d'autres. La Sierra-Madre contient les exploitations renommées de Batopiias, Guadaiupe-y-Galvo, Morelos, San-Dimas, Guarisamey, Panuco, Bolanos, etc. Les terres basses présentent en Sonora de nombreux gise* ments plus irréguliers que riches, parmi lesquels il faut citer ce bizarre enchevêtrement de filons placé près du Rio- Yaqui et que Ton a nommé bonanziia. Le Sinaloa offre les gisements d'Âlamos, Culiacan , San-Sebastien, del Rosario, etc.; le Jalisco, les mines de Gompostella , San-Sebastien et celles qui s'étendent au sud de Mascota jusqu'aux environs de Golima. Le Michoacan, le Guerrero et l'État d'Oajaca renferment des exploitations qui avaient un renom à l'époque de la conquête de Gortez. La situation si différente de ces gisements ne permet guère de résumer leurs caractères dans un exposé aussi bref que celui-ci. On peut cependant en indiquer les écarts extrêmes. Les mines s'exploitent à toutes les altitudes, depuis un niveau inférieur à celui de la mer (mines du Rosario-Sinaloa) jusqu'à près de 3,ooo mètres de hauteur dans la Sierra-de-Catorce (mines de Guadalupe et Purissima).
Distribution géologique. — Les filons sont répartis dans les terrains qui couvrent l'immense étendue de la surface métallifère; on les rencontre dans les grès, les conglomérats, les brèches, les calcaires, les schistes appartenant aux formations secondaires. Ils sont souvent enclavés dans des roches métamorphiques d'une nature particulière, qui forment, au Mexique, une classe de porphyres très-curieux à étudier. On en trouve partout où se montrent des roches
cristallisées , dans les granités, les syénites, les gneiss, les diorites. Les minerais les plus abondants sont les galènes ai^entifères {metales de fuego), peu exploitées; les minerais argileux dits colorados f contenant des chlorures et des bromures d'argent que Ton traite par Tamalgamation à chaud; les minerais d'argent quartzeux dits M^jfro5, parce qu'ils contiennent l'argent à l'état de sulfure; c'est la classe la plus exploitée : elle est traitée par la méthode mexicaine de l'amalgamation à froid; elle fournit les huit dixièmes de l'argent produit par le Mexique. Les minerais courants contiennent d'an à deux millièmes d'argent; les minerais de première classe renferment, en moyenne, (2e trois à quatre millièmes; les minerais plus riches sont rares, et leur rencontre dans les exploitations constitue ce que, dans le langage local» on ap* pelle une bonanza. Ces sortes de bonnes fortunes ont, à différentes époques, enrichi les exploitants et porté très-haut la réputation des mines; leur souvenir quelquefois rafraîchi est un mobile bien plus puissant pour le mineur mexicain que le profit courant de son industrie. Aussi doit-on mettre au nombre des causes qui ont soutenu jusqu'à nos jours la production de l'argent dans cette contrée , non point la richesse absolue des minerais, mais bien plutôt cet appât de la fortune aiguisé des chances du hasard , et la multiplicité des filons, qui est telle, que tous n'ont pu être effleurés.
Législation des mines. — Les conditions que les lois, les coutumes locales et l'esprit de la population ouvrière imposent à l'exploitation des mines doivent être indiquées à leur tour. La législation des mines a été fixée par les ordonnances royales décrétées en 1783 par Charles III. La richesse minérale avait déjà cessé d'être une propriété régalienne depuis l'année 1 58 & sous Philippe II; il fut reconnu par les ordon-
nances que toute mine nouvelle appartient à celui qui la dénonce , pourvu que , dans les deux mois suivants , il ait pratiqué sur le filon un puits ou une galerie d'au moins i o varas de profondeur. Les concessions [pertenencias) sont limitées i un carré de 200 varas de côté ( 1 70 mètres). Les mines abandonnées peuvent, au bout de deux mois, être dénoncées de nouveau. Pour les haciendas de beneficio, le délai d abandon est de quatre mois après que les machines en ont été retirées et lorsque les toits des ateliers sont tombés.
Certaines prérogatives sont assurées aux mineurs et aux propriétaires d*haciendas; elles les mettent à Fabri des poursuites des créanciers en empêchant Texpropriation. Le droit des créanciers ne s étend pas plus loin que la demande d*un syndicat qui leur permette de se payer sur les produits jusqu'à concurrence de leur créance, à charge de fournir au débiteur une pension alimentaire pour lui et sa famille.
Un tribunal général de mineria, siégeant à Mexico, était chargé de juger en dernier ressort les contestations et les appels de tribunaux semblables établis dans chaque district. La législation est tellement entrée dans les coutumes locales, sauf toutefois pour ce qui a trait à la bonne exploitation et à la sécurité des ouvriers, que le rôle de ces tribunaux s est peu à peu effacé; ils ne sont plus aujourd'hui que des comités consultatifs. Quelques-uns possèdent encore des archives très-intéressantes à consulter.
Ces ordonnances, en assurant à tout mineur qui en a le désir la libre exploitation d'une concession réduite, ont donné une grande impulsion à l'industrie métallurgique; il faut reconnaître cependant que le morcellement extrême qui en est le résultat est une condition fâcheuse pour rétablissement de grandes compagnies et pour l'exploitation économique des filous. Toute exploitation qui veut s'étendre
peut bien obtenir des extensions supplémentaires autour d'elle , mais , si elle a des voisins munis déjà des mêmes droits , elle est obligée de traiter amiabiement avec eux, souvent à des conditions très-onéreuses, soit pour Tachât de leurs pertenencias, soit pour l'exploitation en commun, au moyen dune redevance payable par une certaine proportion des minerais extraits.
Popalation des mines. — La population ouvrière des mines forme , au Mexique , une classe bien distincte. Le mineur mexicain est libre et n'est attaché par aucun contrat à l'exploitant qui le fait travailler; il peut même devenir son égal en dénonçant une mine, et, plus d'une fois, on a vu un de ces mineurs isolés, favorisé par la fortune, obtenir des rois d'Espagne jusqu'à des titres de noblesse. On conçoit combien une telle population, restée d'ailleurs fort ignorante, doit être difficile à manier. Le mineur mexicain est joueur; il dépense au jour le jour le produit de son travail , vivant pauvre en temps ordinaire et dans la prodigalité en temps de bonanza. Il est alors plus enclin à la rapine, et la surveillance la plus active n'empêche pas le détournement de riches échantillons. Le mode de travail qu'il préfère est l'exploitation libre d'un chantier, dont une partie de l'extraction lui est abandonnée pour son travail et tout ce qu'il fournit ^ C'est ordinairement la moitié des minerais qu'il reçoit. Il fait deux tas sur le carreau de la mine, et le propriétaire choisit le sien. Le travail du mineur se règle aussi, comme dans nos exploitations d'Europe, soit à la tâche (avancement de galerie ou de front de taille), soit à la journée. Ils se servent, comme outils, du marteau, de la pointerolle, du coin et du fleuret; beaucoup
' Ce genre de travail se nomme partido, et les mineurs, dans ce cas, s*appellent htucones.
refusent de se servir du pic et de rien changer à leur manière d attaquer la roche. Ils s* éclairent avec des chandelles à raison de trois par poste. Le transport des minerais se fait h dos d*hoinme jusqu a la recette du puits et souvent jusqu'à la surface. Les tentatives pour établir un roulage ont échoué devant rentêtemcnt des ouvriers.
Progrès introduits dans texploitation des mines d'argent. — Les améliorations apportées dans ces dernières années se sont bornées à Tintroduction de machines d*épuisement et de machines d'extraction mues par la vapeur, progrès déjà considérable, si Ton songe que «toutes les exploitations prospères autrefois ont été abandonnées dans la période de leur plus grande activité par suite de l'abondance des eaux. Cette aflluence est telle à un certain niveau, qui varie de aoo à 5oo mètres, suivant la disposition du terrain, qu'aux puits de Valenciana et de Rayas, à Guanajuato, cinq manèges, mus chacun par huit^ chevaux lancés au galop et changés toutes les heures , ne parvenaient pas à étancher la crue de l'eau. Jai vu encore un exemple frappant de ce mode de travail à la Maroma, dans la Sierra-dc-Catorce. L'exploitation, parvenue à 3o mètres de la surface, a rencontré une veine d'eau considérable; on parvenait à maintenir un niveau constant an moyen de quatre manèges attelés chacun de quatre chevaux changés toutes les heures; 192 chevaux, en deux postes, se succédaient à ce travail dans les vingt-quatre heures; l'extraction ne s'élevait pas à plus de 10 tonnes de minerais, et encore était-on forcé de les arracher sous l'eau. Il est évident que tout le fonds social de la compagnie était employé à maintenir un équilibre instable, tentative qui devait la ruiner dans un temps facile à fixer à l'avance.
L'exploitation des mines, en dehors de l'installation des
machines à vapeur pour lextraction des minerais et pour Tëpuisement des eaux [desagàe) , n*a fait aucun progrès. On peut même dire que les filons argentifères sont moins bien exploités qu autrefois, la conduite des travaux restant trop souvent abandonnée au hasard ou aux impressions de Touvrier mineur. On doit cependant reconnaître chez celui-ci un coup d œil de détail assez sûr pour le guider dans le champ étroit de son chantier et pour lui faire reconnaître exactement les variations de la teneur des minerais et les changements de composition qu s*y manifestent.
Espèces minérales de l'argent, — Les minéraux de largent sont assez nombreux dans les filons du Mexique. Le tableau suivant indique les plus répandus et donne les dénominations sous lesquelles les mineurs les désignent. Ces espèces sont quelquefois isolées en beaux échantillons cristallisés qui permettent d'étudier en détail leur système cristallin; mais généralement elles sont disséminées en petite proportion au milieu d*une gangue quartzeuse, à laquelle sont associés fréquemment le spath calcaire , quelquefois la stéatite et assez rarement le spath fluor.