‹ Explorations minéralogique des régions mexicainesChapitre 25 sur 46 · VALLÉE DE MEXICO · texte numérisé non relu

VALLÉE DE MEXICO

Le bassin des lacs de Mexico mesure une surface de 3o lieues de longueur du nord au sud sur une largeur moyenne de lo lieues; il communique, au N. E., parles llanos d*Âpam , avec le plateau sur lequel s étendaient les territoires des vieilles républiques de Tlascala , Cholula et Huejotzinco , et qui va se terminer à Torient contre la Sierra du Golfe, aux Gumbres.

La vallée de Mexico est positivement ce que les anciens mexicains avaient désigné sous le nom d*Anahuac [près de Veau). Cette dénomination a pu s'étendre au loin avec e développement de la puissance des peuples civilisateurs qui s y fixèrent. M. de Humboldt, guidé probablement par cette considération , comprend sous le nom d'Anahuac toute Ja partie des plateaux mexicains comprise entre le ili* et le 2 1® degré de latitude nord. Clavijero adopte une interprétation bien plus large encore; il Tapplique, dans son histoire de la conquête, à la surface entière de la Nouvelle-Espagne, c est-à-dire à tout le Mexique. Dun autre côté, Ixtlilxochitl , rbisforien des Ghichimèques, dit expressément que les limites de cette province allaient jusqu'à & lieues (espagnoles) du pays des Otomis. Or, daprès ce que Ton sait des cantonnements de ces peuples, fixés dans les montagnes au nord de Mexico, ils avaient pour ville principale Tula, lancienne capitale des Toltèques, et pour métropole Xilotepec.

L'Anahuac devait donc comprendre le bassin de Mexico avec la ceinture de montagnes qui Tentoure à Test, à Touest et au sud. Cette surface restreinte n en a pas moins, pour

rhistoire et Farchéologie du Mexique, une importance immense. Dans ce champ étroit se sont passés, pendant une longue série de siècles, les événements les plus variés, les plus dramatiques; là se sont succédé ces tribus du nord se pressant les unes contre les autres, se disputant la pos* session des rives des lacs et élevant des villes nouvelles sur les ruines des premières. La vallée était habitée très-anciennement par les tribus Ghichimèques, qui en chassèrent les Otomis et s'établirent sur les bords de la grande lagune près d*une colline nonunée Teticotl. Les Coihuaques, descendants des Toltèqucs , premier peuple civilisé qui pénétra dans l'Anahuac, fondèrent une ville au même endroit, et le nom Chichimèque Tetzcotl prit la forme Tetzcoco et s'appliqua à la ville nouveUe , qui s'appela aussi Colhuacan. Ils étendirent leur domination sur la sierra voisine et la consacrèrent à leur dieu Tlaloc sous le nom d'ÂcoUmacotlaU. Le royaume de Tetzcoco agrandi s'appela Âcolhuacan et fut» pendant longtemps, la domination la plus puissante de l'Ânabuac.

Les Toltèques avaient fondé tout d*abord Tula au nord de la vallée; plus tard, à Touest, se développa le royaume de Tlacopan. Celui de Tenochtitian fut créé le dernier par les Nahûas, qui, à leur arrivée dans la vallée, furent assez ma] reçus ; de Tula , où ils fondèrent leur premier établissement sur les ruines de celui des Toltèques, ils se rendirent d'abord à Tepeyac, habitèrent ensuite la colline de Chapoltepec et finirent par se retirer sur les îles du lac de Tetzcoco. En luttes continuelles avec leurs voisins, ils sont soumis par un roi d^Âcolhuacan et cantonnés sur les bords du lac à Iztacalco; ils y restèrent deux années, puis établirent Tenochtitian dans la partie marécageuse de la lagune. Les écrivains de la conquête nous ont fait connaître

la physionomie de cette ville lacustre, coupée de canaux rectangulaires et dominée par son immense teocalli élevé en rhonneur de Huilzilopochtli ou Mexitli, d*oii est venu plus tard le nom de Mexico donné à la ville rebâtie sur le même emplacement par les Espagnols. La lagune de Mexico ou de Tetzcoco avait autrefois des dimensions plus étendues; elle embrassait le périmètre entier de la ville et s'étendait au nord et au sud. Vers Touest, elle allait jusqu'à Escapusala et se rejoignait, au sud, avec le lac de Chalco vis-àvis de Mexicalcingo. Quatre chaussées i^ctilignes reliaient la ville aux bords du lac; trois existent encore dans leur état primitif et servent de passage aux chaussées actuelles; la quatrième, qui joignait le rocher de Chapoltepec n'est plus reconnaissable au milieu des terrains asséchés, bâtis et cultivés, qui s'étendent de ce côté de la ville.

On voit que la physionomie de la vallée a quelque peu changé : le système des digues établies par les anciens pour retenir l'eau des lagunes plus élevées que le lac de Tetzcoco a été complété , dès les premiers temps de l'occupation espagnole, par l'ouverture de la tranchée célèbre de Huehuetoca , qui déverse en dehors du bassin le trop plein des lacs situés au nord. La lagune centrale s'est retirée à l'est, abandonnant la ville et cessant de s'appeler lagune de Mexico pour conserver celui de lac de Tetzcoco. Cependant une seule année pluvieuse , jointe à quelques avaries des digues , a suffi, en i865, pour faire reprendre momentanément à la lagune une grande partie de son ancienne surface.

I-es Espagnols ont exercé dans le bassin de Mexico cette dévastation systématique delà nature arborescente, qui est le caractère le plus marquant de leur prise de possession. Ce défaut de grande végétation communique à tout le bassin un air de monotonie aride, que ne peuvent effacer com-

plétement la beauté resplendissante du ciel ni le charme des lignes de lliorixon.

Je laisse à des observateurs plus autorisés que moi, en semblable matière , le soin de décrire les vestiges archéologiques que Ton rencontre à chaque pas. Les collections de vases, de dessins, de manuscrits et de statues conservées à ITIniversité , sous le nom de museo mexicano , peuvent fournir les renseignements les plus conduants sur les arts et les coutumes des vieux Mexicains.

Le plan de Tenochtitlan , qui y figure , et qui fîit offert , diton, à Cortex par Montexuma, permettrait de suivre sous les quartiers de la ville moderne, qui reproduisent jusqu'à la disposition de ceux de l'ancienne, les vestiges du teocallides temples et des palais. On sait ce que les fouilles exécutées pour ériger la statue de Charles IV sur la place principale y ont bit découvrir de richesses arcbéolc^ques. Les fouilles accidentellement faites , jusque dans les faubouigs de la ville , mettent chaque jour à découvert des vases et des statuettes.

A Tetzcoco, sous les ombrages séculaires des jardins royaux d'Âcolhuacan , on retrouve des statues, des bas-reliefs, les substructions des palais et des aqueducs, et sur la montagne voisine quelques vestiges intéressants du sanctuaire de Tlaloc.

 Teotihuacan , il faudrait suivre M. Méhédin aux fouilles qu il a entreprises autour des deux teocallis , dans les quartiers de lancienne ville et au long de la grande avenue , pour voir renaître, sous ses patientes et savantes recherches, la métropole sainte trois fois renouvelée et offrant dans ses substructions trois strates distinctes de civilisation.

Au milieu des maisons blanches de Tacuba, on retrouve la base du teocalli de Tlacopan. Enfin, près de San-Agustin de las Cuevas , Tancien Tlalpam , au bord du grand champ

de laves appelé Pedregal de San-Angel , on vient de découvrir les vestiges d'une cité ensevelie sous le flot volcanique et rappelant le sort des villes de la Campanie.

CBRRO DE LAS NAVAJAS. MINES D*0BSID1BNNE.

Les anciens Mexicains faisaient un grand usage de lobsidienne itztli pour la fabrication des instruments tranchants, tels que couteaux, stylets, lances, flèches, haches. Leur arme nationale, le micuahuitl, sorte de massue légère, en était garnie. Ils employaient encore cette roche volcanique pour en tailler avec beaucoup d*habileté des ornements qui se portaient à la lèvre inférieure et aux oreilles. Certains petits monuments épigraphiques , inscriptions de. date, sculptures emblématiques, étaient confiés à cette pierre dure. Enfin un usage plus curieux, mais qui parait avoir été d une application rare , consistait k recouvrir le visage de certains personnages, après leur mort, d*un masque s*adaptant sur les traits du défunt et offi*ant, à Textérieur, la reproduction dun type exécuté avec une grande perfection de forme. Ces masques funéraires existent en petit nombre. Ceux que j*ai eu l'occasion d'examiner sont assez minces, entièrement polis sur leur surface, ouverts aux yeux et aux narines, et percés aux tempes de deux trous qui permettaient de les attacher à la tète du mort.

On ne se. rend pas compte des procédés industriels mis en œuvre pour tailler une matière aussi dure, pour obtenir un modelé aussi étudié et des formes si délicates. Mon intention n est pas de décrire ces objets. M. le général Doutrelaine en a fait exécuter de beaux dessins, qui ont été placés sous les yeux des membres de la Commission. Je me

boraerai à faire ooDÎiattre les eiplmtatioDs de cette roche vitreuse, qoi, entre les mains des anciens Meiicains, servait à des usages tellement différents, qu*on y voit les termes extrêmes de leur avancement industriel et artistique.

Les mines d'obsidienne du cerro de las Navajas (moRtagme de$ cotiieoax) semblent avoir fiMimi ft presque tous les besoins de FAnabuac. Cette montagne, placée & la limite du pays des Otorois, forme Fun des sommets de la chaîne trachy tique, qui s*étend de Fest i Fouest, depuis los Oiganos de Actopan jusqu*à Tulandngo (roJicîffi ToUanizmco)^ k la limite nord du bassin de Mexico.

Les mines autrefois exploitées occupent un espace d*uh demi-kilomètre carré sur Fune des pentes de la montagne au pied d*un piton nommé cerro del Jacal , dont le sommet s*élève à 3, 1 a 1 mètres au-dessus du niveau de fOcéan. La position est N. N. E. par rapport à Mexico, et à une distance de 1 oo kilomètres environ de cette ville. On y rencontre une série d'excavations partielles, sorte de petits puits irréguliers autour desquels gisent les débris de la préparation des blocs et de la fabrication de quelques gros instruments.

L*amas d'obsidienne se trouve à une très-petite profondeur de la surface sous une croûte de tufs trachy tiques; la masse vitreuse forme comme une grande ampoule fissurée dans tous les sens , de telle manière que les blocs n'ont jamais de dimensions bien considérables : la roche présente plusieurs variétés de couleur : l'obsidienne d'un vert foncé est la plus commune; puis vient la noire, ia brune et une auti*e variété à reflets chatoyants et mordorés d*un très-bel effet.

Les anciens mineurs n'enlevaient pas au hasard les blocs d'obsidienne; sans cela, ils eussent exploité la montagne comme on fait d*une carrière. Il semble démontré, par l'exa-

luen du gitc, que les matériaux voisins de la surface étaient

rejetés ou plutôt laissés en place comme étant impropres h

la fabrication. Les actions atmosphériques en avaient altéré les propriétés vitreuses; on reconnaît en effet, en examinant les blocs qui gisent à Textérieur, qu ils ont perdu leur translucidité et qu ils ont acquis un certain grain dans la cassure. Ils sont passés visiblement de l'état vitreux à un certain degré d'étal amorphe.

Il y avait donc nécessité d'extraire les blocs en profondeur, comme l'indiquent les excavations dont quelques-unes ne sont pas éboulées; on reconnaît cependant que les matériaux exploitables se rencontraient à une petite distance de la surface, mais on aperçoit en même temps qu'une autre considération guidait le choix des mineurs : c'était la forme naturelle du bloc et la courbure de ses faces; ce choix était fait non-seulement dans le but de profiter des dimensions ou des formes accidentelles en vue d'une fabrication spéciale, mais afin de juger, d'après le sens des cassures et la nature de la pâte, de la possibilité de faire naître, par le travail, des surfaces convenables. A une profondeur plus grande, Tobsidienne est plus homogène, sa couleur devient d'un noir plus accusé, la cassure a plus de ténacité et plus de finesse, propriétés qui permettent la fabrication des petits objets.

Les excavations sont très-rapprochées les unes des autres; on distingue, à leurs formes irrégulières, que la série des blocs bons à extraire a seule guidé l'ouvrier dans son travail; elles affectent plutôt la forme de terriers que celle de puits verticaux. A deux mètres environ au-dessous de la surface, elles offrent un élargissement qui, dans quelques points , ne s'est pas comblé.

A la surface du sol gisent les débris épars de la prépara-

tioo des bbet el qmkpm ébmidiet de Idtqiieloiigiiesimoes, etimjprimÈmîxhngétÊÊmiék mk fimt Us fljfleU ooeouteam dti «eerifioftleim. €il fi» femUabie que ces blocs et les prismes frépsr é s élMimA en* voyés aux yilles Toisioes, dans lesqudies se ecntniisail k fakication de détail. On nerenoonUe pas trace de ce genre de travafl au cerro de las Na¥iyas« tandis qo*on troove à Talandngo de nombreux débris (iiacla), qui en font foi, ainci fu'à Teetibuacan • oà tout un &obowg deia ville antii|ae devaii être occupé p«r les cooteliers, à en jnger pair la profiision des restesde leur industrie.

« Une population esdusÎTo^de mineivs iMdtdoBc Técasnr cette moiitagne, an milimi des grandes fiMrêls depinsi dbja* mels^ d'ocotes, rendues aiqourdlmi à une slAtade fna IrouUe aeul le f^oussement lointdn dukuuMM^dinde^A»* iNige). fi était intéressant de recherdier la trace de cris vIméi nrinews en ddiors de leurs explmtations, car û est bieii eertttn que h période du travail fiit tris-longue, M qoei conunencée dès Tépoque préhistorique, elle s*est con^née jusqu'à la conquête espagnole. Cependant Texamen de la forêt aux environs des mines n offre aucun vestige d*un établissement fixe^ comme on aurait pu s*attendre à en découvrir; cette circonstance prouverait que les mineurs devaient appartenir à quelque population restée barbare et qu'ils habitaient des grottes ou des jacals. Les Otomis nous sont représentés par les historiens de la. conquête comme les habitants de ces montagnes pendant une longue suite de siècles, et leurs descendants vivent encore aux environs; il serait donc assez naturel de rechercher dans cette peuplade, regardée comme une des plus anciennes du Mexique, lorigine des hommes qui exploitaient la pierre itztli.

Mais, si Ton ne voit pas de ruines d'habitations autour du

cerro de las Navajas, il y existe un monument remarquable et de nature à prouver Tancienneté sinon lorigine des mineurs. Sur la pente occidentale de la montagne et à une faible distance des exploitations les plus basses, une petite esplanade demi-circulaire de 5 mètres de diamètre environ s'avance en dehors du versant; elle est soutenue par un talus conique; les bords circulaires sont garnis d*une ligne de pierres, qui en dessine exactement le contour. Au centre s élevait, au dire du guide qui m'accompagnait, une idole de pierre, qui était encore debout il y a vingt ans. et qui, renversée depuis , roula sur le revers de la colline. Nous ne tardâmes pas, en effet, à la retrouver au milieu des hautes fougères qui y croissent. La pierre est cylindrique, dun diamètre de 5o centimètres et d'ime longueur de i",2o; elle est fracturée à un bout et terminée sphériquement à l'autre. Mon guide y voyait très-clairement la tête, et ajoutait qu'autrefois, lorsque l'idole était dressée, on distinguait les deux genoux posant sur le sol. Il n'y avait cependant point matière à une fausse interprétation : l'idole était un grand phalle semblable à ceux que l'on trouve dans les hautes montagnes de la Scandinavie , sur les Apennins,

sur les chaînes de l'Asie Mineure et de la Mauritanie, et, en général , dans tous les cantonnements des peuplades primitives. Il n'est point nécessaire de chercher une relation entre les deux continents pour expliquer la tradition de cet usage ou de ce culte de la fécondation ; on doit plutôt y voir une idée commune aux premiers peuples, un symbole tiré de la nature même de l'homme et représentant le mystère de la vie. Cependant, si l'on rapproche ce symbole non-seulement de l'usage des armes de pierre , mais encore de la nature et de la forme de ces armes, on est conduit, comme nous allons le voir, à admettre , pour l'époque primitive du monde ,

2St

une grande conformité d*idées et d'osages dies les lubitants de la terre.

Ce n est pas la première fois que ce signe symbolique se rencontre en Amérique. M. Tabbé Brasseur de Boorboorg en indiqué plusieurs dans TYucatan , principalement à Ux« mal, où le symbole est figuré jusque dans la disposition des môles qui soutiennent les temples, et il a donné le dessin d'une pierre pballique conservée à Izaroal. {Ar€Uves,t. II» page 53.)

AHTlQUirés PRisiSTOBIQOBS. L*AgB DB LA PIBRRB BB AM^IQIIB.

L*ftge de la pierre représente toute la longue période de Tàrebéologie primitive, c'est la première époque de la culture humaine à laquelle s'attache un caractère d*imifi»^ mité vraiment extraordinaire.

Les preuves de son existence se remarquent en Amérique comme sur les autres continents. Mais un fait digne d'être mis en évidence , c'est le prolongement de cet âge à travers les siècles, jusqu'à l'époque actuelle, chez quelques tribus du Nouveau Monde. Il y a heureusement des caractères particuliers qui ne permettent point de confondre cette période prolongée avec ce que Ton entend par période primitive. Aussi, tout en notant qu'à l'époque de la conquête, au commencement du xvi* siècle, les armes et les outils des Mexicains étaient faits de pierre, on doit s'empresser de remarquer que ces objets, malgré une apparence de ressemblance, n'ont point d'identité de forme ni d'appropriation avec ceux dont se servait l'homme ancien.

Pour juger de l'époque d'un objet de ce genre, il faut avoir égard à plusieurs considérations; la première et la

plus iniportante est celle du gisement, car elle a une valeur absolue. En efiet, des objets rencontrés dans des alluvions anciennes portent Tauthenticité de leur origine avec eux, et, s'ils sont accompagnés de restes d'animaux éteints, leur date devient certaine, non pas au point de vue précis de rhistoire, qui ne peut remonter jusque-là, mais suivant les déductions de cette science née d*hier et qui pourrait s'appeler l'archéologie géologique. M. de Humboldt a dit [Essai politique, tome V\ page 34 9) : «La question générale « de la première origine des habitants d'un continent est «au delà des limites prescrites à l'histoire, peut-être n'cst- « elle pas une question philosophique. » La première partie de cette proposition restera vraie; mais la seconde ne l'est déjà plus, depuis que les recherches de savants contemporains, français pour la plupart, ont révélé sur ce sujet une suite de faits d'observation, qui fait entrer cette étude dans le domaine de la philosophie et de la science positive.

Après les preuves certaines que fournit le gisement, il est d'autres considérations également importantes, quoique moins absolues, ce sont celles que l'on peut inférer des cantonnements des populations primitives : presque tous sont placés dans des localités montagneuses et boisées , dans des portions de pays où des cavernes offrent des abris naturels et sur quelques nappes d'eau douce à niveau constant, qui permettent l'établissement de villages lacustres. Les objets trouvés en Amérique dans ces difiTérents milieux ont un caractère tout spécial et identique aux précédents. Rapprochés de ceux que l'on rencontre dans les centres historiques, les caractères de la forme, de la dimension et des matériaux employés, suffisent pour en marquer la différence et leur donner une authenticité à laquelle la constatation du gisement vient souvent apporter une confirmation.

H (en donc de {juGlque intérêt de faire counaître le: principmu cantoiioemeots recounus dans rAïuêrique septentrionale et en particulier d'indiquer ceux qui se sont troarés lor mon itin&wc.

Vax Cilifô^nie, Bnr le venant ooeat de U Siem-Nèndi, dans les vallées des rivières Calaveras. Stanùlans. Toohunns, qui serrent d'affluents au fleuve SmJoiqnîn, des crânes et des squdetles humains ont ét^ trouves souvent à de^ grandes profondeurs dans les allnvions «rifires avec des objrts de la premiire industrie.

Le gisement le {dus concluant qu'ulTre ce pays est une ancienne rt^ie recooverte par les tables basaltiques des «nviriKU de Colombïa. Des ossements d'espèces éteintes et des objets travaillés de main d'homme ont été rencontrés an milien des anciennes atluvions. Cette connexité et la nature du ^sèment, lequel non-seulement est recouvert par la ooucbe basaltique, mms encore par une assise de gris ant^eurs aux basalles, indiquent une époque trèsroeulée pour l'existence des premiers habitants de rette partie de l'Amérique. Us deviennent ainsi les contemporains des mastodontes et des éléphants; on peut donc s'attendre à découvrir les ti'aces de l'homme, chaque Tois que l'on rencontrera les restes de ces grands proboscîdiens.

Je signalerai un gisement considérable d'ossements anciens dans une alluvion glaciaire, qui s'étend de l'autre versant de la Sierra-Nevada à la naissance des plaines du Grand-Bassin et sur les bords de la rivière Walker.

En Sonora, j'ai signalé, dans le terrain crétacé du district de Sabuaripa, sur le flanc de la Sien'a-Madre , des grottes nombreuses, dont quelques-unes ont servi à la sépulture d'anciennes populations indiennes. Il est fort probable que

les mêmes cavernes fourniraient des indications sur Tépoque préhistorique. On trouve, aux environs, des ossements fossiles appartenant h de grands animaux , dans lesquels les populations locales voient encore la preuve de lexistence d*une race d*hommes géants., La Sierra-Madre, du côté occupé par les populations Tarhumares, offre également des cavernes remarquables, dont quelques-unes sont encore habitées par des fractions de ces tribus vivant à l'état sylvestre. Dans les alluvions, aux environs de Chihuahua, on a recueilli des dents d'éléphant avec quelques indices de la présence de Thomme. Au sud-ouest de cette ville , avant d'atteindre le Bolson de Mapimi, on voit dans Talluvion de gigantesques ossements, qui ont fait nommer cette partie du territoire lUino de los Gigantes. Mais c'est surtout le long de la grande chaîne que les restes fossiles et les cavernes à ossements et à objets humains se trouvent groupés. Je rappellerai les cavernes de Sestin, celles de Zape et les alluvions

aurifères d'El Oro avec les restes de grands éléphants. Plus au sud , autour de Durango, sont mêlées aux mêmes vestiges des haches d'une belle dimension.

Au pied de la sierrania de Zacatecas, dans les terrains de la Cieneguilla , on a trouvé la tête entière et les défenses d'un éléphant. Quelques instruments de pierre ont été rencontrés accidentellement aux environs.

La sierrania de Guanajuato offre des indices intéressants : d'abord, au sommet du Cubilete, des sépultures d'un caractère tout à fait primitif; puis, dans le lit des ruisseaux qui débouchent des Canadas supérieures dans celle de Marfd, de nombreuses haches de grandeurs variées et quelques ossements fossiles, parmi lesquels je citerai une dent appartenant à un individu du genre bos,

La vallée de Mexico fut aussi un cantonnement primitif.

Les environs de Texcoco en particulier offrent des restes fossiles et des haches de silex très-remarquables.

M. le capitaine Nicolas a signalé ^ le gisement important du Cerro de Tecolote, aux environs de Zacoalco, dans la province du Jalisco. Si cet officier avait pu réaliser les recherches projetées en ce point, il est assez probable qu il eût acquis la preuve de la présence simultanée de rhomme et des animaux éteints. On peut citer encore les gisements fossiles signalés par le général Doutrelaine à rhacienda de la Canalejo, à ili kilomètres au N. E. de Toluca, à Temascaltepec , au S. S. 0. de Mexico et au Cerro de Juquila , dans le district de Jameltepec, à 5o lieues S. 0. d'Oajaca, non loin des rives du Pacifique. Des restes du même âge ont é(é aussi recueillis dans la vallée de Mexico, par M. A. del Castillo, et il parait également, d après M. fabbc Brasseur de Bourbourg, que Tétude de l'époque quaternaire serait particulièrement intéressante à suivre dans TYucatan.

Je rappellerai encore les armes trouvées dans la province de San-Luis-Potosi; les haches de silex rencontrées sur les bords du Rio-Panuco; celles que renferment les tamali de la vallée du Mississipi; celles que l'on recueille dans le Massachusets, dans la Pensylvanîe, au Groenland, dans les sépultures de la Floride, et, enfin, les armes caraïbes des Antilles, si semblables à celles que Ton a nommées celtiques.

Les objets de ces diverses localités offrent une uniformité remarquable; la matière seule varie : c'est de la diorite, du granité, du jade, du silex, de la pierre lydienne, du jaspe, de Tobsidicnno et de la terre cuite. Il est trèsprobable que celte identité dos types se poursuit dans

' Archives t I. II , p. 21 5.

l'Amérique du Sud; je me bornerai à indiquer que, depuis l*isthme de Panama jusquau Groenland, les types sont les mêmes, et qu*ils sont semblables à ceux que Ion rencontre en si grand nombre dans la Scandinavie et dans les diverses régions de l'Europe.

J*ai réuni ici quelques armes, qui offrent divere spécimens appartenant à Tcpoque qui nous occupe; j'en ai exclu les armes en obsidienne, non pas que cette matière n'ait servi, dès les premiers âges, aux usages de l'homme, mais parce que , celte roche ayant plus tard remplacé le silex et les jaspes d'une façon presque exclusive, il y avait.danger d'introduire quelques types modernes dans la série préhistorique. Cependant il est probable que les haches d'obsidienne que possèdent en petit nombre quelques collections, et qui présentent la forme des haches de silex de Texcoco, appartiennent, comme ces dernières, à la période primitive.

Les armes figurées au quart de leur grandeur sur la page 2/11 appartiennent toutes à la période qui nous occupe; elles ont été recueillies dans des localités différentes, et, malgré leur petit nombre, elles me paraissent pouvoir établir des points de comparaison avec les armes du premier âge rencontrées en Europe.

Les haches figurées sous les numéros 2 6 et a 7 ont été trouvées à Texcoco par M. J. Bowring, il y a plus de quinze années; elles sont en silex gris, à peu près de même forme; la plus grande mesure 18 centimètres de longueur sur une épaisseur maximum de 8 millimètres seulement; elles sont très-habilement taillées par esquilles conchoidales; les bords sont assez tranchants , surtout vers la pointe , et le taillant a été obtenu par cassures et non point par l'usure des bords. C'est l'arme dans sa simplicité primitive, obtenue avec cette dextérité naïve de main , qui semble particulière

âo preiiMer &ge. Les analogues de ces armes oot été reocontrAes en Europe daos les «Uorioas ks pins aedemia arec des restés de llioiiinie , qui imt révâé stm existenoe 1 Tépoqne quaternaire.

L'arme desiinëe sous le namëro aS, et figorio sarnot le plat. et le profil, provint de la CaAada de Santa-Ana pris de Goanajuato; elle m'a été offerte par le docteur Vid^ C'est wi caillou de diorite que m forme araït s^naU pour femptoi qui en fut ftûL Une gnge. destîoée à. pi^ mettre remiOBoefaeineiit, a été pratiquée d'un cAté de ^ hache,, et le taUlaot a été diteou au moyen de deux plans ea biseau qtù se rencontrent sous an an^le de 65 degrés. L'arête est d'une très-grande netteté et les deux plans présentent un beau poli, qui permet de voir la siructurc cris- j tailine de la rodie. .

L'<^et £guré sons le numéro ag; en profil et en projec^ tion faorisontale , est enterre cuite. Qs'eii trouve un grandi nombre daqs les portions de la lagune de Mexico qui ont j été mises i sec. C'est une petite masse hémisphérique et ' percée d'un trou au centre. L'identité de cet objet avec ceux de même forme et de même dimension que l'on a trouvés en Europe , et principalement en Suisse sur les sites des villages lacustres , permet d'y reconnaître le pesoa Saafaseaa. Le trou qui le traverse de part en part servait è fixer la broche du fuseau.

Sous le numéro 3o,j'ai figuré une hache provenant de la vallée du Teol. C'est encore une arme de porphyre dioritique; elle est plus soignée et d'une forme plus élégante que celle de Guanajuato. La place de femmanchement n'est creusée que d'un seul côté comme dans la précédente : c'est là un des caractères des armes primitives. On ne distingue aucune partie polie sur cette hache.

La figure 3i est ane flèche de jaspe rouge, recueillie

dans les environs de Durango.

L'arme énorme figurée sur deux côtés, et placée avec le ■■,. Dum^Tj il sous les précédentes, mesure 3n cenliinètre* de longueur. Elle est exactement taillée sous toutes ses (âces et d'une régularité paifaite. La gorge d'attache est creusée au-dessus et sur les côtés. Le taillant est peu élevé. et Taréte bien rectîligoe a été obtenue par l'usure des deux

ÙICCS.

Cette masse presque cylindro-cODique est en diorîte; elle B été ramassée dans les attcrrissemcnts de la Caiiada de Santa-Ana et recueillie par le docteur A. Dugès. qui a bien voulu en faire hommage pour l'une de nos collections publiques.

La ressemblance de ces divers objets avec les armes Scandinaves n'échappera li personne. Elle ne permet cependant pas encore de conclure à une Tiliation quelconque, quoique certaines traditions un peu vagues et certaines preuves plus sérieuses permettent de prévoir qu'un mouvement de population a eu lieu très- anciennement et à des époques plus récentes, entre le nord de l'Europe et le nord de l'Amérique par le Spitzberg et le Groenland. Les découvertes successives , qui ne manqueront pas d'être faites , rapprocheront les jalons et permettront un jour de conclure sur cette intéressante question des migrations au premier âge de l'humanité.

NOTKS KTHNOGhAPHIQUES SUR LES REGIONS MEXICAINES.

Depuis l'époque assez récente de renvahissernent du conlinenl américain par les Européens, un grand nombre d'éléments ethnographiques ont disparu à tout jamais de sa suriace. 11 faut remonter aux premiers historiens pour retrouver les traces de Caraïbes et obtenir quelques données malheureusement insufTisanles à éclairer les recherches modernes. Il ne subsiste des vaillantes peuplades qui habitaient les bords du Mississipi que le souvenir de la lutte opiniàlre (]u'elles soutinrent contre le plus persévérant des envahisseurs, TAnglo-Saxon. Les tribus dites Peaux-Roages , canlonnées vers les prairies et les déserts du Far-fVest, progressivement refoulées par le flot des immigrants, ont fait une levée de boucliers en i865; puis, Iraquées, décimées, elles ont déposé les armes en 1867 pour reprendre tout récemment encore le sentier de la guerre. La destruction marche à grands pas, et bientôt tout sera dit sur la desrendance d'une race dans laquelle certains observateurs ont (TU retrouver le type jdc Thomme américain , Vhomme roage.

En Californie, la population nouvelle, attirée par les ])Iacers, a vu s évanouir devant elle les tribus timides qui la peuplaient. Au Mexique, des races se sont éteintes et d'autres sont sur le point de disparaître, emportant dans l'oubli leurs types, leurs coutumes et leur langage.

En parcourant ces régions de TAniérique du Nord sur 22 degrés de latitude, je fus vivement frappé de cette destruction, d'une paît, et de l'état d'infériorité oii semblent tombées, de l'autre, la plupart des peuplades indigènes. On ne peut se dissimuler qu'il n'y ait un mouvement de renouvellement dû à l'élément étranger. Certaines régions, il

Hl vrai, ètliapperonl, par leur silualion ou par kurcliiual. à cette absorption; il ne resten alors (juc des canlonnemenU isolé* où s'aliritcront queltjur-s restes de vicillrs |>opulationi. On doit donr se hâtrr dt- ccrtieillir des doctiincnls sur les tribus indigènes qui eiislcnt cnccre. C'est ce que J'ai tenté de faire dans les notes suivantes.

1j phystuiiomie générale des lodirns de In Hatjte-Californie t-sl assez Iranchéc; elle se présente encori' dans les restes de r|tiel<]nes Iribus, telle ipielle a été îndiqui^ par les anciens vojMgeurs, comme li; père don Pedro Pages, et plus rticenimenl par Forbes, Dupelît-Tboiiars et Ouflos de Mofras. (jni ont parcouru le pays iivant la découverte de l'or.

LeA indigiSnes qui hablEcnl la càtc enlre San- Francisco cl la pointe Conception oui la pciin de roulotir très-foncée tirant sur le noir. Ils sont iL^inéralcnicnt mal proporlionnés dans leur structure osseuse et all'cctés d'un tempérament débile. Leur caractère est on quelque sorte la conséquence de leur aspect pbysique; ris sont très soupçonneux et perfides. Avant l'arrivée des Américains, ils vivaient nus l'été, et couverts, pendant la saison froide, de quelque peau sauvage taillée en forme de casaque courte. Le vêlt-ment des femmes se composait d'un tablier de roseaux tressés et d'une peau de tânoi^ Jetée sur les épuuies. Ces costumes, qui, chez quelques tribus, étaient souvent bien agencés et relevés par quelques agréments de coquillages, oui disparu en grande partie sous des haillons entpruntés aux envahisseurs. Leurs atmes consistent on flèclics, arcs, filets et

sabres de bois armés d'un côté de cailloux tranchants ; cette arme rappelle beaucoup Tanciennc arme des Mexicains, le micaahuitl.

Quelques tribus, probablement d'origine polynésienne de même que les précédentes, construisent des radeaux avec des bottes de jonc, réunies entre elles avec des liens, de manière à former un plancher insubmersible appelé halsa, et les dirigent avec adresse le long des rochers du rivage pour donner la chasse aux phoques ou tendre leurs filets. Leur principale nourriture se compose de poisson : aussi les appelle-t-on , dans les relations anciennes, Indiens ichthyophages; ils ont disparu aujourd'hui des bords de la baie de San -Francisco et des baies voisines, où ils étaient nombreux auti^efois, et on ne les trouve plus que par groupes isolés dans les parties des côtes qui n'ont pas été envahies par les nouveaux colons.

Les Indiens qui habitent à une petite distance à Tintérieur des terres présentent déjà des caractères différents. Ceux des montagnes de Monterey sont mieux faits , plus robustes; ils habitent des petites cases rondes de quatre pieds de diamètre et se nourrissent de fraises, de champignons et d'un fruit du pays appelé zarzamora. Ceux qui habitaient la pointe Pinos étaient d'une extrême timidité. Le poisson faisait leur nourriture presque exclusive avec la chair des phoques et celle d'autres amphibies marins qui fréquentent la côte. Quelquefois des baleines, poussées par le courant du nord, venaient s'échouer dans la baie : c'était alors grande joie dans la tribu; les indigènes dépeçaient le cétacé et en faisaient cuire la chair dans des trous pratiqués en terre et garnis de pierres préalablement rougies au feu; ils le recouvraient ensuite de branches et de terre et laissaient s'opérer une cuisson lente. Ce mode de cuire, dans un silo chauffé.

encore préféré 'j celut qu'on obtient dans les fours (temascalli) dont ils se servent pour prendre des bains de vapeur comme le font les Indiens du Mexique.

Les Nëo- Californiens possèdent peu de notions religieuses. Ils croient cependant à la transmigration des âmes; ils adorent le soleil et le saluent cliaquc matin de cris d'allégresse. Los Indiens Cibolos (taureaux) habitaient de l'autre côtii de la baie de San-Francisco , dans les montagnes boisées qui entourent le Clear lake. Les cases de leurs villages étaient disposées sur une seule ligne ; ils ornaient leurs vêtements et leurs coiQures de plumes et de coquillages et se peignaient le corps. Ils s'adonnaient à la culture de quelques plantes et, en particulier, du tabac, qu'ils fumaient, mais dont ils faisaient un usage plus fréquent sous forme de pilules mêlées de chaux, qu'ils avalaient apri-s le repas. Us combattaient la faim dans leurs expéditions au moyen de ces pilules, et parvenaient ainsi à paralyser les besoins de l'estomac pendant un temps souvent très-long ( deux ou trois jours].

Les Indiens deSan-LuisObispo habitent de grandes maisons itemi-sphériques construites en branches et en roseaux tressés; une porte basse y donne accès , et un trou ménagé au sommet permet l'aérage en été et la sortie de la fumée en hiver. Quatre ou cinq ménages habitent une même case , et occupent , à l'intérieur, des loges , qui sont ménagées et divisées, au moyen de nattes, sur une estrade circulaire portant le nom de TapextW. Lorsqu'une Indienne estsuiprise par les douleurs de faccouchement , elle s'éloigne à quelque distance des habitations , puis elle creuse une fosse , l'emplit d'herbe sèche (zacate), et, une fois délivrée, elle va k la

' CoiTuption de TIa ptchtti, qui signifie lit e

rivière se baigner avec Tenfant. Elle attache ensuite le nouveau-né au moyen de bandelettes sur une petite claie d* osier, qu'elle peut suspendre au moyen d*un cordon à quelque branche , comme un berceau aérien, ou porter en bandoulière sur ses épaules, lorsqu'elle vaque à ses occupations extérieures.

Les Indiens de la côte du Sud, depuis le cap Conception jusqu'à San-Diego, ont une nourriture différente, que leur offre un climat plus doux : ils mangent le cœur de l'aloès sauvage, après l'avoir fait cuire en silo chauffé. Ils tirent aussi parti d'un roseau , qui , broyé dans un mortier, fournit mie bouillie farineuse. Ils mangent également une fleur* qui ressemble à l'églantier d'Espagne et qui croît dans les endroits marécageux.

Les femmes ornent leurs vêtements de coquillages , qu'elles cousent avec des 61s de maguey, après y avoir pratiqué des trous avec un poinçon formé de l'os de la patte d'un venado. Les hommes travaillent la nacre , dont ils incrustent les mortiers de pierre dans lesquels ils broient leurs aliments; ils se servent de couteaux formés d'un caillou ti*anchant aiguisé des deux côtés et emmanché dans de la nacre.

Les Indiens qui habitaient les bords de la rivière Santa- Ignés , que le père Fages appelle rivière des tremblements de terre , avaient , suivant le rapport de ce missionnaire , le teint blanc , les cheveux roux et la figure agréable. La présence d'une semblable race sur le continent américain n'est pas un fait isolé. Il y a d'autres exemples de races blanches dans des contrées voisines. Le major Emory cite des peuplades blanches qu'il a rencontrées dans son expédition à travers les plateaux du Far- West.

' La (leur d'un lotus. — Le lotus edttlis se mange en Europe.

Dans le comté de Santa-Barbara , il existe une tribu qui offre tes caractères anthropologiques des Japonais à un tel degré, qu'on en fut très-frappé à San-Francisco , lors du passage de la première ambassade venant du Japon et qui aborda le port californien en 1 86 i . Quelques sujets furent amenés aux étrangers, et Tétonnement fut extrême pour tous, lorsque, s'adressanl la parole, cbacun dans son idiome, ils se comprirent avec assez de facilité. Quand on y réfléchit , ce fait parait moins extraordinaire : le courant de Tessan, qui prend naissance près des Philippines , passe le long des côtes japonaises, remonte jusque près du détroit de Behring, et redescend le long des côtes de l'Amérique. Les eaux de ce courant ont charrié, souvent jusque sur tes rivages californiens, des débris de jonques e( de bambous. D'autre part, Beechey a fait lemarquer que des navigateurs en pirogues pouvaient se rendre, des côtes de la Tartarie asiatique ou du Japon sur le continent américain, en gagnant d'ile en île sans rester jamais plus de deux jours en pleine mer. La religion des Néo-Californiens serait encore un indice de leur origine astatitjuc : on sait, en effet, que tes tribus primitives, venues d'Orient en Europe, n'adoraient pas les idoles de pierre ou de bois; leur culte consistait, comme celui des Californiens , dans une attente des levers du soleil , dont ils saluaient ensuite l'apparition par des cris d'aliégresse.

La mission de San-Bona Ventura fut fondée, en mars 1782, par les Franciscains, sur l'cmplii cernent du village de Mitscanacan; il y avait, ;'i cette époque, 3, 000 Indiens, it n'en reste guère plus de 100 aujourd'hui. Chrétiens de nom, mais conservant leur ancienne croyance , ils célèbrent une fête au mois de juin et invitent les tribus des environs dans une seconde réunion en octobre; ils conjurent les malélices et ont conserve la coutume élrangr d'empoisonner

chaque année l*un des leurs ou quelque individu d*une tribu voisine au milieu des réjouissances de la fêle. G^est la seule peuplade entachée de fétichisme :ils adorent laigle etFépervier. Chaque Indien a son dieu particulier, soit un arbre, soit une pierre; on rencontre sur les plus hautes montagnes des arbres enguirlandés et des rochers entourés de morceaux d'étoffe de laine; ces Indiens ont le teint plus noir que leurs voisins, et ils s'adonnent volontiers à la pèche.

Dans l'intérieur de la Californie , il existe encore quelques restes de tribus. Celles qui habitent les pentes boisées de la Sierra-Nevada vivent à l'état sylvestre et nomade au milieu des forêts; elles se nourrissent de noix de pin et des produits de leur chasse.

Au sud du bassin californien, autour du lac Tulare, habitent les Indiens Tulares, dont les attaques et les déprédations étaient très à craindre au commencement de l'immigration californienne. Ils sont aujourd'hui moins nonnbreux et plus timides; ils s'occupent, suivant les saisons, soit à pêcher dans les eaux poissonneuses du lac ou dans les rivières qui s'y jettent, soit à chasser l'oiurs gris dans les montagnes, le cerf sur les collines boisées du pied de la Sierra, ou l'antilope dans les grandes prairies de la plaine. Ils se servent d'arcs de i".2o de longueur, très-difliciles à tendre; ils emploient des flèches faites en bois léger, mesurant une longueur de 80 centimètres à 1 mètre, armées de pointes en os, en silex, et quelquefois en obsidienne; au bout opposé, ces flèches sont garnies de quatre barbes de plumes sur une longueur de 10 centimètres et sur i centimètre et demi de hauteur. D'une grande adresse au tir, ils développent dans leurs chasses une ruse patiente et sauvage , qui les fait triompher de tous les animaux. La manière dont ils chassent l'antilope est digne d'être indiquée. Le chasseur se revêt

d*UDe peau d antilope , en coiffant sa tête de celle de l'aninial , puis il va se poster avant le point du jour dans un passage fréquenté par ces animaux. Il se rapproche du troupeau en imitant lallure et les mouvements de la bête; broutant, levant la tête, avançant de côté et d^autre .jusqu'à se trouver à quelques pas de la troupe légère dont sa ruse, protégée par les grandes herbes, n'a pas éveillé l'inquiétude. Il choisit alors sa victime et l'abat d'un coup de flèche tirée en plein poitrail.

Il convient encore de citer, an sud , les Indiens Mohaves dans la partie intérieure, qui s'étend jusqu'aux rives du rio Colorado , et les Indiens Yumas, qui appartiennent à la même famille et qui sont cantonnés vers le confluent du rio Giia avec le fleuve. Ces peuples sont organisés par villages, cultivent quelques graines, et vivent une grande partie de l'année, comme les autres indigènes, de chasse et de pêche. Sans être en guerre avec les blancs, ils s'isolent loin de leur contact.

INDIENS NEO-MEXlCAlNS.

Je désigne sous ce nom les tribus qui peuplaient l'étendue du Nouveau- Mexique sur l'espace occupé autrefois par ce vaste territoire, que l'on a divisé depuis en plusieurs parties, qui sont : l'Etat de Nevada et les territoires de rUtah , de l'Ârizona et du Nouveau-Mexique.

L'Etat de Nevada est peuplé par une partie de la grande tribu desShoshones ou indiens serpents. Cette peuplade guerrière et pillarde a beaucoup inquiété les premiers immigrants ; elle est répartie sur une grande partie de l'Orégon , où elle touche aux Wallia VValha; elle s'étend dans le nord de l'État de Nevada jusque dans l'Utali. Elle comptait 10,000 âmes

en i86â ; depuis lors elle a été amoindrie par ia famine et par les maladies.

Llndien Shoshone se distingue par une taille élancée, une certaine vigueur et une grande agilité aux exercices du corps; il est très-habile chasseur. Il a les cheveux droits, roides et noirs, le front légèrement déprimé, l'arcade sourcilière proéminente, les pommettes saillantes, le nez aquilin et le menton accusé; les lèvres sont minces et serrées, la mâchoire peu développée et recouverte de plis verticaux de la peau , qui donnent à la face un air d'astucieuse sauvagerie; la couleur de la peau est brune, d'un brun rouge hâlé. Les Européens méridionaux contracteraient cette coloration sous Tinfluence du soleil et de l'atmosphère sèche , tout imprégnée de poussières alcalines, qui, durant une grande partie de l'année, rend le climat de la Nevada particulièrement désagréable.

Les Washôe appartiennent à la race précédente par leur type et par les caractères extérieurs, qu'ils ne possèdent pas toutefois à un aussi haut degré. Leurs qualités physiques les rapprochent des Indiens de la Sierra -Nevada. Ils étaient nombreux autrefois; aujourd'hui ils ne comptent plus que 1 2 à 1 ,5oo individus groupés sous le sceptre dérisoire de leur roi Winnemucca.

Les Paï-Utah habitent le centre et le sud de l'État de Nevada. Ils comptaient vers la même époque 6 à 7,000 individus, d'après des évaluations locales, qui me paraissent fort exagérées. Ils ne ressemblent point aux tribus précédentes; le Paï-Utah a le nez épaté, la figure large et massive; il est moins grand que ses deux voisins et a une disposition particulière à un certain embonpoint. Il se fait remarquer par sa nonchalance , ce qui n* exclut pas chez lui une certaine méchanceté dissimulée. Il a le visage triangu-

laire, caractérisé par une grande largeur à la base du crâne, par des pommettes saillantes et un menton effacé; ses yeux sont relevés au coin des tempes. 11 a dans la figure, dans la couleur de la peau , qui est plutôt jaune que brune , et dans l'altitude générale, des caractères qui le rapprochent beaucoup du type mongolique.

Ces diverses tribus ont conservé en partie l'usage de se peindre le visage avec l'ocre rouge. Il paraît démontré que la qualification de Peaax roagea, donnée en général aux tribus des prairies du nord, depuis le Mîssissipi jusqu'à la Sierra-Nevada, est due plutôt à cette coutume qu'à la couleur de la peau, dont on retrouve l'équivalent sur les côtes du Japon et même sur les rives de la Méditerranée.

Ces peuplades ont comme caractères communs d'être privées de barbe et d'avoir des cheveux noirs, roides et à section elliptique.

Je signalerai simplement les tribus que je n'ai pu approcher : d'abord les Utah ou UteSj fixés dans l'Utah en petit nombre; puis, enAinzona, les Moquis, populations intéressantes groupées par villages sur le plateau du Colorado; quelques peuplades pueblcennes fixées dans le haut de la vallée du Rio-Grandeau nord dcSanta-Fé, et enfin plus près des froulîères aciuellcs du Mexique, les Comanches et les Apachcs; je vais donner quelques détails sur ces derniers.

Page 1