RECONNAISSANCE DES RUINES
Sommaire. Relief du Cenro-de-los-Edificios. — Abords des ruines. — Le temple, disposition et genre de maçonnerie. — Pylône et esplanade. — Habitation inférieure , plans et détails. — Habitation supérieure. — Terrasses , parallèles, passages, escaliers, toits, etc. — Type de la maison mexicaine. — Citadelle, moyens de défense, murailles, terrasses échelonnées, retranchements. — Traces du siège soutenu par la forteresse. — Pierres taillées , les serpents symboliques, haches et coins de pierre.
Le croquis fig. 9, pris à deux kilomètres au S. 0. donne une idée de l'aspect de la montagne : on distingue, sur la partie sud, des terrasses en gradins qui en occupent la déclivité et que recouvrent des constructions régulières dont le détail est indiqué sur le plan que j'en ai levé et qui servira plus loin à leur description, pi. V. Je m'arrêterai un moment au relief et à la nature géologique du terrain. Le Cerrode-los-Edificios, de même que les collines qui l'entourent et les hauteurs qui dominent la vallée à l'E. et à l'O. , appartient à l'étage géologique qui couronne les grands plateaux du Mexique depuis le lac Chapala jusqu'au rio del Norte. Cet étage est formé de tufs feldspathiques à stratification pseudo-sédimentaire passant fréquemment, par voie de métamorphisme, à des porphyres de contextures variées. La roche qui forme le Cerro par assises minces est grenue, faiblement cristalline; elle a été soulevée suivant l'orientation
N. 0. , de sorte quil en est résulté, du côté ouest, un escarpement vertical de 1 5 à 20 mètres, et, vers l'est, des pentes irrégulières suivant l'inclinaison. La roche est disposée en assises régulières peu adhérentes; on peut enlever avec facilité des dalles de Ix k 6 centimètres d* épaisseur et de la dimension latérale que Ton désire, parfaitement unies, sonores et se façonnant aisément par le choc sur leurs parties latéi^les, de manière à limiter leur surface à la forme désirable. Ce sont ces matériaux naturels qui ont servi à la construction des monuments qui s'élèvent sur la montagne.
Les anciens se sont bien gardés d'employer la même roche, passée à l'état d'amygdaloïde, par l'elTetde la l'oche soulevante; plusieurs de ces blocs se rencontrent sur la pente E. entre les murs de soutènement, tandis que la masse couronnant le sommet de la montagne en est entièrement formée.
Le Cerro-de-los-Edificios se trouve placé à 5 kilomètres au N. N. E. de l'hacienda de la Quemada; je m'y rendis en suivant une chaussée ancienne qui part d'une petite colline tabulaire (la Mesila) et aboutit, au pied des ruines, à un massif de maçonnerie fruste qui fut un tronc de pyramide quadrangulaire; de ce point, une chaussée beaucoup plus large et élevée de quelques décimètres au-dessus du terrain, comme la première, gagne en pente douce le pied sud de la montagne et arrive à un petit escarpement flanqué de deux tables pyramidales en ruines. Là il faut gravir un talus éboule de 4 à 5 mètres au milieu des pierres el des cactus, sans qu'il soit bien facile de se rendre compte que l'on foule un escalier antique. On arrive ainsi h une plate-forme assez vaste, mais défigurée par quelques murs nouveaux , divisions de polreros\ qu'il faut se hâter de supprinïor par la pensée.
' Pâturages.
A droite, occupant rextrémité sud de la plate-forme, un monument remarquable attire tout d'abord lattention : il se compose d*une cour rectangulaire de 60 mètres sur 'jk , limitée au sud et à Fouest par des murs rectilignes sVlevant sur talus en pierres sèches; 00 y descend par trois marches qui régnent dans toute la longueur du côté nord. Quant au quatrième côté à Test, il parait avoir servi de péristyle à un monument massif. Une colonne encore debout, la base de celle qui se trouvait à Textrémité nord, ainsi qu'une ou deux autres renversées sur place, permettent de compléter la série de sept, peut-être huit, qui formaient la colonnade extérieure de ce bâtiment dont la destination semble être celle d*un Uopan^, Le mot temple est le plus convenable qui se présente à Tesprit pour rendre l'impression que produit ce monument : il mesure, à l'intérieur, 3o mètres sur Sg. Onze colonnes , toutes debout , y sont disposées suivant un rectangle qui mesure, aux axes, i5 mètres sur 26; le diamètre des colonnes est de 1 ",80 ; elles sont cylindriques et s'élèvent sans bases ni chapiteaux , d'une seule venue , à la hauteur de S^jSo; la rangée de colonnes opposée à l'enlrée compte une colonne de plus, cinq au lieu de quatre (fig. 10). Cette disposition, qui peut choquer sur le plan, n'est nullement disparate pour le spectateur qui, pénétrant dans l'enceinte, se place dans l'axe de l'entrée, à l'endroit où manque la symétrique de la onzième colonne. En effet les entrecolonnements ont été tellement calculés, qu'il voit de ce point les colonnes de la deuxième rangée soustcndant d'axe en axe le même angle visuel. Les murailles, d'une hauteur égale h celle des colonnes, ont une épaisseur de 2"", 70; elles ne portent d'autre ouverture qu'une entrée large de 1 o mètres; une brèche à l'angle N. E. est la suite d'un éboulement.
' Trnpan , en langage naliuatl, signifie trmple, lieu consacré.
Le mode de conslruction de ce monument donnera une idée de l'appareil de maçonnerie employa pour tons ceux qui
FiR. .o.
se trouvent diins le voisinage. Des pierres plates , d'une épaisseur moyenne de ô centimètres , ont servi, comme je l'ai dît plus haut, à composer la oiaçonnerie. Le côté du parement a été détaché par le choc en une ligne droite , et les pierres ont été posées en assises régulières, comme le montre la Fig. ...
figure I I, sur des lits de 3 centimètres d'épaisseur, formés de limon mélangé d'herbe sèche; ce mortier naturel a pris
une consistaDce assez considérable par la dessiccation. Les murs devaient être enduits d*un crépissage de même matière, comme j*en ai acquis la preuve dans un autre bâtiment; il n'en reste pas trace dans le temple. Bien plus, l'action de la pluie sur un pareil ciment a eu pour résultat de corroder les lits de mortier jusqu'à 3 et 4 centimètres de profondeur et de mettre à nu le relief de l'appareil. Dans la construction des colonnes se présente la même disposition de matériaux ; on a eu le soin de donner aux dalles qui forment le parement extérieur (fig. i 2 ) une coupe concentrique
G,. . à Taxe. Il est indubitable qu'elles devaient être
rig. 12. T , ^
garnies extérieurement d'un enduit. Etaientelles revêtues de ces couleurs vives dont les populations mexicaines de diverses époques ont eu coutume de décorer leurs monuments?
Tout me porte à penser le contraire et à voir dans le mode de revêtement de ces murailles l'emploi d'une matière ayant une grande analogie avec les stucs blancs des Casas-Grandes.
11 ne reste aucun vestige du toit ou de la terrasse qui recouvrait le temple. Cette couverture ne paraît pas avoir été formée par de grandes tuiles de pierre, qu'il était cependant si facile de débiter sur place. On n'en retrouve aucun indice aux environs du bâtirnenl.
La colonnade extérieure placée devant le temple formait le pronaos ou caltentli, et devait être recouverte de la même manière, par une terrasse, comme on le remarque dans les monuments mexicains qui se sont conservés en entier dans la province d'Oajaca et dans celle du Yucatan.
La cour située devant le temple en formait comme l'atrium ou ithuallL Au centre on remarque quelques blocs de pierre qui ont pu appartenir à un monument pyramidal sem-
— lOS — blable à ceux que nous rencontrerons au milieu des cours des autres ëdificcs.
Au nord du temple s'ouvre une grande voie de 1 80 mètres de longueur, dans l'axe de laquelle s"ëlève un tronc de pyramide carrée. La ligure 1 3 en donne une idée exacte dans sou état actuel. Ce monument mesure 16 mètres de
c6té h la liase et une hautetu' de t^ mèlres. qui n'est pas complète; car, sî l'on cube les matériaux qui sont tombés du baul, le long des quatre faccf, on nrrive à compléter la liauteur de iG niètrfs que devait avoir ce pylône; il est massif comme I n iTit voir une fouille lécpiite faite par un Fip chenhear de (résnr [{\g. i!\)\ îl se com-
pose d'un pilier central plus kirgc de h bise et sur lequel sont appuyées les qnatn laces, également plus larges k la bnsc qu'en baut. D'après ce que l'on sait des coulâmes leligienses des anciens Mexicains, il
,. fl
est assez probable, par la forme de ce monument, qui ne présente aucune trace d*escalier, et plus encore par sa position, qu'il était destiné à porter Timage de quelque divinité. I/cDigie de bois du dieu Huitzilopochtli^ qui accompagnait Fig. i5. les tribus mexicaines dans leurs migrations, nous est, en effet, représentée par les anciennes peintures comme occupant le sommet d'un pylône; la figure i5 en donne la reproduction d*après le manuscrit des migrations nahuatles conservé au musée de Mexico.
Les terrains placés h Touest de lavenue sont disposés en esplanades avec des détails de divisions qu*il est bien didicile de préciser au milieu des cactus et des mesquites qui les ont envahis \i\s durent faire partie, avec le temple et l'avenue , d'un espace desliné vraisemblablement aux fêtes religieuses; larea totale mesure une surface de 3o,ooo mètres carrés, capable de recevoir 6o,ooo spectateui*s au moins.
Les bâtiments qui occupent les déclivités de la colline, au N. O. de l'esplanade, semblent avoir eu une destination toute différente; d'abord ils n'étaient pas disposés pour recevoir une grande adluenre, si l'on en juge d'après letroitesse des passages qui v donnent accès. (Voir la planche VL) La première habitation se compose d'une cour carrée ou plate-forme horizontale établie en terrasse sur des murs en talus. Le milieu de celte terrasse se trouve à 8o centimètres en contre-bas du pourtour extérieur, et forme un carré de 2 2 mètres de côte, dont le centre porte une petite construction pyramidale de 3 mètres de largeur h la base. Le côté nord est occupé par une pyramide tronquée de 12 mètres de hase sur 6 mètres de haut et se terminant par une plateforme carrée de 6 mètres de côté, à laquelle conduit un
' Divinilô çup^^i^r^.
escalier roide, occupant, sur le milieu de la face sud, 4 mètres de largeur. Les trois autres côtés du pourtour de celte cour intérieure ont 7^,75 de largeur, et sont divisés longitudinalement en deux parties : Tune, de 2",75, devait servit de galerie intérieure; l'autre, de 5 mèlres de profondeur et surélevée de 20 cenlimètres sur la précédente, occupait le périmèlre extérieur de la terrasse. On retrouve sur le sol les traces de murs espaces de /i",5o, et, le long du parapet, la base de petits piliers carrés distribués à i^.So de distance les uns dos auti'es. L'ensemble de ces conslructions devait former une galerie couverte divisée en compartiments ou loges dont Taspect ne pouvait être que très-gracieux. A Toucst, une série de petites chambres communiquant entre elles, servaient d'habitation, tandis qu'à l'est, et en dehors du corps de logis, d'autres chambres, d'une construction plus rustique, semblent avoir été destinées aux gens de service. Les abords de Thabitation se trouvent complétés par deux terrasses sans bâtiments: l'une s'étend au sud en contrebas, et l'autre, beaucoup plus petite, est élevée au nord en contre-haut de l\ mètres sur la terrasse principale. Une communication directe avec le bas de la montagne existe entre les roches, derrière les chambres de l'ouest; c'est une Pi„ ,(j, sorte de glissière qui fut peut-être
un escalier. Une petite table pyramidale (fig. 16) domine cette sortie comme pour la garder. Il est i\ remarquer que toutes les issues, tous les passages, sont garnis d'un petit monument semblable, sorte de vigie qui pouvait bien servir de poste à un gardien.
L'examen de la planche VI achèvera de compléter la description de cette première habitation et en indiquera les
détails. Signalons sciilrment à l'ouest une chambre sans ouvertures; elle renferme un massif rectangulaire de maçonnerie qui la remplit presque entièrement, et dont la destination est difTicile à déterminer.
Le mode de construction employé pour ces bâtiments est le même que celui dont j'ai parlé plus haut â l'occasion du temple : c'est une maçonnerie à mortier terreux pour les grandes constructions , et un appareil en pierres sèches pour les talus de terrasse et les murs de simple division.
La seconde habitation ocrupe un espace horizontal disposé en terrasse au haut d'un talus qui domine de lo sh la mètres la première; elle répond encore mieux au caractère général que l'on peut se faire d'une habitation aristocratique (le cette époque. On y retrouve la même cour intérieure, entourée d'une galerie à un niveau plus élevé de 80 centimètres; des escaliers ménagés sur trois faces relient la cour 5 la galerie. Le même petit monument carré à gradins en occupe le centre; il est fortement bouleversé par une fouille probablement ancienne; on peut néanmoins mesurer la longueur d'un do ses cotés reste intact.
Un môle pyramidal, terminé en plate-forme, occupe encore le côté nord de la cour; il est semblable à celui que j'ai indiqué à l'otage inlériour, mais d'une conservation beaucoup plus complète; il so prête niioux à la description. Il mesure 1 Ix ujolros à la base et b"\io de hauteur; la plateforme a 6 mètres de côté; ou y monte par un escalier de Ireize marches de /io contimèlros de hauteur, suivant le talus du môle, incliné à 5o° sur l'horizon. La maçonnerie est massive, et présente, comnie dans le pylône votif, un noyau contrai contre lequel los quatre faces sont appliquées. Dans le môle de la promièro habitation, le massif central a élo enlevé par une fouille déjà ancienno, qui fa consi-
durablement défiguré en couvrant les faces extérieures de ses débris. Cette destruction a permis de prendre une idée de la structure intérieure du massif. Les talus de la pyramide sont formés de gradins biseautés dont la partie déclive suit l'inclinaison générale , comme l'indique la figure ci-contre.
La vue de la cour de cetle deuxième habitation, prise du côlé sud , s'offre comme le représente le dessin tracé sur
place (fig, 18), Cetle même vue fail l'objet d'une lithographie peu fidèle, qui a été publiée par le Maseo mcxicano. A l'oticst de la cour, divers bàliments forment les appartements particuliers, tandis qu'à fesl un enclos découvert, de 36 mètres sur 2I1, et deux chambres couvertes, formaient ia partie alfectée aux gens de service.
La grande baie qui donne accès de la cour intérieure dans cet enclos mesure 6 mètres de largeur; c'est l'ouverture la
plus large qui se rencontre dans les édifices, après la porte du temple.
Deux terrasses de moyenne étendue occupent, du coté sud, tout le devant de Thabitation qui s appuie, au nord, sur la déclivité de la montagne. A un niveau plus élevé se trouvent des annexes : la première est un môle pyramidal à talus beaucoup |)lus redressés que ceux rencontrés jusque là (pi. VI). On y pai'vient par un large escalier disposé le long de la montagne; puis Tescalier très-roide du môle permet d'arriver, non sans peine, à sa plate-forme large de 7 mètres el se raccordant do niveau avec un terre-plein au bout duquel une excavation carrée Irès-prolonde est à demi comblée. La destination qu'il semble permis de prêter à cette vaste chambre est celle d\m silo à maïs ou troja. L'une des faces est appliquée contre la montagne, et les trois autres sont élevées verticalement en maçonnerie sur une base on talus. Au-dessus de ces derniers bâtiments il n*y a plus que la crête rocheuse de la montagne, sans aucune trace du travail des hommes. (Consulter la planche V.)
A l'ouest s'étendent trois longues terrasses étagées parallèlement; lo niveau inférieur contient deux môles pyramidaux et (|iielquos divisions de chambres; le deuxième niveau servait à divers usao:es industriels : on y rencontre des fours (le potier, des ocres el des terres cuites. Enfin le troisième élage était alVeclé à une voie de communication reliant la partie sud à la partie nord de la moiita<»np.
Avant de décrire les constructions qui s'étendent de ce côté, je vais revenir sur quelques particularités (|ue présente la seconde habitation, la plus importante el la plus complète. On pouvait se refuser ci croire, au premier abord, ;^ la présence de l'eseylier figuré au milieu du talus sud sur le plan. Cet esralier, dans son état actuel, ressemble |)lutôl à
tin ébuulempiit du talus. Un examen attentif y fait reconnaître quelques marches encore en place; elles mesurent i^o centimètres de liauteur et forment une rampe inclinée, comme le lalus, k près de 60' sur ]'hoiiïon; c'est vertigineux. La position de cet escalier forçait :^ traverser la première habitation, à moins que la glissière dont J'ai parlé plus haut ne fût elle-même une voie de communication encore plus périlleuse. Celte supposition paraissant peu probable, je cherchai un autre accès plus commode. Comme on peut le reconnaître sur le plan général (pi. V), en quittant l'esplanade inférieure, on gravit un passage resserré entie la première habitation et les bâtiments de service, puis on suit un seniier au pied du talus E. de la deuxième habitation; une rantpe conduit ensuite au haut de la terrasse, sur laquelle s'élèvent ces constructions; U s'olFrcnt deux entrées, l'une par t'enclos de service, l'autre par un escalier voisin, qui vient aboutir au palier du grand escalier intérieur.
J'ai dit que les murs avaient été originairement recouveits d'un enduit ; en examinant la base des -murailles qui séparent la cour intérieure du carrai', je remarquai, sur ie côté de la galerie, des pierres piquées verticalement le long
du nnir, de façon à présenter leur (acv parallèlement à
' Kiirloi on |iiiiT , niof p«paj[ii.il.
celui-ci et de manière à en être séparées par une petite distance, qui, avec l'épaisseur des dalles, représentait Tépaisseur de Tenduit quelles étaient destinées à supporter. Ce procédé de construction est encore en usage aujourd'hui pour les crépis extérieurs des maisons du pays. Dans une autre partie de la même habitation , je fus assez heureux pour trouver un fragment de cet enduit qui figure parmi les objets adressés à la Commission.
Comment étaient couvertes les habitations? J*ai lieu de croire qu elles Tétaient plus fréquemment par des toits que par des terrasses. La dernière chambre, au nord de ce que j ai désigné par bâtiments de service de la première habitation , laisse voir les deux murs extrêmes en forme de pignon , ce qui indique , comme couverture , le toit à deux eaux établi sur la charpente la plus simple. Un examen attentif du môle pyramidal (pi. VI) qui se trouve à la partie la plus élevée de cette deuxième habitation (en H] me fit reconnaître quil était couvert. Des pierres plates, fixées obliquement suivant un plan incliné à 45°, se remarquent très-nettement le long du côté E. : elles étaient destinées à soutenir le bas d'un talus qui devait être un toit. Quelle que fut la matière qui le composât, le champ des suppositions était ouvert; cependant lanalogie que présentait l'emploi de ces dalles, comparées à celles qui soutenaient les revêtements muraux, me donna à penser que les couvertures devaient être formées d'un enduit particulier. En effet, mes suppositions ne tardèrent pas â être confirmées: je trouvai, accompagnés de quelques débris de bois carbonise provenant probablement des charpentes, de nombreux fragments d'un enduit quau premier coup d'œil je pris pour du bois durci et minéralisé, tellement cette matière prête à l'illusion. Les morceaux que j'en ai rapportés ont une couleur brune, un aspect terreux.
Comme structure, ils présentent une disposition finement raimelëe à Textérieur, et, si Ton vient i\ les rompre, on reconnaît que (les fibres parallèles existent à Tinlt^rieur, que les canaux qu'elles y forment sont circulaires et remplis dune nialière carbonisée, dans laquelle on reconnaît facilement les fibres du zacate, La siructure des débris rend parfaitement compte de la construction de ces toits ingénieux. Voici, d*après leur composition, comment on devait procéder à leur confection. Sur les bois de la charpente on disposait des petites baguettes droites ou un clayonnage servant de forme pour la confection du toit, on y étendait le chaume en plaçant les fibres parallèlement entre elles et inclinées suivant la plus grande pente; on les fixait et les reliait ensemble au moyen de terre broyée et délayée convenablement choisie, comme celle qui formait les enduits et qui a la propriété de durcir beaucoup en séchant. Cette première couche posée, on augmentait fépaisseur du toit par des couches semblables de fibres végétales noyées dans une couche mince do crépissage. On arrivait ainsi à composer un toitd*une seule pièce, résistant et léger; rien n'empêchait de polir la surface extérieure pour donner moins de prise à la pluie et même de la revêtir d*enduits de couleurs propres à relever faspect des monuments.
Ce procédé de construction rappelle celui du castor; il se pourrait bien que cet intelligent animal ait été Tinitiateur de ces tribus venant du nord , des régions mêmes où il vit en grand nombre. Les plates-formes couronnant les môles pyramidaux étaient donc couvertes. Qui dit couvertes dit habitées; en elVet, on ne peut pas avoir parcouru les ruines de Teotihuacan sans reconnaître, par une analogie frappante, dans les môles pyramidaux de la Quemada, Thabitalion même du maître, du chef de logis. La forme choisie
pour cette habitation privilégiée n avait pas seulement une signification symbolique, une portée morale, en rehaussant ]a personnalité du chef et en le mettant à labri des surprises et des attaques, mais elle avait encore un but pratique. La disposition des bâtiments prouve, en effet, que, de ce poste élevé, l'action dirigeante du chef suprême pouvait s'exercer avec la plus grande facilité. 11 avait sous son regard au N. O. les longues terrasses où travaillaient différents corps de métiers; à TE. il surveillait la cour des gens de service et pouvait donner les ordres que transmettaient les coureurs ou qu'exécutaient les gens employés aux transports. Ce groupe de gens de service est encore attaché aux chefs indigènes de la Sierra-Madre et se désigne sous la dénomination de Vindiana (sous-entendu gente). Les anciens mexicains les nommaient les animaux, les brutes ou les fourmis, les singes, etc. Ils remplissaient le rôle de bêtes de somme, de portefaix, de trotteurs ^ Le couloir qui mène à Tescalier sud s'infléchit vers l'est, de telle sorte que le regard du chef, passant au dessus de Thabitation inférieure, pouvait surveiller le mouvement de la grande avenue donnant accès à la montagne. Les précautions stratégiques paraissent avoir été la grande préoccupation des anciens dans cette disposition des lieux, et nous verrons plus loin de quelle imporlance elles étaient pour eux.
Avant d'examiner les autres parties de la montagne, il paraît convenable de résumer ce qu'un premier aperçu, jeté sur les habitations précédentes, nous a appris touchant la disposition intérieure de la maison mexicaine . F^vk effet, dans l'élude archéologique d'une époque, la recherche de l'habitat de rhomn)e est un sujet qui renferme en lui les
^ Le Livre sacre, par l'alilx' Brasseur dv Bourhoiiri;.
déductions les plus intéressantes. On y retrouve les traditions prin)itives des peuples, Tindication des coutumes privées, les traces de l'organisation sociale; et, si Ton passe ensuite à Tétude des monuments publics ou religieux, cest encore le type de la maison que I on retrouve comme point de départ et qui vient éclairer certaines ordonnances des masses et des arrangements de détail, qui seraient restés obscurs sans celte comparaison.
La planche VI nous a montré deux habitations offrant des plans à peu près identiques. Les détails seuls varient un peu ; mais la disposition générale est la même. La partie centrale est occupée par un atrium carré ou ithaalli, sur un côté duquel s'élève le tertre pyramidal portant la demeure, calliy du chef suprême ^ ou du maître de la maison^. Une peinture d'un manuscrit mexicain ^, dont le dessin est Fig. 20. rapporté ci-contre, indique la nature de
rhabitation qui surmontait la base pyra* midale du calli. La partie importante I ■„ !!■ ...„)] était le toit rappelant par sa forme haute,
ji^^^Mj, infléchie vers le bas et relevée à ses extrémités, ceux des habitations chinoises ou japonaises. Ce toit était construit en chaume ou en nattes, petatl, et supporté de chaque côté par un pilier et un entablement que Ton trouve constamment peint en rouge ou en brun dans les manuscrits anciens, ce qui indiquerait que le bois était employé à leur construction. Un mur en pierre formait le fond de fespace abrité par le toit. Le devant et une partie des côtés restaient ouverts et pou-
> Teahdi » CâUe.
' Manuscrit reproduit dans l'édition espagnole de Prescott, annotée par L. Alaman, t. I, p. 9. Mexico, i844>
vaienl se fermer à volonté par des draperies ou portières, qui se relevaient sur les coins de la toiture.
Dans le dessin précédent, le calli est figuré vu de côté; il représente le type de Thabitation primitive, dans lequel on retrouve la tradition intacte de la cabane da héros. Plus tard, cette tradition semble sVtre modifiée; le toit de chaume a disparu ; il a été remplacé par la terrasse, tlapaniU, qui se trouve établie comme le toit sur le pilier et Tentablement. Cest sous cette forme que le calU est figuré dans récriture hiéroglyphique mexicaine, comme le rappelle le
caractère en usage
Cette seconde forme du calli devait subir encore une transformation dans les grands centres de TAnabuac. Le tertre pyramidal s*étendit en surface et se réduisit en hauteur, de telle sorte (|u il prit la forme d'un soubassement à talus inclinés. Le calli, fermé de quatre côtés cl recouvert d*une terrasse, recevait lair et la lumière par une porte unique ouverte sur Fatrium. Un escalier de la hauteur du souhassoinent mccordail le seuil do l'habita lion avec lo niveau du sol à l'extérieur *.
Cette disposition agrandie est la n.ème (\uc l'on voit adoptée pour les leniples [teopnn) de Milla, Palenque, Uxmal, donl les ruines ont été si bien reprodniles par les belles photographies de M. Charnay. La forme primitive dans laquelle le tertre pyramidal prend de g! andes dimensions a constitué le type du (eocalh. Les monuments pyramidaux de Teotihuacan et de Choluîa en fournissent l'exemple, ainsi (jue les masses pvranu'dales (jui existent
• Les fouilles faites sur les ruines de Teotiluuiran, à hb kilomètres N. N. L. de Mexico, par M. Mébédin, ont indi(|ué rolto forme dn cnlliynxw la dernière «époque de l'existence de celle ville.
dans les anciennes cités de la Huastèquc, de la Mistèque et du Yucatan. Sur les esplanades de ces hauts monuments s*élevait le teocalli proprement dit, la maison du dieu y petite construction rappelant Vara des Romains. Elle était destinée au symbole et à TofFrande, et devant on entretenait un feu éternel, alimenté avec de petites bûches A'ocoie,
La forme des tertres des habitations de la Quemada indique que la tradition primitive a été conservée pour le calli; les dimensions elles-mêmes se rapportent à Tétendue de la cabane ; la plate-forme n a en eOet que 6 mètres de côté. La position que cette construction occupe dans les diverses habitations montre qu'elle était ouverte vers le sud et abritée du nord par un mur plein ou cloison fixe.
Au-devant du calli, au milieu de la cour, s'élève, comme nous l'avons vu, une petite construction en gradins, de quatre assises carrées (voir fig. i6); il est difficile d*en préciser l'emploi. Celle de Thabitation supérieure était en partie détruite; une fouille avait mis à nu Tintérieur, où apparaissait une cavité rectangulaire placée en contre-bas du sol. Un crépissage fait avec soin et composé de huit couches superposées, d'un enduit blanchâtre et peu résistant, semble indiquer, pour l'intérieur de cette construction, une destination particulière comme celle d'un magasin de réserve. Dans Thobitation inférieure, ce petit bâtiment s'est conservé intact , et l'on peut remarquer que la pierre formant la table supérieure est noircie au centre, ce qui donnerait à penser que sur cette assise on entretenait du feu , ileti Ce foyer de la maison mexicaine rappellerait encore celui des temples dont le feu continu se renouvelait à la fin de chaque année, à la fête du feu nouveau, le dix-huitième mois.
Les traces d'un monument semblable se remarquent
aussi dans Tatrium du temple et dans ceux de deux autres habitations que nous verrons sur la montagne.
L'atrium, ithialU, est entouré d*une galerie ou vestibule, calixiliy qui en occupait trois côtés. Sans nous arrêter de nouveau, malgré tout Tintérêt qui peut s y attacher, à la disposition en cellules, qui distingue le pourtour extérieur de la galerie de Thabitation , nous continuerons k passer en revue les grandes divisions de la maison mexicaine. Les bâtiments qui se remarquent à Touest, et, en particulier, dans la même habitation, constituaient la portion la plus retirée de la maison, et probablement le gynécée ou les apparte< mcnts de la famille, cochihaayan. Une seule porte, tlalzaquilli, donne accès dans une première salle , calpulli, par laquelle on pénètre dans les autres. Un pilier, faisant corps avec Tun des angles de celte salle, parait avoir été le point d*appui central de la terrasse. Deux chambres occupent le bord de Tescarpement du rocher ; ce sont les seules qui soient munies de fenêtres. tlanexUi, et il ny a aucune ouverture donnant sur les murs extérieurs du côté accessible, ni vers Tintérieur de YithaalU.
On expliquera difficilement la présence du môle rectangulaire de maçonnerie qui se trouve renfermé dans une chambre sans issue. Ce môle servait-il de base à un second calli prenant sa communication de l'intérieur par la terrasse? L'état des ruines ne permet pas de conclure.
Dans la seconde habitation, cette partie des bâtiments privés a beaucoup souffert; des fouilles étaient nécessaires pour rétablir le plan primitif des appartements; on n'a figuré sur le plan, planche VI, que les murs saillants au dehors.
Les bâtiments placés à l'est et en contact avec les voies de service étaient destinés, dans les deux maisons, à la do-
inesticiié, aux esclaves llacoti. Leur position et leur appropriation ne peut laisser de doute à cet égard. Ils se composent de loges groupées près d une cour. Nous nous arrêterons de préférence aux constructions de cette espèce qui dépendent de la grande habitation d'en haut. La planche VI fait voir à côté de XithuaUi central une autre cour qui a les mêmes dimensions, q5 mètres sur ^3, pUis une partie saillante au nord mesurant 7 mètres sur 1 1 et paraissant avoir reçu une toiture en terrasse. La surface totale couvre 65*2 mètres carrés. Au nord de cette cour, sur la terrasse extérieure à laquelle conduisent les chemins de service, se trouvaient les logements des esclaves; ils se composaient d*une première chambre de 7 mètres sur i 2 , placée entre la cour et l'escalier qui donne accès dans la maison. De l'autre côté de cette entrée, on voit l'emplacement d'une galerie de 38 mètres de long sur 1 1 mètres de profondeur. Quelques restes de mur indiquent l'emplacement de cette construction, que limitent, au fond, le talus de maçonnerie soutenant le gradin supérieur de la maison , à l'une des extrémités, l'escalier d'entrée, et, à l'autre, celte tour carrée dans laquelle nous avons cru reconnaître un Iroja à maïs. Quand on sait le peu de place qu'occupe un semteur indien dans une maison, on reconnaît que ces deux bâtiments pouvaient abriter un personnel nombreux.
La cour, dont nous avons donné plus haut les dimensions, faisait évidemment partie des bâtiments de service; mais sa véritable destination est plus diflicile à préciser. La largeur de l'ouverture, de 6 mètres, qui la fait communiquer avec ïithualli, est en désaccord avec la coutume encore suivie de nos jours dans les cases des chefs indigènes de la Sierra , de ne conserver que des passages très-étroits entre le corral des gens de service et l'habitation propre-
ment dite. On comprend qu'à un moment donné une ouverture de cette largeur fût nécessaire; mais, dans Tnsage ordinaire , elle devait être modifiée. Tandis que je cherchais une explication, mon attention ne tarda pas à être attirée par un détail de construction qui devait conduire, je crois, â une interprétation assez probable.
Fig. ai.
Au milieu de l'ouverture existe une cavité rectangulaire en forme de T, comme l'indique la figure. Les petits côtés mesurent 60 centimètres de largeur et le grand i",îio. Ils sont construits en pierres bien ajustées et régulièrement posées. Les parements intérieurs sont verticaux ; le fond est garni de pierre, et la profondeur de ce vide est de iio centimètres. Ce soin de construction et ces dimensions indiquent que ce n'était point Tencaslrement d'un pilier de bois ou de pierre. Ce devait être le pas d'une porte particulièrement établie. En elTet, si l'on suppose que le crépissage du mur de Yithualli se continuait par une cloison légère masquant la grande baie, cette cloison devait s'interrompre au milieu et dégager Tespacc vide en créant une porle étroite. Une seconde cloison, placée en retraite le long du grand côté de ce pas, déterminait sur le corral deux entrées symétriques, égales à la sortie sur Yithualli. S'il s'était agi de limiter un passage pour des esclaves, les cloisons seules auraient sud). Si donc on avait cherché à créer un obstacle qui réalisât plus complètement le problème d'une porte toujours ouverte et toujours fermée, ce ne pouvait être qu'en vue d'interdire le passage à des animaux. On se rap-
pelle, d après les récits du temps de la conquête, que, dans les maisons des rois et des caciques, on aimait à réunir dans des enclos des animaux tels que cerfs, daims, antilopes, ratons, etc. On peut en conclure que le corral était une basse- cour ou tepan calli.
Il est également probable que les terrasses placées en avant des deux habitations, et qui devaient concourir elTicacement à leur défense en cas de siège, étaient destinées â la création de ces parterres de fleurs, auxquels les anciens Mexicains étaient si aH'ectionnés, et qui donnaient h leur maison un aspect si attrayant.
On voit que la maison mexicaine oflre dans ses dispositions principales un plan très-régulier, très-complet, et qu'elle peut s'exprimer par un type que Ton retrouvera certainement partout où des fouilles intelligentes seront faites au Mexique K
Il y aurait encore certaines comparaisons et rapprochements k établir entre la maison mexicaine et le type des maisons de certains peuples asiatiques tels que ceux de la Chine, de Tlndo-Chine et du Japon ; mais il est prématuré d'aborder un tel sujet , il suffit de lavoir signalé.
Le genre de construction employé à la Quemada nous fournit cependant quelques données intéressantes sur la nature des populations qui les habitèrent. En appliquant les savantes remarques que M. Violet -le-Duc a développées à propos des antiquités photographiées par M. Charnay, on trouve dans l'agencement des constructions que nous venons de parcourir la preuve de l'existence d'une caste
' M. Méhédin, dans ses belles recherches sur les mines de Teotihuacan ^ a mis à découvert le même type d'habitation ; il l'a ensuite constaté de nouveau à Xocbicalco sous les tertres qui rnlnurent le temple des bas -reliefs duquel il a rapporté le moulage.
là.
organisatrice, et Tindication du sang blanc comme élément dominant chez elle; puis la présence d*une nombreuse multitude asservie , condition qui seule a permis d'entreprendre et dachevcr des travaux aussi étendus et exécutés d'un seul jet. La perfection des maçonneries, les murs, les colonnes, et plus encore le mortier employé (exempt de chaux, il est vrai, mais par la raison que cette matière manquait aux environs) , indiquent des caractères qui dénotent les races touraniennes et fmniques, c est-à-dire les peuples jaunes, comme ouvriers de ces grands travaux. La caste dirigeante appartient évidemment à la race blanche; TAryan affirme sa présence, dans la forme du calli représentant la cabane de bois du héros blanc, dans les constructions en talus qui sont toutes en pierres sèches, et dans la savante disposition des édifices qui concourent à la fois aux exigences de la vie politique et religieuse et aux ingénieuses combinaisons réalisées en vue de la défense. '^Pl. V.)
La partie nord de la montagne présente un tout autre aspect : c'était la citadelle, dont le plus haut sommet, enceint d'une muraille continue, renferme les restes d'une habitation avec (les constructions pyramidales semblables à celles que nous avons déjà décriles; les murs d'enceinte se rapprochent vers le sud, de n)anière à resserrer la crête de la montagne jusqu'à une entrée défondue par des bastions en maçonnerie sèche; à l'ouest trois de ces bastions sont étages les uns aux autres en faus.^e braie; à l'est un seul bastion domine un escarpement inabordable. En continuant à descendre vers le sud par celle même crête, on arrive à une habitation semblable à celles que j'ai décrites, n)ais moins étendue et sans dépendances. Par sa position, qui ferme le passage, elle était comme la clef de la citadelle et pouvait servir de demeure au chef militaire.
Lii partie la plus curieuse <le la forteresse, comme système de défense, est la seconde enceinte, placée à l'est de la première, et embrassant un pénmèlrK assez étendu pour mettre à l'abri une nombreuse population qui venait s'y réfugier en cas d'alerte. A en juger par la puissance du mur qui fait face au nord , c'est par 0» que l'on craignait le plus l'attaque. Celte muraille, parfaitement construite en pierres sèches, mesure /i^.So d'épaisseur sur i à 8 mètres de liau-
leur, suivant les uiegalités du terram Un laccordemcnt en plan incliné avec le sol à hntérieur permettait de la couvrir en un moment de défenseurs, comme l'indique la figure. A ce raccordement correspond une échancrurc rectangulaire, qui pouvait abriter un escalier de sortie. Cette partie de la muraille se trouve au point le plus bas du terrain , elle est surveillée par un petit bâtiment précédé d'une galerie, on y montait par des escaliers presque invisibles aujourd'hui. Ce devait i^tre un poste militaire.
Pour achever ta description sommaire des délViises de cette curieuse forteresse, j'indiquerai les terrasses ëtagées sur le versant ouest. Couvertes d'archers, elles formaient comme des ouvrages avancés destinés à empêcher l'approche. Le terrain qui s'étend au sud de ces constructions se .trouve renfermé par un relraiichement en terre qui
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assurait la défense de cette partie, la plus vulnérable de la montagne, où se trouvent le temple et les esplanades.
A toutes ces défenses combinées il s'en ajoutait une autre, à laquelle on ne devait recourir quaux moments de lutte suprême; c'était la destruction des escaliers, tlamamatlatL On ne peut examiner Tétat de ceux qui conduisent de la grande avenue sur lesplanade du temple sans reconnaître que leur ruine ait élé opérée dans un but stratégique et au moment d'un siège. Les terrasses étagées sur lesquelles sélèvent les deux grandes habitations pouvaient être défendues pied à pied. Les degrés qui occupaient le milieu du talus de l'habitation supérieure ont été également détruits pour rendre ce côté inabordable. Il en a été de même pour les larges escaliers qui occupent derrière le calli la déclivité de la montagne.
Si ces (races indiquent les diverses péripéties de la lutte sous laquelle succomba la foi*teresse, on voit, en consultant la planche V, que ses derniers défenseurs avaient encore une ligne de retraite protégée par la maison centrale et par son calH, Puis, retranchés dans lenceinte qui occupe le second sommet de la montagne, ils pouvaient soutenir un nouveau siège avec des moyens de résistance assez habilement combinés, à la fois contre l'extérieur et contre l'intérieur de la place.
L'aspect général de la forteresse répond bien à sa destination de place forte. Les terrasses, les talus, les murailles et les retranchements qui s'y entassent, dénotent chez ses fondateurs des connaissances assez avancées en castramétation. L'art militaire est le seul qui s'y trouve représenté; point de sculpture ni d'ornementation; la seule pierre taillée que l'on rencontre ne fait pas partie des constructions; c'est une assise naturelle du rocher située sur
le revei's ouest de la montagne, au-dessus des terrasses étagées.
La figure ci-joinle en reproduit l'aspect ; on y voit repré-
Fig. =3.
sentées cinq couleuvres, cocohaa, gravées en creux et asset liabilemenl tracées au moyen d'une entaille de section demicirculaire. On distingue Taiblemenl deux autres serpents, que je n'ai point reproduits, tant ils ressemblent à une surcharge. C'est évidemment une imitation peu réussie et postérieure aux cinq autres. Doit-on y voir une inscription ou une date f C'est tout ne que l'on rencontre dans les ruines comme indication épigrapbique. On a recueilli cependant, il y a quelques années, une tortue en serpentine et un roseau sculpté en pierre dure, signe acatl du calendrier mexicain. Ces deux objets ont été égarés depuis. On trouve fort peu de poteries, quelques rares melales à broyer le mais, et des liaches.
Jp dois à l'obligeance de M. Franco la liache reproduite
ici au quart de sa granjpur ; elle est en pierre dure qiiartzeuse; d'un côté est le (aillant en bîseau, et de l'autre une
(èle ayant servi de inartrau, à en juger par l'usure et les érials ; la gorge, qui est creusée entre deux, servait à l'eniuiancher sur un bois fendu. Un coin en pierre Indienne a été recueilli sur les ruines el fait partie des objets rapportés à la Commission.
En somme, on Ironvi- moins d'objets anciens à la Quemada que dans n'importe quelles ruines du Mexique. Les Hèflies CD silex sont les objets les plus communs. Je cherctiai lungteni|}s en vain de l'obsidienne travaillée; cependant, me nippdant la prédiloctioii que montreni Icïi fourmis dans nn des quartiers (le l'ancien Teutilm.ican à recouvrir leurs nionticulos d'éciaLs minces d'obsidienne, je ne tardai pas 11 iciiconlrer sur les fourmilières dos menus fragments de celle roche \itrcuse.
Si, du tiaitt de l;i forlcresse, on jetle un regard sur la vallée, soit le snir, soil le malin, à l'heure où le soleil, peu élevé sur l'horizon, accuse, piir de larpes ombres, les moindres ini'^alilés du sol . ou est surpri* de voir In ciié antique se manili'stcr tout eutifTC.
De longues chaussées recliligues rrijuiincnl en éventail autour d'un petit môle pvianiid;il situé à l'entrée de la forteresse ; d'antres voies transversales les relient en les croi-
sant. Aux carrefours s*élèvent des groupes de constructions accusés par des tertres très-surbaissés. La carte de C. de Berghes indique les chemins ohtli et ia position des centres d'habitation. L'examen de cette carte, reproduite dans la planche IV, achèvera de donner une idée de Tétendue et du nombre des constructions disséminées sur toute la largeur de la vallée, soit douze kilomètres, et sur quinze en longueur, depuis Los Edificios jusqu'à Villanueva.
C. de Berghes indique comme d'âges différents ces dernières constructions et celles qui couvrent la montagne. Cependant on ne peut, d'après son plan même, se refuser à voir dans les ruines de la montagne, la forteresse ou le centre administratif, et dans les vestiges reliés par les routes , les différents quartiers d'une grande cité agricole comme celles que nous avons déjà rencontrées sur notre itinéraire aux Casas-Grandes, à Zape, etc.
Ce qui reste de ces constructions dans la vallée et sur les versants de la Sierra-de-Palomas et de quelques collines est fort eflacé par le temps. Des fouilles et un séjour plus prolongé eussent été nécessaires pour les étudier. La planche IV en donne une idée suifisante, bien qu'elle soit incomplète à plusieurs égards.
Il existait deux plans des ruines du Cerro-de-los-Edificios, l'un intitulé Grundriss derRuinen von Edijicios bei Zacatecas, et l'autre Plan de las Rainas de la Quemada.
Ils me furent communiqués, avant mon excursion, par M. le général Doutrelaine.
Le premier, du à C. de Berghes, noB're qu'une esquisse très-incomplète et du reste peu fidèle. Le second, très-habilement fait par Nebel, donne une juste idée de la forme de la montagne et de l'ordonnance générale des constructions; mais, aussitôt que l'on descend aux détails, on recou-
naît que cest un simple levé à vue, quil y a tantôt profusion , tantôt inexactitude , ce qui m*engagea à relever avec soin celui qui fait Fobjet de la planche V.
Clavijero, qui parle de ces ruines dans son Historia de la conqaista , leur donne le nom de Chicomostoc,
C. de Bei^hes, dans sa carte, les appelle Coatlcamacl, cest probablement Cohuatlicamac qu^il a voulu écrire, daprès ce qu en rapporte Torquemada. Ces deux dénominations ne semblent pas plus exactes lune que Tautre , si Ion s'en rapporte à la tradition recueillie par le P. Tello et conservée par le P. Beaumont. En effet, une migration mexicaine serait sortie d'un Chicomostoc (probablement placé au nord du Chihuahua), aurait pénétré en Sinaloa par Petatlan , et se serait successivement établie â Culiacan , à Chiametla , sur les bords du golfe de Californie, à Zentispac, â la bouche du Rîo-Grande de Santiago; elle aurait ensuite gagné Jalisco, le val de Banderas, puis, passant à Test par Ameca, elle aurait peuplé les bords du lac de Chapala.
Dix années plus tard, un nouvel essaim, sorti du même Chicomostoc , aurait gagné , après quelques jours de marche , le site de Panuco (Ltat de Durango), puis se serait répandu dans les plaines qui sont au sud-esl de Durango, autour du val de Suchil, là où s*élevèrent les villes de Pipiolcomic, Chimalco, Mallacahualan et Cohuatlicamac. La migration aurait continué son mouvement par Sain, Fresnillo, Truxillo, Valparaiso, jusqu'à Zacatecas, Malpaso et Jerez, pour arriver au val de Tuillan, où elle fonda sur une colline un temple et une forteresse dans un pays habité par les Chirhimèques.
C'est évidemment de Los Edificios de la Quemada qu'il s'agit ici, et on trouve, à deu\ kilomètres au nord-est de la montagne, la tradition du non) ancien dans le Hancho de
Tuitan , près duquel se trouve un rocher. C'est là , au dire des habitants, que s arrêta le chef de cette migration, et ils montrent, à lappui de cette légende, la ti^ce de ses mains à la place où il s assit pour donner le signal de la halte.
TEDL.
En descendant la vallée du rio delà Quemada, qui prend bientôt le nom de rio de Juchipila, on rencontre, â 90 kilomètres au sud de Vilianueva, les ruines d*un ancien établissement formé par les tribus venant du Val de Tuitlan; c'est auprès du village de Juchipila que gisent ces vestiges de construction.
Le pays, appelé Nayarit, était habité par des Indiens de la grande famille Ghichimèque, appartenant aux tribus des Teules Chichimecas , des Cascanes^ etc.; ces populations subirent en partie faction dominatrice et civilisatrice des migrations, et plusieurs établissements mixtes se fondèrent. Ainsi prirent naissance les cités de Tlaltenango, de Teul, et de Teocaltiche, qui se développèrent sous finfluence des tribus du Nord se dirigeant vers fAnahuac.
Teulestsitué à foucst de Juchipila, dans une vallée parallèle à la précédente; on y voit encordes ruines d'une forteresse dominant la plaine, où s étendent les restes d'une grande ville, qui fut longtemps la capitale de la confédération des peuplades du Nayarit. La forteresse est placée sur une colline en forme de table, limitée par un escarpement circulaire. Une entrée, à laquelle on parvenait par de grands oscaliers aujourd'hui détruits, y donne accès. Au milieu du plateau s'élevait un grand temple; en face s'étendait
une place au centre de laquelle sortait une fontaine d'eau douce, dont les eaux étaient recueillies dans un bassin en maçonnerie.
Au commencement du xviii* siècle, époque à laquelle les missionnaires purent y pénétrer, les cases des Nayarits entouraient cette place et la population s'élevait à 6,000 âmes. Les Nayarifs, restés à demi-barbares après le passage des migrations, étendirent leurs villages dans les vallées de la Sierra Madré; ils y devinrent puissants et nombreux. Plus tard, à répoque de la décadence de Tempire d*Anahuac, ils formèrent une barrière infranchissable, qui s'opposa efficacement aux empiétements des Tépéhuanes, tribus puissantes qui occupaient la Sieira au nord et qui chercbaient, comme nous le verrons plus loin , à s'étendre sur les plateaux intérieurs. Dans ces guerres sans trêve ni merci, ils prirent des mœurs sauvages et cruelles. Leur dieu guerrier et sanguinaire, traduit sur la pierre en grossière statue, fut témoin d'hécatombes de prisonniers. Leurs habitudes d'indépendance se conservèrent après la conquête des Espagnols, et ce n'est qu en 1*722 que le Nayarit, soumis par Nunez de Gusman, fut incorporé aux provinces coloniales sous le nom de Nuevo-Toledo.
On conçoit facilement qu'il reste peu de ruines anciennes non altérées dans un pareil milieu; les antiquités du Mexique doivent, en général, leur conservation à leur enfouissement ou à leur isolement des po|)ulations. L'intérêt ne pouvait se fixer sur celles du Nayarit , qu'à la suite de fouilles que les circonstances locales ne permettaient pas d'entreprendre, et cette tache, du reste, m'eut entraîné au delà du but de mon voyage. Je dus me borner à faire recueillir sur les lieux quelques restes destinés à prouver simplement l'ancienneté des ruines et rori<i[ine que leur attribue la tradition.
Ces objeis, dus à l'obligeance de M. Franco, arrivèrent quelques mois plus tard à Mexico; on y remarquait :
Un bracelet fait de morceaux d'os, de coquilles et de cailloux colorés, n'ayant pas de caractère bien défini comme époque ;
Des petites poteries imitant la forme de vases et qui avaient été trouvées dans le bassin de ia fontaine près du temple (le curé du Ten), qui les envoyait, indique qu'il y en a une prodigieuse quantité dans ce bassin , et prcleod que ce devaient être des ex-voto offerts par ceux qui venaient puiser de l'eau à la fontaine);
Des débris de vaseâ appartenant à plusieurs époques (d'après la nature de quelques-unes de ces poteries, on reconnaît la présence d'un peuple plus civilisé que ne l'étaient les Cliichimèques);
Une liache en pierre lydienne polie qui ne pouvait être l'œuvre de cette population à domi- barbare. Ses belles proportions, le fini du travail, Vélégance de la forme dénotent chez ses auteurs un état d'avancement artistique auquel ne parvinrent jamais les Teules ni les Cascanes. Je doone ici le dessin en demi-grandeur de celte arme remarquable. Elle présente, d'un côté, une hache à tranchant
Fig. 2b
aigu et curviligne qui se relève en pointe vers le haut. Le centre porte une gorge sur laquelle s'ad»ptait l'emmanche-
ment de Tarme ; une deuxième gorge isolait à rarrière une tète en forme de masse d*arme; elle est hérissée de pointes dont deux figurent des yeux, tandis qa*un appendice en forme de museau achève de représenter une tète d*animaL Il est impossible de ne pas voir dans cette arme élé* gante la preuve du passage des migrations mexicaines au Teul.
A cet envoi étaient joints : une statuette de femme en terre cuite; le croquis d*un torse découvert dans les ruines du temple (les côtes y sont figurées en saillie et colorées en rouge , un serpent s*enroule autour de ce torse , qui poitvait être celui du dieu des Nayarits); enfin des firagments de crftnes accompagnés de cette indication que, malgré la quantité de restes humains rencontrés autour du temple, on n*avait pu recueillir un seul crâne intact.
vn.
JAUSGO. LAC CHAPALA.
D'après les traditions, Tune des migrations mexicaines sorties de Chicomostoc ou des sept cavernes , après avoir fondé dans le Sinaioa plusieurs établissements, franchit le rio de Santiago, et parvint sur le plateau de Tepic ou Tepec (peut-être TepetP). Cette ville est située à 1,000 mètres au-dessus du fleuve et au pied du Cerro San-Juan. Elle s*élève dans une plaine encaissée qui se nommait autrefois le val de Catlan. Â 6 kilomètres au sud de cette ville se trouve le petit village de Jalisco, sur la route qui conduit à Gompostelle. Adossé à un contre-fort du Cerro San-Juan et placé à quelques kilomètres a Touest du volcan éteint de
^ Tepell signifie montagne.
Sanganguey, dont la forme accidentée fournit au paysage riiorizon le plus pittoresque, ce village occupe remplace^ ment de l'ancienne capitale du royaume de Jalisco et servit de halte aux tribus immigrantes.
Il n*y a point de restes visibles de la ville ancienne à la surface, mais les moindres fouilles mettent à découvert de nombreux vestiges. Le curé de l'endroit, homme éclairé et amateur d'antiquités, a réuni au presbytère un grand nombre d'objets, parmi lesquels les statuettes et les poteries tiennent la plus grande place. Les fouilles ont fait reconnaître des substructions de bâtiments et des restes d*une conduite d eau venant d'une belle source située au pied de la colline à l'ouest du village; cette source alimente encore une fontaine au moyen de canaux de bois.
Un autre établissement se développa ensuite dans le val de Banderas sur les bords de la mer, près du cap de Gorrientcs. On trouve dans la partie ouest du Jalisco plusieurs noms à étymologie mexicaine, dont quelques-uns, comme Atotonilco et Ameca , indiquent encore deux fondations anciennes. Les tribus gagnèrent en effet l'Orient, en remontant le rio Piginia à partir du val de Banderas jusque vers sa source située non loin du lac Chapala. Ameca avait encore une grande importance comme ville à l'époque de la conquête. Elle est située sur un plateau des plus fertiles, arrosé par une belle rivière.
Le lac de Chapala mesure 80 kilomètres de longueur sur s/i à 3o kilomètres de largeur; c'est la plus belle nappe d'eau que possède le Mexique. La beauté de ses bords escarpés et fertiles a dû y fixer les populations immigrantes, et il n'est pas douteux que des recherches archéologiques, si elles étaient faites avec soin, ne fournissent de nombreuses preuves de l'existence d'anciens centres de po-
pulatîoo. On T retroormît Its mêmes foodalious de ville» et de petits imanmes que les tribos bissèrent comme traces succesnres de leur passage. La plupart de ces centres se consenrèrent jusqo a Tépoqne de la conquête.
De Fautre côté du lac. les tribus rencontrèrent les Tarasques. population différente des Chichimèques, avant une lai^e particulière et une demi-civilisation ; leur capitale était située sur les bords du lac Patzcuaro et portait le nom de Tzintiontzan. Leur centre religieux , placé à Tzacapu , ville sacerdotale , était le théâtre de sacrifices humains. Cette coutume (ut probablement introduite diez ces populations par les Nahûas, qui leur fournirent ég^dement leurs caciques et leurs rob; on voit en effet ces derniers potier, jiisqu*â Fépoque de la conquête, des noms mexicains. Ces rois commandaient à un pavs étendu sur trois degrés en latitude et sur des populations assez nombreuses. Leur puissance était fort grande; ils se r^ardaient cependant comme vassaux du royaume de Tenochtitlan , car, après la éttuie de Montezuma, le roi de Michoacan fit sa soumission à Cortez, et cette grande province fut incorporée sans résistance par Cristobal de Olid.
On voit le rôle que remplirent au Mexique les peuples Olmèques. Toltèques et Naliùas. \ enanl du Nord sous forme de migrations successives et plusieurs fois répétées pour chacun deux, ils furent à la fois conquérants et organisateurs. Leur influence s exerça surtout sur les peuplades Chichimèques de même origine suivant la tradition. Ces dernières perdirent dans celte transformation jusqu a leur idiome particulier. Quelques groupes sauvages, cantonnés au sommet des sierras, le conservèrent probablement jusque leur entière disparition, qui date de quelques années seulement.