‹ Explorations minéralogique des régions mexicainesChapitre 6 sur 46 · SONORA · texte numérisé non relu

SONORA

En atteignant les côtes de la Sonora, on passe près du petit port d*Achiavampo, situé contre Tembouchure du Rio de Los Alamos. Le district de ce nom , qui fut pendant long temps le centre le plus riche des exploitations de la Sonora , alimente le mouvement commercial de ce port.

Après avoir passé devant les bouches du Rio-Mayo, on longe les côtes basses qui touchent à Tile de Lobos. Les Indiens Yaquis y récoltent le sel déposé au fond des estuaires et vont réchanger à Guaymas conlre des produits européens. La vallée du Rio-Yaqui qu'ils habitent est très-fertile. Leurs villages s'étendent jusqu'au pied de la Sierra -Madré, et sont placés à une certaine distance de la rivière ou sur des hauteurs voisines pour se mettre à l'abri des inondations trèsfréquentes auxquelles il est soumis. Ce cours d'eau, le plus important de la contrée, est navigable par les petites embarcations, jusquà une assez grande distance de son embouchure; il vient se jeter à la mer au-dessous du port de Guaymas.

L'aspect de la côte prend un caractère très-accidenté dans la région qui s'étend au nord de l'embouchure du Rio-Yaqui ; une ceinture de montagnes aiguës et arides, formée de roches tracliy tiques, environne et abrite le mouillage de Guaymas; derrière ce premier rideau de montagnes, on en

aperçoit un second qui sépare le port de rintérieur des terres. En avant de ce bourrelet se détache la niasse conique des basaltes de Baco-Cbivampo, et à Touest se dressent les aiguilles de Tetas de Cabra et les rochers de la pointe Colorada. Le manque complet de végétation, la teinte calcinée des roches, la limpidité du ciel et de Teau donnent au papage un aspect saisissant qui m*a rappelé celui de la presquile d*Aden, à Textrémité de TArabie; le port de Guaymas est un des meilleurs du Pacifique, et c'est le seul qui ait une véritable importance dans le golfe de Cortez, dont il occupe le centre. 36o milles nautiques le séparent de lembouchure du Colorado; sur cette distance, il n existe pas de bons mouillages, le haut du golfe est particulièrement mauvais pour y prendre abri; la mer marne de 6 à 7",5o et offre de grands courants irr^uliers dus à la hauteur de la marée et à Técoulement du Rio-Colorado , qui, en toute saison, présente un grand débit d'eau limoneuse et rougeâtre.

Population. — La Sonora a éprouvé de grandes vicissitudes intérieures. Si sou éloignement du centre du Mexique Fa tenue, comme la Basse -Californie, en dehors des complications politiques de la métropole , elle eut des crises locales beaucoup plus rudes à supporter; elle dut dabord se défendre des inclussions et des méfaits exercés contre elle par les Indiens barbares ou cimarrones, qui, ayant épuisé les ressources naturelles de TArizona, allèrent pousser leurs grandes chasses jusque chez les blancs, enlevant le bétail et semant dans les établissements de la frontière la destmction et la mort. D'autre part, la réputation exagérée de ses mines attira encore sur cette province deux tentatives regrettables d agression.

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Le début de ces désastres date du siècle dernier et commença sous la domination espagnole par le soulèvement de tribus dès longtemps soumises.

En 1 740, les Yaquis se soulèvent en masse.

En 1 780, les Indiens cimarrones (sauvages) font irruption dans la Sonora. Les Géris se révoltent et massacrent les blancs.

En 1 820, soulèvement des Indiens Opatas et des Papagos, peuplades nomades antérieurement amies.

En i8q5 et 1826, soulèvements des Yaquis.

En i832, dernier soulèvement des Yaquis.

En 1866, invasion des Indiens Âpaches (bravos), qui ne cessèrent de revenir chaque année continuer leur œuvre de pillage. Les villes de Bacuachi, San-Lazaro, San-Lorenzo, Fronteras, et d autres établissements des frontières, disparurent avec presque toutes leurs populations. La ville d*Arispe, Tancienne capitale, fut abandonnée. Ures, la capitale actuelle, resta sous la menace constante de ces féroces envahisseurs, qui n'épargnent ni les femmes ni les enfants.

La population actuelle , bien diminuée surtout dans Télément indigène, peut être évaluée , d'après les renseignements locaux, de la manière suivante :

Popuialion blanche 4o,ooo

Population métisse ao.ooo

Tribus indiennes 45,ooo

Total io5,ooo

La surface de la Sonora étant de 206,000 kilomètres carrés, cest à pou près un habitant pour deux kilomètres carrés, proportion quatre fois moindre que celle qui existe dans TEtat voisin de Sinaloa.

Les tribus indiennes sont laborieuses et attachées k la culture; elles se divisent en :

Yaquis 1 1 ,5oo j

Mayos 7,000 > populations fixes et agricoles.

Opalas 18,000 )

Papagos 8,000 population nomade.

CériA, elc 5no population sauvage.

Au nord delaSonora, dansTArizona, versla frontière, existent les tribus très-intéressantes des Pimos, des Gocomaricopas, et le reste de celle des Papagos. Ces Indiens, organisés par villages, cultivent les céréales etd^autrcs plantes alimentaires; ils vivent en dehors du contact des blancs et suivent leurs anciennes coutumes. On les désigne , dans les provinces du nord du Mexique, sous le nom général dlndiens mansos, doux, paisibles, littéralement appnvoù^s, par opposition aux Indiens barbares que Ton appelle bravos, féroces, sauvages, ou cimarrones , avec la même signification. Ceux qui fout trembler les habitants de laSonora sont les Apaches Gilenos, des bords du Rio-Gila, et les Apaches Mogoyones,. de la Sierra -del-Mogoy on. On les évaluait, il y a peu d années, à 2,000 environ. La diminution très-sensible de leurs méfaits semble indiquer qu'ils sont en décroissance et près de disparaître. Leur extinction sera certainement le signal d'une reprise nouvelle pour l'exploitation des mines, les travaux agricoles et l'élevage des bestiaux.

Une aridité absolue voue à l'état inculte une bonne moitié du pays, mais les grandes vallées qu'arrosent les Rios Yaqui, Mayo et leurs aflluents, sont d'une extrême fertilité; elles produisent les céréales, la vigne , le coton , l'olivier et même, dans certaines localités, la canne à suïtc. La Sonora expé-

die déjà ses farines et ses fruits aux ports du Pacifique. Son climat, de ia nature de ceux que Ton appelle extrêmes, à cause de l'écart très-grand que présentent les températures moyennes de Tété et de l'hiver, est un des plus sains de toute la région des terres septentrionales du Mexique. Les cas de longévité y sont très-communs, et la moyenne de la vie est plus élevée que partout ailleurs.

Mines. — On a toujours représenté cette province comme une des plus riches sous le rapport minéral; cette opinion lient surtout à la fréquence des gisements aurifères répandus dans la région ouest. Le district de TAItar, en particulier, oflre des placers pour ainsi dire à chaque pas, mais bien rarement la présence de l'eau permet de les exploiter. Sur quelques points, lor est à Tétat de particules assez grosses pour que la concentration des sables puisse s'eflectuer par le vannage. Mais c'est là une exception qui devient chaque jour plus rare. L'or se trouve encore répandu dans les autres districts, et il devient assez abondant au voisinage de la Sierra-Madre ; on l'y trouve non-seulement à l'état de placers, mais aussi en filons réguliers au milieu de gangues quartzeuses, comme en Californie.

L'or a été exploité en Sonora depuis l'établissement des premières missions; les mines d'argent paraissent avoir été découvertes seulem.ent à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci.

Les mines du district de TÂltar ont été abandonnées lors des premières incursions des Âpaches; c'est à peine si l'on exploite aujourd'hui quelques affleurements ou quelques vieux chantiers.

Dans le district de la Magdalena , sur vingt et une mines , trois seulement étaient en activité en 1 865. Les fiions oifrent

comme minerais dominants le cuivre gris et la pyrite arsenicale argentifère.

Le district d*Ures ne contient pas moins de quatorze systèmes de filons différents. La nature minëralogique des minerais les rend très-difficiles à traiter. La blende, la galène, la pyrite de cuivre, les sulfo-arséniures et les sulfo-antimoniures des mêmes métaux, associés à des proportions trèsvariables de sulfure d'argent, se succèdent avec une extrême irrégularité due au grand nombre des croisements de filons. Ce défaut de continuité dans les gisements apporte beaucoup d'indécision dans les travaux et donne lieu à de fréquentes déceptions. Le district d'Ures et les deux districts voisins d*Ârispe et de Mocteuzoma sont ceux qui comptent le plus d'exploitations actives. L'échec qui les attend presque toutes est l'irruption des eaux dans la mine aussitôt que les travaux ont acquis un certain développement et une profondeur qui permet de trouver un peu de régularité dans le filon. Un assez grand nombre de sociétés formées k San- Francisco sont venues y dissiper en peu de temps des capitaux très-considérables, tandis que les mineurs mexicains, travaillant tantôt sur un point, tantôt sur un autre, reprenant les anciens travaux en gambusinos ^ et changeant de fdons chaque fois que la veine leur fait déf;iut . arrivent à obtenir, sinon un rendement régulier, du moins une production qui les fait vivre et leur permet d'attendre la chance d'une bonanza^.

Le district de Sahuaripa contient peu de filons; les mines reparaissent près de la frontière du Ghihuahua dans les croupes de la grande chaîne.

Le district d'Alamos est le plus intéressant de ce pays; il

' Mineurs travaillant à Tavenlure sans concession.

^ Bonanza, bonheur, se dit de la découverte d'un enrichissement de filon.

contient des filons semblables à ceux du Sinaloa. Les premières mines découvertes, A Baroycca donnèrent de ri<*he8 produitsau commencement de ce siècle. Les mines d'Alamos, exploitées depuis trente ans, ont enrichi leurs premiers possesseurs. Le système des filons et la nature des minerais expliquent ce succès; cependant les mines sont aujourd'hui en décadence, les unes envahies par les eaux, les autres éboulées. Les troubles politiques ont achevé, dans ces dernières années, de désorganiser ces exploitations.

Malgré ces conditions détestables, on s'accorde à évaluer à a millions de piastres la production de Tannée 186^. Ce chilTre est dû surtout h la fréquence des gisements d*or que Ton exploite de préférence en vue d'une fraude plus facile. Pendant cette même année, fatelier des monnaies à Hermosillo frappait 63,8 1 q piastres en or et ^65, 1 09 piastres en argent. Ces deux chiffres ne représentent environ qu un quart de la production totale.

J'ai indiqué, dans une note publiée depuis longtemps ^ la cause dominante qui m'avait empêché de parcourir la Sonora; c'était la même qui m'avait précédemment fermé l'accès du Sinaloa. La présence de fractions du corps expéditionnaire français sur plusieurs points du littoral avait soulevé les populations intérieures fortement travaillées par la propagande des Américains de Californie. S'abriter derrière nos colonnes, au risque de partager leur inaction, eût paru le paiii le plus sage; car sortir des avant-postes français était une témérité que quelques imprudents payèrent de la vie. Revenu à Mazatlan pour gagner l'intérieur du Mexique , je trouvais les communications interceptées au travers de la Sierra; la saison des pluies commençait, et les agaaceros

* Lettre sur la Sonora , adressée , en août i865, h S. Exe. M. le ministre de rinstniction publique. (Voir Archives, i. II. )

augmentaient encore les diflicultës matérielles du voyage. Il fallait cependant prendre une détermination. Je me rappelai Taccueil bienveillant et plein de sympathie que j*avais reçu en Basse-Californie , au milieu de ceux que Ton appelait alors les dissidents. Il n'était point logique de préjuger d une manière moins favorable des populations de terre ferme, et je résolus de reprendre avec confiance mes allures de voyageur isolé. La route de Guadalajara par San-Blas restait libre, c est-à-dire sans troupes. Je congédiai le piqueur qui m*accompagnait depuis San-Francisco , sa présence pouvant devenir une complication pour Texécution de mes projets; puis je m*embarquai avec les instruments et le matériel de voyage dans une barque pontée qui faisait le service postal entre Mazatlan et San-Blas. Assailli par une tempête à la sortie du port et poussé vers la pleine mer, le léger navire resta cinq jours le jouet des éléments; enfin le sixième jour, les vivres nous manquant depuis le quatrième, nous abordâmes enfin à San-Blas, petit port situé à vingt heures de navigation de Mazatlan.

JALISCO.

Les rivages de San-Blas sont formés des dépôts sablonneux de la mer et des apports alluviaux des rivières voisines, et principalement du Rio-Grande de Santiago ou de Lerma, qui, après avoir pris sa source près de Mexico, traverse tout le Mexique pour venir se jeter à la mer un peu au-dessus du mouillage de SanBlas. Un môle ou digue naturelle de basalte enserre ce petit port contre une plage basse et ombragée, sur laquelle s élèvent quelques maisons de bois et des cases de paillottes. Une population peu nombreuse,

présentant des traces bien itiarquëes d'un mélange de sang noir, s'occupe des soins d'un commerce presque nul. Cet établissement, qui rappelle mie factorerie de la côte d'Afrique bien plutôt qu'un port mexicain , a remplacé l'ancienne ville de San-Blas , détruite , il y a plusieurs années , dans les guerres de castes qui désolaient cette province. Elle était placée à 2 kilomètres du port, sur un plateau basaltique domi* nant de a5 à 3o mètres les terrains marécageux qui s^étendent autour; elle était vaste et bien bâtie,- autant que l'indiquent encore ses ruines, qui bientôt disparaîtront sous Tenvahissement d'une végétation exubérante.

Pendant la saison des pluies, le chemin de San-Blas à Tepic est impraticable; on franchit les terres basses jusqu'aux Chiles, par une navigation lente sur le rio de ce nom; puis il faut gravir, en passant par les villages ou ranchos de Juaris* cinto , de Navarette , de Las Chivas , un versant de roches volcaniques qui soutiennent le plateau de Tepic à i ,000 mètres au-dessus du niveau de l'Océan.

Les roches qui composent le plateau sont de la mêoïe époque éruptive ; on y rencontre à chaque pas des tra-^ chytes,des basaltes, des obsidiennes et des laves. Le volcan éteint du Sanganguey est placé à quelques kilomètres au sod de la ville, et le cerro de San Juan s interpose entre le rivage et le bord du plateau, en faisant l'office d'un écran du côté de la mer.

Mines. — La province de Jalisco est moins bien partagée sous le rapport minéral que la province voisine du Sinaloa. Cependant les gisements de métaux précieux sont trèsnombreux, et l'on sait qu ils furent exploités autrefois avec plein succès. Actuellement ces exploitations reprennent sur quelques points, et, si l'on envisage le nombre des anciennes

mines dont les travaux peuvent être repris, et les nouveaux filons qui sont découverts chaque jour, on peut conclure qu'il dépend beaucoup des populations locales de redonner aux mines de la Nouvelie-Gallicie leur première activité.

Trots divisions minérales partagent la province : ce sont les districts de 1'epic, de Masco ta et d*Autlan K

Dans le district de Tepic, les Indiens exploitent faiblement quelques filons à San-Luis , près des bords du Rio- Grande. A San-José Entetapusco , tout travail a cessé depuis 1860. A Compostella, les nombreuses mines, dont les travaux étaient fructueux il y a quelques années, sont envahies par les eaux. Les roches métallifères sont des porphyres; les filons y sont dirigés enti*e le nord -ouest et Touest; ils contiennent des minerais sulfurés susceptibles d'être traités au pdtio (amalgamation américaine) , des pyrites arsenicales et des galènes ai^entifères non utilisées.

Les autres centres d'exploitation sont ou abandonnés ou exploités h peine; tels sont: le minéral de Santa-Maria del Oro, celui d'Acuitapilco, ceux d'Estanzuela, de Chimaltitan, de la Gesca, de San-Francisco, de Mojo-Cautitlan et de Motaje.

Dans le district de Mascota, les exploitations sont plus actives ; on a repris depuis quelques années celles du minéral de San -Sebastien, qui n avaient jamais été entièrement délaissées. Quatorze mines sont en activité; les plus importantes sont exploitées par la maison Barron , Forbes et G**. Les minerais ne sont pas très-riches, mais ils sont abondants; leur teneur varie de 1 à 2 millièmes, soit de 6 à 1 a onces par carga de 3oo livres. Le minéral de Cuale,

* Pour plus de détails, voir Note sur les mines de la proviuce de Jalisco, par M. E. GuiUemin (ÀrMtes de la Commiision, t. Il, p. 477).

celui du Bramador et plusieurs autres situés dans le sud et dans Test commencent à donner quelques résultats.

La production du district de Mascota pour l'année i86^5 a atteint le chiffre d*un demi- million de piastres.

Le district d*Autlan n*est encore qu'une division nominale. Les gisements reconnus ne sont pas utilisés. Ce district comprend la partie sud du Jalisco. située entre la mer et le territoire de Golima.

L*or est peu répandu dans les minerais d argent du Jalisco; la proportion relative en valeur de lor à l'argent ne dépasse guère 2 pour 1 00. Cependant il y a dans cette province quelques mines d*or, et il paraît hors de doute que des recherches entreprises suivant certaines lignes de soulèvement en augmenteraient le nombre. Celles qui ont reçu un commencement d'exploitation sont situées à Santa-Mariadel-Oro, Huilotitlan et Âmeca. Je visitai ces deux dernières. A Huilotitlan,' Tor se trouve dans un faisceau de Blets quartseux, enclavé dans des schistes, au voisinage de roches amphiboliques et de porphyres. Ce gisement est exploité depuis i865 par les gens d'un rancho établi près de l'affleurement, sur la rive droite du Rio de Piginia ou Rio d'Ameca, qui se jette h la mer à peu de distance, par le val de Banderas.

A Ameca, c'est au milieu de roches granitoîdes et porphyriquesque l'or se manifeste; sa présence dans ces roches se lie avec celle d'une énorme masse de fer oxydulé magnétique, comme le prouve le métal précieux qui s'y trouve renfermé.

Fer et cuivre, — Le minerai oxydulé d'Ameca et quelques autres filons et amas importants assurent à l'Etat de Jalisco de grandes ressources pour la fabrication du fer. Il existe

encore des mines de cuivre au nord-ouest d'Aniec^ii; ce sont les seuls gisements de métaux usuels qui soient exploités de temps à autre.

Production des métaux précieux. — La production annuelle ne peut être exactement connue ; tout largent» contraire^ ment aux lois et règlements établis, n'arrive pas à la mon-^ naie de Guadalajara, pour y recevoir le coin et acquitter les droits de quinto^; les lingots passent en fraude par Mansanilio et par San-Blas. On frappe, année commune» de 700 à 900,000 piastres, et Ton peut calculer sur une valeur d*un million et demi de piastres pour la production annuelle des métaux précieux dans le Jalisco. Autrefois ce chiffre était plus élevé, à Tépoque de l'exploitation des mines de Bolanos, abandonnées à la suite des pertes énormes éprouvées par la compagnie anglaise.

Productions agricoles, — La surface du Jalisco mesuré 160,000 kilomètres carrés, sur lesquels une population de 800, Qoo âmes est répartie à raison de cinq habitants par kilomètre carré. Les mines, dans leur état actuel, n*en absorbent qu une très-petite proportion. La majeure partie des habitants est adonnée à la culture des terres, qui, sous uii climat favorisé, fournit les prodiiits les plus estimés, tels que le coton , que Ion récolte en abondance sur les bords du Rio-Grande de Santiago, le café, la canne à sucre et le tabac, qui réussissent parfaitement aux environs de Tepic, à 1,000 mètres d'altitude, sur un plateau composé de débris de roches volcaniques et d'une terre argileuse rougeàtre. Le

* Le premier droit régalien, qui s'élevait, à Tépoque de la conquête, au cinquième de la production, revenait à la couronne d'Espagne. Kéduit ensuite au dixième , il fut , depuis , fixé à à 1/2 p. 0/0 pour l'argent et h 3 p. o/u pour Tor.

maïs, base de la nourriture indigène, le blé et les graines potagères sont cultivés en abondance à toutes les altitudes.

L'industrie s*est développée à côté de lagriculture. Les filatures et les ateliers de tissage mécanique du coton, les sucreries, les distilleries et les manufactures de tabac fonctionnent autour de Tepic. Des papeteries et des fabriques de mantas et de rebozos sélèvent auprès de Guadalajara. Des moulins à farine existent presque partout, ainsi que des distilleries pour la fabrication de leau*de vie indigène, vino mezcal, qui s*extrait du suc du maguey sauvage. Le mezcal le plus renommé se fabrique à Tequila. Le chef-lieu Guadalajara est en réputation pour la sellerie de luxe, les vêtements de cuir et les poteries. Cest une des plus belles villes du Mexique; elle possède 70,000 habitants. Elle était autrefois la seconde capitale de la Nouvelle ^Espagne ; elle a, depuis, beaucoup perdu de son importance, après avoir été, lors des dernières guerres civiles, le centre du mouvement clérical.

L'orographie de cette région du Mexique est assez facile à saisir. Les plateaux volcaniques se propagent uniformément vers le sud, à partir de Tepic, en se maintenant à une altitude moyenne de 1,000 mètres ^ Le Rio-Piginia et ses affluents y creusent de profondes vallées, au delà desquelles les accidents de terrain s'accusent follement et se groupent autour de la Bufa de San-Sebastien , dont la hauteur dépasse ^,700 mètres. A partir de Mascota, l'itinéraire, en se dirigeant vers l'est, franchit deux cordons montagneux: d'abord TEspinaso-del-Diablo, formé de schistes durs et de calcaire gris; puis l'Ojo-del-Obispo, surmonté d'une crête basaltique. Ces deux bourrelets de peu de hauteur (le plus élevé at-

' Voir la roupc générale, profil entre les deux océans (Archives, t. III).

teint 2,11^ mètres) indiquent le prolongement de la Sierra- Madré du Pacifique , dont le relief, très-soutenu depuis ie Bio-Gila, au nord de la Sonora, jusqu au Rio-Grande de Santiago, ne se manifeste plus au sud de ce fleuve que par quelques pitons et par des rides d*un faible relief, qui viennent croiser les mouvements est-ouest de la cordillère volcanique. On atteint près d'Ameca un plateau d'une grande fertilité, s*ëtendant horizontalement à un niveau de ] ,a5o mètres. A f extrémité ouest de cette plaine, le terrain se relève en gradins, et Ton arrive en peu de temps au plateau de Guadalajara, placé à une altitude moyenne de 1 ,55o mètres. Ce dernier palier est beaucoup plus aride ; il s*étend en conservant le même caractère jusqu'au lac Chapala, la plus vaste des nappes d*eau des plateaux mexicains, et se trouve limité par le cours du Rio-Grande, qui, après sa sortie du lac, y creuse une profonde barranca^

En continuant à avancer vers Test, à partir de Guadalajara , on traverse successivement Zapotlanejo , Tepatitlan , San-Juan de losLagos, pour atteindre, après Lagos, Textrémité du Jalisco par une suite de plateaux assez tristes, peu cultivés, sans bois et sans eaux, qui vont en s élevant graduellement. A Lagos leur niveau atteint 1,900 mètres, et il dépasse 3, 000 mètres à Castel-Hundo. Ce large horizon otfre partout les mêmes roches; ce sont des tufs feldspathiques, des conglomérats de même nature, disposés par assises. Ces tufs passent fréquemment aux pétrosilex , aux roches amygdaloîdes et aux porphyres trachytiques ; on y voit apparaître les basaltes, les obsidiennes et quelques opbites. Les roches sédimentaires, recouvertes de cette puis-

' Ravin creusé à pic dans les plateaux. Cette forme de vallée se développe au Mexique avec un caractère tout local de fréquence et de grandeur.

santé nappe de roches éruptives, ne se découvrent que dans certaines dépressions, oii les affouillements du terrain les ont mises au jour, comme à San-Juan de los Lagos et aux environs du lac Chapala.

Ce long voyage, effectué depuis la côte du Pacifique, en pleine saison des pluies, avait été particulièrement pénible. Obligé , pour le mettre à exécution , de confier presque tout mon bagage aux arrieros^ qui transportent les colis du commerce vers Mexico, j'avais quitté Tepic équipé à la légère et accompagné de deux muletiers. Nous eûmes chaque jour à essuyer les ondées des pluies tropicales et à passera toute aventure les torrents débordés. Nos privations allèrent quelquefois jusqu'à celles du gite et de la nourriture. A Guadalajara , je fus obligé de congédier mes deux guides, qui ne voulaient pas me suivre plus loin, et je crus prendre un parti sage en me jetant dans le coche qui, deux fois par semaine, fait route vers Mexico.

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