‹ Exposé budgétaire [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 28 · GENÈSE DE LA PROTECTION · texte numérisé non relu

GENÈSE DE LA PROTECTION

M. l'Orateur, une autre objection de la part des honorables députésde la gauche, àlapolitiquenationale, c’estqu’elledétermine, chez le petitnombre, unecupidité avide et égoïste, chez quelques-uns un désir de voler, et le consentement de la majorité à se laisser voler, jusqu’à ce que le procédé soit légalisé ; et ça devient alors, comme le dit mon honorable ami, le vol légalisé. Cette assertion se détruit d'elle-même, Nous habitons un pays libre; les hommes libres du Canada sont intelligents et font comprendre ce qu'ils veulent à leurs représentants, et leurs représentants mettent dans les statuts l'expression des désirs du peuple. Les rapports les plus libres et les plus francs existent entre le pouvoir législatif et l'électorat d’où iltire son origine, et ilne s’écoule pas des années entre l’expression du sentiment populaire au bureau de votation et la mise en loi de ce même sentiment. Or, dire qu’une politique comme celle-ci, expliquée d’un bout à l’autre du pays, en 1878, devant un électorat intelligent, expliquée depuis et approuvée quatre fois par le peuple, toujours par un électorat intelligent, peut être définie comme étant la cupidité du petit nombre à voler le peuple avec

la protection de la loi, c’est faire une de ces asser. tions tellement extravagantes et, par conséquent, si inoffensive, que cela m'étonne que les honorables députés n'aient pas changé de tactique à ce sujet pour adopter un langage plus doux, plus modéré,

Je dis, M. l’Orateur, que l'adoption dela politique nationale, en 1878, reposait sur un sentiment plus noble, sur de meilleures raisons qu’on veut le prétendre. Je considère que la politique nationale, en 1878-—-d'où en soit venue l’idée—est venue au moment opportun et en conformité d’un sentiment qui se développait dans le pays—sentiment créé par la connaissance croissante des richesses et de la grandeur du Canada ; un sentiment d'espérance et d'aspiration.

Tout sentiment nouveau, chez un peuple qui se développait à cette époque, s’empara de l’idée que renfermait la politique nationale. Le peuple se dit : nous sommes, sur ce continent, un petit peuple, isolé par notre situation géographique, mais avec des ressources naturelles immenses et presque inépuisables : nous ne saurions nous résoudre à rester constamment stationnaires, ne nous appliquant qu’à un seul et même travail, il faut développer ces ressources ; il faut créer dans ce pays, établir en permanence, ces industries diverses qui ont fait les grands pays, qui sont indispensables à l'existence de tout pays important. Or dans notre position actuelle, avec tous les désavantages qui nous entourent, on ne peut arriver à ce but,à moins de faire le sacrifice nécessaire, il faut obtenir ce terrain avantageux, dussions-nous le payer d’abord, pour pouvoir développer ces industries et devenir un peuple de progrès et indépendant.

Voilà le principe que l’on adopta et qui fût la base de la politique nationale, en 1878, et, depuis, le peuple canadien est resté fidèle à ce principe, à chaque élection.

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