I.ES Al'ACHES
Ils vivent en tribus divisées et peu nombreuses dans les plaines de l'Arizona qu'arrose le rio Cila et dans le Nouveau- Mexique |)rès des bords du rio Grandc-dcl-Norle. Ils se divisent en 'l'ontos, Cliiricagues, Gilcuos, Mimbrcnos, Farao-
nés, Mescaleros, Llaneros, Lipanes et Navajos, sans foimer un corps de nation ; chaque tribu ayant des coutumes et des usages différents. Leur principale occupation et leur mode d*existence est la citasse, quils font par grandes battues et d une façon très-destructive pour le gibier.
Les grandes prairies sont aujourd'hui dépeuplées des animaux de vénerie, qui naguère s'y trouvaient en grand nombre. Les chasses se sont ensuite poursuivies dans les montagnes, puis dans les territoires voisins. Ces tribus n'ont pas toujours eu la réputation de férocité qui les caractérise aujourd'hui. Du temps de la domination espagnole, elles étaient en relations amicales avec les populations des Presidios, et, quoique guerrières et très-vaillantes, elles passaient pour plus inolTensives que les peuplades des Gomanches et des Pimas, contre lesquelles il fallait se tenir en garde.
A cette époque, les Apaches étaient surtout connus pour leur maraudage ; profitant de leurs relations avec les Presidios, ils volaient des bestiaux dans les habitations pour en garnir leurs rancherias. Leur audace s'accrut lors de l'émancipation du Mexique ; ils procédèrent par grandes razias et ruinèrent les Presidios : il y eut dans ces luttes des représailles sanglantes.
Depuis cette époque, l'Apache, d'un caractère vindicatif, changea de manière d'être : il jura la destruction de la race blanche et se donna le nom de Cahen, qui, dans son dialecte, signifie sauvage impitoyable.
Les établissements des frontières ne suflîront bientôt plus à lavidité de ces destructeurs, qui étendirent leurs grandes chasses dans les provinces de Chihuahua, Sonora, Sinaloa, Durango et Cohiihuila.
Ils poussèrent leurs courses jusque dans les environs de Zacatecas, à près de 3oo Houes de leur territoire ; ils massa-
crèrent tout ce qui ne pouvait leur résister, s emparèrent des troupeaux et les ramenèrent dans les prairies du Nord. Ces invasions, se renouvebnt chaque année, ruinèrent un grand nombre de villages et même quelques villes ; les mines de la Sonora et du Chihuahua durent être abandonnées en grande partie , ainsi que les ranchos voisins.
Il existe un document manuscrit datant de 1 796 et donnant sur les tribus Apaches et leurs coutumes des renseignements très-précis. Cette relation^ fut écrite par le lieutenant-colonel D. Antonio Cordero, commandant des Presidios de la frontière à Paso-del-Norte (Chihuahua). A cette époque, les tribus Apaches s'étendaient du 3o* au 38* parallèle nord , et en longitude depuis le confluent du rio Pecos avec le rio Grande-del-Norte jusqua celui du Gila avec le rio Colorado.
La peuplade se divisait en neuf fractions, dont les noms espagnols donnés plus haut portent, dans la langue apache, ceux de :
Vinm ettinen^ne, Segatejen-ne, Tfaiccajen-ne^ Iccajen-ne, Payatajen-ne, Leyen-nc, Cuelcajcn-ne, Lipajen-ne et Yatajen-nc.
Le même idiome, avec des diiréronces de prononciation et quelques termes locaux, est en usage chez les divers groupes. 11 est d'une prononciation dure et difficile; il se compose d'un très-petit nombre de mots, qui forcent à de longues circonlocutions et rendent le discours monotone et dilTus.
La manière de vivre varie* un peu dans les diverses tribus; quelquesimes ont des villages fixes comme lesNavajos,
' Un extrait en a ëté publié par M. Orozco y Berra, page 368 de son ouvrage intitulé : Gengrajia de Icu lentjiias y carta elnngrnfica de Mexico, 186^. Le manuscrit appartient à D. José Fernando Hamirez.
mais la plupart mènent une vie nomade et établissent leur jacal de campement dans la partie du pays qu ils jugent la plus giboyeuse, et qui doit leur offrir, en outre, quelques ressources végétales variant avec les saisons. Au commencement de Tété, ils recueillent la graine du zacate; cette graminée , qui couvre la surface des prairies avec une extrême profusion, leur fournit la base de leur alimentation; les graines broyées se réduisent en une farine ricbe en amidon; elle est employée sous forme de galettes cuites au feu , ou en bouillies appelées pinoles. Au milieu de Tété , les fruits de la pitaya et du nopal leur permettent de ne prendre aucun souci de leurs provisions végétales. Ils ont encore comme ressources les fruits du dattier, du chêne et du pin. Pendant le reste de Tannée, les populations les moins nomades confient à la terre quelques graines de maïs, de frijol et de tabac.
Les Apaches supportent admirablement, dans leurs excursions, les privations de la faim, mais la frugalité n*est qu'une vertu d'occasion chez eux; ils ont des goûts essentiellement carnivores, et leur gloutonnerie à cet égard ne connaît point de bornes. Ils ont une préférence marquée pour la chair du cheval, et ils n enlèvent les bœufs que lorsqu'il n'y a plus de chevaux dans le pays. Us voyagent la nuit en se rendant par la crête des montagnes vers les points qu'ils veulent piller. Leurs attaques sont toujours des surprises dans lesquelles ils cherchent à mettre toutes les chances de leur côté. Ils parviennent presque toujours à s'échapper après avoir ravagé et massacré.
Ce fléau des provinces du nord du Mexique touche à sa fm. Les Apaches ne paraissent plus qu'en groupes très-rares et peu nombreux ; on a l'assurance de leur prochaine extinction.
NOTE SD(\ I/JDIOME DES APACHBS.
Le langage des Apaches est rude et d*une prononciation difficile; la forme grammaticale en parait irréguliëre. Ces tribus se servent de mots composés pour l'expression de toute idée complexe ; sous ce rapport et sous quelques autres , leur idiome offre quelque ressemblance avec la langue malaye.
Ils ne connaissent pas récriture et n ont aucun caractère symbolique pour exprimer des idées ou retracer des souvenirs; aussi n ont-ils aucune notion sur leur histoire.
Voici quelques-uns de leurs mots les plus fréquemment mis en usage dans leurs relations avec ies Mexicains.
Hiatighil, ciel.
Ca-tso, lièvre.
Yattati'tazitan, mailre des cieux.
Bayé, coyote (chacal).
Thou'pasets Dchinaï, ôlre su-
Khugé, oiseau.
prême.
Titzi, arbre.
Thou'ipel, enfer.
Dchâ, chapeau (sombrero).
Souce^ étoiles.
Dckâ - tarigajai , ca méléon .
Dckigliounahai , soleil.
Ka-tta, poison (des flèches).
Clai-ghounahaï , lune.
Z tigîitchaîai , sierra.
Dchi'cati, jour.
Yghi, chemin.
Clai'tchacoun, nuit.
Nagogli, pluie.
Nigot'Sang, terre.
Naghoalki, il pleut.
Picaghounli, homme.
Tocata naghoalki, il va pleuvoir
Istamen, femme.
Hatiga, pleuvoir.
Chi-thâ, père.
Custhô, il fait chaud.
Chi'tna, mère.
Cuskaz, il fait froid.
Chi-ja, fils.
Chigl-custhâ , j'ai chaud.
Chi'hatsaî, fille.
Se////, j'ai froid.
Yané stihitalluli, bœuf.
Thonndago cuzthô, Irès-chaiid.
Yané zkaî, vache.
Tonndago custaz, très-froid.
IJouskijai, cerf (venacio).
Kyhlago, beaucoup.
Ghli ou kli, cheval.
Haichilego , peu.
Pi, âne.
Chidahuge, grande faim.
Tanghlan, peu d*nppétit.
Chidâta-tzitza, j'ai faim.
Pa-tzitza, j'ai soif.
Icha, manger.
Ni-na, tu manges.
Tan-tang, mangeons.
Aca-tasang , mangez.
htla, boire.
A^i thâ , tu bois.
Istha, buvons.
Chi, moi.
Tzi'ihraya, marcher, aller
Undatzithraya, marche, va.
Hi-na? (\\xe voulez-vous?
Tant hai? comment allez-vous?
Jou, bien.
Han jou ? êles-vous bien ?
Jou'Stéclié, bonjour.
Joa signifie bien ou bon , et beau pour les choses. Dchi'joa, beau jour et belle journée.
Picaghoanli-jou, homme bon.
Mauvais se dit thoaon, en parlant des choses,
et thoaon Djoura, quand il s*agit des personnes. Dchi'thouon , mauvaise journée.
Picaghounli ihouon-Djoara , mauvais homme.
Les Apaches se sont donné le nom de Cuhen qui signifie féroce, cruel.