‹ Explorations minéralogique des régions mexicainesChapitre 5 sur 46 · HAUTE-CALIFORNIE · texte numérisé non relu

HAUTE-CALIFORNIE

La Californie se divise en trois régions bien distinctes. Le versant allongé de la Sierra-Nevada en forme la partie la plus accidentée. Le bassin des fleuves jumeaux, le Sacramenlo et le San-Joaquin, étend au pied de la chaîne d'immenses plaines marécageuses. Enfin la région du littoral est formée par le relief d'une chaîne principale, parallèle à la Sierra, et par des chaînons latéraux que Ton comprend sous le nom collectif de Coast-Ranges ou montagnes de la Côte.

Cette disposition géographique fait pressentir une division tranchée dans la distribution minérale. En effet, les deux régions montagneuses, bien que soulevées par les mêmes roches éruptives, renferment des gisements dissemblables. Les Coast-Ranges offrent des dépôts de cinabre, d'oxyde, d'étain, d'asphalte , de pétrole, de lignite et de borax, tandis que le flanc de la Sierra renferme à sa base des minerais de cuivre, puis de l'or sur presque toute sa largeur, et quelques minerais accidentels d'argent, de platine et d'irridium.

Chacun de ces gisements a ses caractères particuliers et les conserve d une extrémité à l'autre des pays avec une constance toute particulière et peut-être sans exemple en dehors de cette partie du continent américain.

Je ne ferai que mentionner les minerais de fer répandus irrégulièrement et souvent en grandes masses dans toutes les régions. On n'a pas songé à les exploiter; l'époque de les utiliser n'est point encore venue pour l'industrie californienne, plus spécialement attachée à la production des métaux précieux.

Mines de mercure, — Je commencerai par la région du littoral pour suivre à la fois Tordre naturel et celui de mon itinéraire. La présence du cinabre dans le Goast-Range a été pour la Californie un de ces faits heureux qui doivent paraître providentiels à tous ceux qui ont pu juger, par le développement des mines, de Timportance du mercure dans la production des métaux précieux. G est, en effet, Tagent indispensable pour saisir, au milieu des gangues et à Tétat de division sous lequel les a introduits la nature, lor et largent disséminés.

Au moment où la Californie el TÂustralie réclamaient à la fois de grandes quantités de mercure, la production de ce métal diminuait en Europe dans les exploitations appauvries d'Almaden et dldria. C*esl alors que les magnifiques gisements de la Nouvelle-Almaden purent faire face à des besoins doubles.

Les mines de New-Almaden sont situées dans la petite chaîne de Santa-Clara , voisine du rivage du Pacifique, à 1 00 kilomètres environ au sud de San-Francisco. Les amas de cinabre se rencontrent au milieu des roches du terrain crétacé, auxquelles les serpentines et les trapps ont fait subir un métamorphisme très-marqué. Au voisinage des roches éruptives et au milieu du terrain modifié, se sont accumulés les minerais les plus riches accompagnés de gangues calcaires et quartzeuses.

Ces minerais se présentent sous trois formes :

i"" En masses compactes disposées en couches que Texploitation débite en blocs plus ou moins volumineux;

'i"* Sous forme de veinules ou de nodules en chapelets, disséminés en ramifications au milieu des gangues (ce sont les minerais les plus abondants);

3"* A l'état de terres fortement argileuses et imprégnées de cinabre.

La proportion des gangues calcaires est assez grande dans les deux premières classes de minerais pour qn*il soit superflu d'y ajouter de la cbaux en vue de désulfurer le cinabre; on en introduit seulement une certaine proportion dans les terres argileuses, qui sont ensuite façonnées en briquettes et séchées au soleil. La distillation s'effectue dans de grands fours rappelant comme disposition ceux qui servent à la même opération à Idria, en lllyrie. Les minerais, chargés par assises et par couches, et disposés de manière à ménager des conduits convenablement répartis dans la masse, sont chauffés au bois. Le mercure volatilisé se condense dans une série de chambres en maçonnerie, communiquant à Tautre extrémité avec une cheminée d'appel.

L'exploitation des mines de New-Âlmaden, commencée en i85o, a été interrompue, par séquestre judiciaire, de novembre i858 à janvier 1861. La production totale de la mine, au 1* janvier i865, selevait à i&.3oo,ooo kilogrammes, représentant un rendement moyen de a a p. 0/0 sur les minerais. En ajoutant à ce chiffre i,58o,ooo kilogrammes, produits pendant la même période dans les exploitations des mines de New-Idria et de Guadalupe , on arrive à 1 5,880,000 kilogrammes pour la production de la Californie jusqu'en 1 865. Sur cette somme :

1,700,000 kilogr. onlété employés en Californie, Nevada, etc. et 1 4, 180,000 kilogr. ont été exportés au dehors.

1 5,880,000 total de la production de i85o è i865 exclusivement.

La production annuelle tend aujourd'hui à s'élever jusqu'à a millions de kilogrammes, sur lesquels la Californie et les États voisins n'absorbent que 1200,000 kilogrammes.

L'exportation s empare du reste et le distribue, dans Tordre d'importance, aux pays suivants:

Chine 33 p. o/o.

Mexique ai

Angleterre i8

Étals-Unis (New- York) i a

Pérou et Bolivie g

Chili 6

Australie i

Le prix de revient des i oo kilogrammes de mercure est de 3oo francs environ; le prix de vente est de y/io francs en Californie et de 65 & francs pour l'exportation. Il nest pas sans intérêt de citer, auprès de ces chiffres, ceux qui, il y a vingt ans, s'appliquaient aux mines de l'Âlmaden d'Espagne.

La production annuelle s'élevait à i , i oo,ooo kilogrammes et le prix des loo kilogrammes variait de 1,000 à i,!2oo francs. Depuis cette époque la production a beaucoup augmenté : en 1 863 elle atteignait 1 1 ,000 tonnes.

Mines de charbon. — La chaîne du Coast-Range offre dans plusieurs de ses parties des couches de iignites. Les gisements sont répandus depuis le comté de Mendocino, par 3()°3o' de latitude, jusque dans le comté de Fresno, par 36^3o' de latitude. Les exploitations ont été ouvertes dès 1 862 dans la région moyenne, au voisinage du mont Diablo. Les mines les plus productives, placées au nord de cette montagne, fournissent un combustible de bonne qualité, réparti dans deux couches principales. L'extraction annuelle s'élève à ^ 0,000 tonnes en moyenne; ce chiffre est loin de suffire à la consommation californienne, qui réclame, en outre, 1 10,000 tonnes de houille importée.

La masse des minerais appartient à la classe des cuivres pyriteux. Les cuivres carbonates sont moins commuas, les cuivres gris n ont été rencontrés quaccidentellement. On expédie directement en AngleteiTc les minerais riches, ou concentrés à Tétat de mattes pour ceux qui, en raison de leur teneur, ne pourraient supporter la chèreté du fret; enfin on transforme à Tétat de régules et de cuivre rosette une faible partie des minerais.

Région aurifère, — La Californie , placée en dehors du mouvement d*émigration de l'Europe, sur les rives d'un océan peu parcouru, serait l'estée longtemps déserte, si la nature n avait fait plus encore en répandant à profusion for sur le versant ouest de la Sierra-Nevada jusqu'aux affluents des deux fleuves. La découverte des mines dor attira en peu de temps un flot considérable de population, qui se renouvela sans cesse, se répandit dans le pays et y créa des villes, des camps, des routes. La fièvre de for enfanta des prodiges, et tout ce qui existe est loin de représenter la somme des eflbrts souvent inutiles ou mal appliqués auxquels se livra cette population, qui se lançait en avant, sans rien mesurer ni calculer, mais avec Tidée d'acquérir à tout prix.

Les riches placers qu'envahissaient les mineurs furent bientôt épuisés dans leurs réserves; il ne resta que les alluvions pauvres et les filons, pour lesquels le travail individuel dut faire place au travail en commun. C'est alors que l'organisation du pays s'assit et que s*étab1it l'équilibre social actuel. La Californie est aujourd'hui un Etat semblable aux autres Etats de l'Union; son industrie dominante sera toujours la production des métaux précieux, mais sa population est fixée par d'autres intérêts qui tendent à se déve-

lopper chaque jour, grâce à ses ressources naturelles cl à son commerce.

La surface occupée par les dépôts et les gîtes aurifères mesure le cinquième de Taire totîile du pays. Cette région occupe la plus grande partie du versant ouest de la Sierra- Nevada. On la divise en deux parties:

Les mines du nord comprennent les exploitations des comtés de Siskiyou, Sbasta, Klamath, Trinity, Lassen, Plumas, Buttes, Sierra, Yuba, Nevada, Placer, Sacramento, RIdorado, et une partie de TAmador et du Calaveras;

Les mines du sud occupent Tautre partie du Calaveras et de TAmador et les comtés de Tuolumne, Stanislaus, Merced, Mariposa, Mono, Inyo, Fresno, Tulare, Kern, Los Angeles et San-Bernardino.

Les plus productives sont celles du nord; on en retire un poids de métal précieux quatre fois plus considérable que celui provenant des mines du sud. Il est à remarquer que la production de For a subi une diminution sensible et continue depuis Tannée i853, époque h laquelle elle atteignit son maximum, s*élevant à Sj.iii.o^tx dollars, d après le chiffre de Texportation , soit plus de 3oo millions de francs. Cette diminution est heureusement compensée par un rendement plus considérable chaque année pour les mines d'argent; de sorte que, dans la période de quinze années, i85i à i865, il y a presque équilibre, l'exportation des métaux précieux donnant une moyenne annuelle de 2S0 millions de francs avec des écarts peu sensibles.

Sans entreprendre la description des exploitations californiennes, qui est donnée ailleurs ^ je rappellerai ici les

^ Exploration minéralogi(fue , t. I". Description des anciennes possessions mexicaines du nord , par M. Guillemin Tarayre.

principales circonstances de leur gisement et do leur mise en œuvre.

Les alluvions aurifères exploitées dès lorigine sous le nom de placeres occupent, sur le versant de la Sierra, retendue que ^indiquais plus haut; cest un espace de 1,000 kilomètres de long sur mie largeur moyenne de âo kilomètres. Ces alluvions appartiennent à différentes époques; les plus anciennes sont antérieures à l'apparition des trachytes, d autres leurs sont contemporaines; les autres, postérieures aux basaltes et aux laves, se lient à celles de Tépoque actuelle. On doit distinguer aussi les alluvions anciennes remaniées et enrichies par les érosions modernes; ce sont ces dépôts de la surface qui, en certains points, ont fourni les abondantes récoltes qui signalèrent la découverte de for.

Les alluvions névadiennes ont été formées sur place par les eaux des glaciers descendant du sommet de la chaîne; elles ont emprunté le métal précieux à un faisceau de fdons quartzeux qui occupe lespace compris entre la limite la plus élevée et la partie moyenne de la zone aurifère. La découverte de ces filons , faite au moment où les placers ne tenaient plus leurs premières promesses, donna une activité nouvelle à la production. Grass- Valley et Mariposa sont les deux centres principaux des exploitations de quartz en filons. Les mines sont aujourd'hui ouvertes dans la région aurifère entre le comté Del Norte et celui de Los Angeles, et le produit quelles fournissent augmente à mesure que diminue le rendement des placers.

Les alluvions furent d abord exploitées par des méthodes qui pourraient s'appeler individuelles, comme la baiea ou lavage au plat, le berceau ou lavage au crible oscillant, le long tom ou caisse dormante, le sluice, canal à eau courante; puis par des méthodes collectives, telles que celles du

flume ou river-mitany , pour le lavage des aliuvions des cours d*eau; du tunnel-mininy , pour Texploitation souterraine d un niveau aurifère; du tannel-shice, pour l'enlèvement et le classement des matériaux de tout un étage par l'action d'un courant d*eau; enfin la méthode californienne par excellence, hydraulic-mining f consistant à abattre sur sa hauteur un dépôt alluvial par des jets d eau à une pression de six atmosphères, les matériaux désagrégés allant ensuite, sous forme de torrent, se classer dans des canaux de planches disposés à cet effet. Cette dernière méthode, la plus expéditive et la moins dispendieuse, toutes les fois qu'il est possible de l'établir et de l'appliquer à de grandes masses, est aujourd'hui presque la seule en usage. Les premières méthodes ne sont plus appliquées que par quelques chercheurs isolés ou par les laveurs chinois, qui reprennent, avec leur persévérance innée, les dépôts dès longtemps exploités, et qui en retirent encore un bénéfice que l'activité et la sobriété de leur race permettent à eux seuls de réaliser. L'or fourni par le lavage des alluvions est à l'état de pépites, de grains, de paillettes et de poudre; il offre une teneur très-irrégulière sur toute l'étendue de la région aurifère ; sa loi de fmesse varie de 5oo à 990 millièmes (en moyenne 880); Targent y est combiné, puis le cuivre et quelquefois le fer. Dans certaines localités on y trouve mélangés le platine, l'irridium et l'osmium.

Les filons aurifères se concentrent soit dans les granités et les syénites de la chaîne, soit dans les terrains métamorphiques qui recouvrent ces roches sur le versant. Les couches sédimentaires , que l'on croit appartenir au trias , ont subi des changements remarquables : les unes se présentent è l'étnt de schistes chloriteux, micacés ou talqueux, d'autres sous l'aspect de porphyres feldspathiques et amphiboliques. Elles

sont intercalées aux diorites, aux trapps, à la serpentine, et associées, suivant la région de contact avec le massif cristallin, à des calcaires saccharoides et à des dolomies accompagnées de silice. L*amphibole est très-répandue dans toutes les roches modifiées, le diallage s'y rencontre quelquefois. Le quartz est la gangue dominante et presque exclusive des filons; le spath calcaire et le talc y sont plus rarement associés; For y est contenu h Tétat de particules souvent visibles à Tœil nu. Le traitement métallurgique consiste à broyer finement la gangue sous des pilons en présence du mercure et d*un courant d*eau, puis à amalgamer les résidus dans le moulin hongrois. Lor existe aussi dans les filons et dans les alluvions à Tétat de pyrites aurifères. Ces pyrites, séparées par le lavage, sont traitées par un grillage au four à réverbère, suivi d'une chloruration. On précipite dans la liqueur décantée le chlorure dor par le sulfate de fer. Ce procédé, ti*ès-dispendieux , laisse beaucoup à désirer comme rendement.

Asphaltes, salses, borax, — Le littoral du sud de la Californie et quelques portions intérieures que je visitais en mars et avril , sont recouverts par des terrains tertiaires qui laissent écouler des produits hydrocarbures sous forme d'asphalte et de pétrole. Quelques-uns de ces dégagements s'échappent jusque dans les eaux de la mer. Les dépôts les plus abondants se trouvent autour de Los Angeles, de Santa- Barbara et de San-Bonaventura, où ces gisements sont exploités sur une échelle très-restreinte. Les phénomènes volcaniques ou plutôt les soulèvements et les fractures qui se sont produits dans le sol, sous Finfluence des basaltes, sont visiblement en rapport avec les orifices d'épanchement de ces matières bydrocarburées. Il en est de même des salses

ou volcans de boue qui sont placés à la naissance du désert du Calorado, entre le 33* ot le 34" parallèle, dans une dépression inférieure au niveau do TOcéan. Les gaz carbonés s'en dégagent avec violence. La distribution des sources alcalinées ou sulfureuses peut aussi se prêter à des déductions intéressantes. La source minérale la plus remarquable est sans contredit celle qui accumule Facide borique dans un petit lac alcalin placé près de Clear-Lake dans le massif du Coast-Range. Les cristaux de borax qui naissent dans 'la vase au fond de la lagune sont exploités depuis quelques années.

Après avoir terminé Texamen des principaux districts de la Nouvelle-Californie, sur un espace ne mesurant pas moins de 3,8a5 kilomètres, je m'embarquai le io avril pour atteindre la Basse-Californie.

BASSB-CALIFORNIE.

On connaît peu cette longue presqu'île, qui, sur i,3oo kilomètres, s étend parallèlement à la cote du Mexique et enferme le golfe profond dans lequel déboucbe le Rio-Colorado. Les cartes du dépôt de la marine, établies sur les anciennes reconnaissances , sont plus approximatives qu'exactes en ce qui concerne la disposition des côtes. Quant à Tintérieur, presque dépourvu d'habitants, il n'a jamais été l'objet d'une exploration sérieuse.

La côte occidentale, que l'on range de près, offre aux regards des rivages arides, uniformément accidentés par des collines basses, sans eaux et sans végétation. Quelques dentelures indiquent seules h l'horizon la course de la chaîne médiane, cordon peu continu qui suit le prolongement rec-

tiligne de la Sierra-Nevada. Une haute montagne, dont la forme caractérisée signale immédiatement la nature, en surgit sous le 28* degré de latitude : cVst le volcan de Las Virgines, situé sur le rivage du golfe; son sommet est probablement le plus élevé de la presqu'île.

Du côté de fOcéan, on remarque de bons mouillages; tels sont : le port de San-Bartolomé, au sud de file de Cedros ou Cerros, la magnifique baie de la Magdalena, abritée par file de Sainte-Marguerite. Les côtes accusent ensuite, en allant vers le sud , un relief plus accentué, et l'on passe devant la mission de Todos-Santos avant d'atteindre l'extrémité méridionale de la péninsule ou cap San-Lucas. Près de ce cap débarqua Cortez en i 535 , au mois de juin, le jour de saint Barnabe, dans une petite baie abritée des vents d'ouest par une ligne de rochers. Le vocable du saint lui fut donné en consécration du premier ancrage.

Il semble, d'après le récit des historiens, que ce voyitge de découverte fut le siijet d'une grande désillusion pour le Conquistador et pour ses compagnons, tant l'aspect du pays est décourageant. A aucune époque , on ne s'est beaucoup préoccupé au Mexique de cette possession, considérée comme trop lointaine, tant elle est restée en dehors des relations ordinaires, et si parfois on a songé à la Vieille-Californie , ce fut comme lieu de déportation , lorsque , à la suite des luttes politiques qui désolent ce pays depuis un demisiècle, le parti triomphant y envoyait comme gouvemeiur quelque chef vnincu dont il tenait à ménager les amis.

On ne trouve au capSan-Lucas qu'un misérable raiic^\ où il n'est pas très-aisé de se procurer les guides et. les animaux de charge nécessaires pour s*engager dans l'intérieur.

* Métairie.

Les sentiers, qui suivent presque constamment les lits desséchés des torrents, obligent à de longues étapes entre les villages ou ranchos de San- José, Cadoano, Santiago, la Ëncenada, San-Bartolo, qui sont disséminés sur les 180 kilomètres qui séparent le cap San-Lucas du district des mines de San-Antonio.

Mines d'argent, — Le réal de San-Antonio date de la colonisation des jésuites, qui, dès la fin du xvii* siècle, firent exploiter les mines.

Les filons sont situés des deux côtés de la vallée. A Test, ils ne sont point exploités; composés presque exclusivement de pyrites arsenicales, ils ont été dédaignés, bien qu'ils renferment une teneur en or qui en fera reprendre plus tard Texploitation. Cette richesse est accusée par les alluvions du torrent , dont la propriété aiu'ifère est mise en rapport chaque année, à Tépoque des pluies, par des orpailleurs. Le côté ouest de la vallée renferme un faisceau de trois à quatre filons parallèles de minerais de plomb et d'antimoine , contenant des sulfures d*argent en assez grande proportion pour être exploités avec profit. En franchissant la crête de la vallée, on rencontre, à 6 kilomètres, le district du Triumfo avec les mines de Mendozena, Carmen, San-Pedro, San-Nicolas, Maria, etc., ouvertes sur im faisceau de filons N. N. E. incliné à Test, encaissé dans le granité et associé à des schistes talqueux et à des porphyres. Les minerais sont des bournonites fréquemment accompagnées de galène à grains fins. Les moins riches sont traités sur place avec beaucoup d'imperfection; ils sont d*une réduction difficile. Les minerais riches sont expédiés en Europe moyennant un fret de 35 piastres^ par tonne, et vont se

' La piastre mexicaine vaut 5 fr. 35 cent.

faire traiter en Saie, à Tusine de Freyberg. On évalue à 1,200 tonnes Texporlalion annuelle des minerais, et à 100 piastres la valeur moyenne de la tonne exportée. La production locale en lingots n excède pas 20 h 3o,ooo piastres, soit 6 à 700 kilogrammes d'argent, qui sont obtenus par Tamalgamation de minerais grillés et chlorurés incomplètement. Une grande perte sur la teneur des minerais et sur le mercure employé à recueillir largent est la conséquence naturelle de la difficulté de réduction des bournonites et de Tinsuffisance de la méthode métallurgique employée. Les mineurs occupés à Textraction sont des Indiens Yaquis venus de la Sonora pour s*adonner, en Basse-Californie, à Texploitation des mines, à la culture des terres et à la pêche des perles. Ils forment à eux seuls la classe laborieuse, avec quelques rancheros employés aux transports des matières premières et à Félève du bétail.

En dehors du district, la production minérale pourrait se développer dans d*autres parties du pays. A Cacachilla , groupe de montagnes situé à 80 kilomètres au nord de San-Antonio, on a reconnu quelques filons argentifères qui, d'après plusieurs échantillons extraits de la mine du Tesoro, semblent promettre un traitement plus facile et un rendement plus abondant que les minerais de San-Antonio. D'autres indices de filons ont été remarqués dans l'île de Ceralbo, placée près de l'entrée du golfe de la Paz.

On rencontre des placers dans presque tous les lits torrentueux qui sortent du massif granitique. Le plus connu des gisements aurifères est celui de Los Gallineros. Les sables y sont riches, mais le manque d'eau oblige A les concentrer par le vannage, procédé qui ne permet de recueillir que les pépites.

Un filon argentifère d'une grande puissance a été récem-

ment découvert au sommet du Cerro-del-Giganle, à une altitude de 1,388 mètres, auprès de Loreto, rancienne capitale de la contrée.

Le groupe des iles Carmen, Catalina, San José, Ëspiritu- Santo, qui forme dans le golfe, au sud de cette montagne, un alignement parallèle à Taxe de la presqulle, renferme également des indices de métallisation. L*ile de Carmen est déjà signalée par de nombreux filons cuprifères récemment découverts.

L*ile San-José offre divers filons métalliques qui contiennent de Toxyde de fer aux affleurements, des carbonates de cuivre, du chlorure d*argent et des pyrites de fer et de cuivre dans le corps des filons.

On rencontre encore dans cette île des schistes métamorphiques facilement décomposables et pénétrés de petits grenats noirs dont les Indiennes forment leurs parures.

D'autres matières minérales susceptibles d*être utilisées se rencontrent en diverses localités. Presque toutes ont été délaissées. On commence à exploiter à Muleje des assises puissantes d'un sulfate de chaux saccharoïde , albâtre de couleurs variées dont on se sert comme marbre.

Le climat de la Basse-Californie est très-beau; on ne peut mieux le comparer qu'à celui de l'Egypte. Les pluies y sont très-rares, et il n'y a pas un seul cours d'eau permanent. Dans de telles conditions, la fertilité des terres ne peut se manifester que dans quelques vallées abritées et rafraîchies par la rosée qu'y déposent les vents de l'Océan. Le manque de population est encore une cause de l'improduction du pays. La partie tropicale, la plus habitée, contient 9,000 âmes, réparties à raison d'un habitant par 2 kilomètres carrés. Le reste du pays ne compte que 5, 000 habitants, soit un pour 34 kilomètres carrés.

La capitale actuelle est la Paz, située au fond du golfe de ce nom, à ào kilomètres du réal de San-Antonio, au bord dune baie très-étroite, qui est devenue le port le plus important du pays et qui fut, depuis la découverte de Cortez, le tbéàtre annuel de la pêcbe des perles et des carrets, uniques productions de la péninsule pendant un siècle et demi , jusqu'à rétablissement des premières missions.

Le port de la Paz est mis en communication avec la cote mexicaine par le paquebot américain qui relie San-Francisco aux ports de la mer Vermeille et qui eOectue un voyage tous les quarante jours. La traversée de la Paz à Muzatlan dure vingt-quatre beures. C*est par cette voie que j abordai TEtat de Sinaloa et les possessions de terre ferme du Mexique.

SINALOA.

La province de Sinaloa faisait autrefois partie intégrante (le la Sonora ; elle en fut séparée après les guerres de Findépendance, il y a environ quarante ans. En cessant d'être un groupe de partidos^ pour devenir un Etat, elle sappela le Sinaloa, du nom indien de son ancienne capitale, qui est aussi un nom de tribu, et reçut Guliacan comme cheflieu.

Sa surface mesure 76,700 kilomètres carrés; elle s*étend le long du golfe de Californie, depuis le Rio-del-Fuerte au nord jusquà celui de Las Ganas au sud, et en largeur depuis la côte jusqu à la Sierra-Madre du Pacifique. Sa population, de 160,000 âmes, établit une proportion d'environ deux habitants par kilomètre carré, nombre qui n*est

Diviftion territoriale analogue à nos cantons.

pas en rapport avec la fertilité de cette belle contrée, où le maïs, les céréales, la canne à sucre, le coton, la vigne, le tabac et le café, donnent de magnifiques récoltes, aux différents niveaux qui conviennent à leur culture.

Les terrains défrichés occupent un espace circonscrit aux environs des lieux habités; le reste du pays, favorisé par une température assez élevée, par une atmosphère humide et par les eaux qui descendent en abondance des sinuosités de la chaîne, s est couvert d'un manteau serré de végétation et de forêts où croissent le bois de Brésil, le palissandre, le bois de rose, Tébène, le cèdre et d autres essences précieuses par leur texture ou leurs propriétés tinctoriales.

Prodaction minérale. — A peu de distance du rivage apparaissent des collines; elles se groupent à Tintérieur du pays de manière à former la naissance des contre-forts de la chaîne, qui vont en s*élevant vers Test. Dès les premières saillies du terrain, les roches métallifères émergent à la surface avec des filons d'argent, qui sont exploités à San-Sebastien, au Rosario, à Copala, à Panuco, à Cosala et dans vingt autres localités secondaires. On ne possède aucune donnée officielle pour fixer exactement la production annuelle de ces mines. On admet cependant que les quatre cinquièmes des lingots sont exportés en fraude, et Ion peut conclure, d'après les déclarations de douane faites en 1 86/i, que la production totale a été de 5 millions de piastres pour cette même année. Ce chiffie semble aussi, d après les renseignements locaux, s'appliquer h Tannée moyenne, ce qui porte la production minérale du Sinaloa h l'importance de 26 k 2'j millions, valeur en francs. L'or est contenu dans le minerai en notable proportion; il existe même quelques

filons et des placers importants qui produisent exclusivement ce métal h I état pur ou combiné en proportion définie avec l'argent dans Talliage que les anciens nommaient electnun, et auquel les mineurs mexicains ont donné le nom à*oroche.

Situation des mines. — Loi*sque j'arrivai à Mazatlan en mai 1 865, le pays était dans une triste situation, les mines étaient abandonnées pour la plupart; les populations soulevées bloquaient le port de Maxatlan; les conmiunications commerciales étaient coupées. Dans de semblables conditions, une exploration à l'intérieur devenait impraticable et ne pouvait avoir aucun but utile.

Je dus à Tobligeance du consul d'Espagne, Don Pedro de Echegouren, la possibilité d'étudier la composition minérale des divers districts sur les beaux échantillons qui composent sa collection et sur ceux qu'il m'oflnt pour le ministère de l'instruction publique. Je complétai ces études par la reconnaissance géologique du littoral aux environs du port, et je fus assez favorisé l'année suivante pour pouvoir aborder par les hauts plateaux le versant ouest de la chaîne et en achever l'examen géognostique.

Ne pouvant mettre à profit un plus long séjour à Mazatlan, je m'embarquai pour Guaymas, principal port de la Sonora, situé vers le milieu du golfe de Cortez. Dana celte traversée de 87 5 milles marins le long des côtes du Sinaloa, il est facile de se rendre compte de l'inexactitude des cartes et en particulier de celle du dépôt de la marine portant le n^ liij. La position attribuée à Mazatlan est trop occidentale; il en est de même de toute la côte depuis ce port jusqu'au Rio- Culiacan; l'erreur est de près de 3 milles, ou, plus exactement, de 3 minutes en longitude. Les petits ports de cabo-

tage de la côte sont Tonala, Altata, Tomasula, Navachista, dont un seul se trouve indiqué. Le Rio-Sinaloa est placé 3o milles trop haut, et leuibouchure du Rio-del-Fuerte, qui forme la limite de TËtat, demande à être abaissé d'un degré en latitude.

Page 1