INDUSTRIE AGRICOLE SAUVEGARDÉE
M. FOSTER: Lorsque l'Orateur a quitté son siège, à six heures, je disais que dans la revision du tarif, le gouvernement a eu pour but, tout en veillant à ce que les industries soient protégées d’une manière raisonnable, dans le puys, de veiller, en même temps, à ce que les droits des consommateurs soient soigneusement respectés, et que toutes les classes et toutes les conditions de la population soient convenablement traitées dans les dispositions du tarif, S'ily a eu une exception, relativement à une classe quelconque, cu été dans l'appréciation relative à la taxation de cette classe aussi nombreuse que méritoire du Canada, la base de son développement, et l'espoir de son avenir: je veux parler de la classe agricole.
Parlant de la classe agricole, je crois pouvoir dire avec raison, que le gouvernement a fait preuve de sympathie à son égard, en préparant ce tarif, Cette classe du peuple, distribuée comme elle l’est sur toute la surface du Canada, cultivant ses champs et ses terres, produisant les éléments de toutes les provisions, devenant en définitive les consommateurs d’une grande partie des produits industriels du pays, ct des produits importés de l'étranger, ayant à rencontrer diverses difficultés, des difficultés peu coûteuses parfois, des difficultés qu i sont l’objet de contestations sur les grands marchés du monde—je dis que cette classe a droit, de la part du gouvernement, ainsi que je le demande, en sa faveur, à une considération sympathique et favorable.
En parlant ainsi, je ne veux pas dire, qu’à mon avis, les intérêts agricoles du pays n’ont pas été l'objet de la sollicitude du gouvernement. Je crois que depuis 1878, le gouvernement libéral-conservateur a veillé constamment, et sans cesse, aux intérêts des cultivateurs du pays.
Quelques VOIX : Ecoutez ! écoutez !
M. FOSTER: Nos amis de l'opposition ont fait preuve d’une grande affection, et de paroles sympathiques à l'égard des cultivateurs. Sans doute, depuis quatorze ans, ils n’ont pas eu l’occasion de
fuire montre de leur bonne volonté par des faits, mais l'historique des cinq années durant lesquelles ils ont dirigé les affaires du pays, de 1873 à 1878, n'indique aucune considération, non plus qu'aucun souci spécial de cette classe, En ce qui concerne la classe agricole du Canada, j'ajouterai que le gouvernement et le parti libéral-conservateur ont fait preuve de leur sympathie envers les cultivateurs par leurs œuvres—premièrement, par la protection qu'ils ont accordée aux produits du cultivateur, protection qui, comme je l'ai dit, dans une autr, partie de mon discours, n'avait pas tant pour but d'augmenter les prix de leurs produits d'une manière anormale que de maintenir ferme le marché à leur profit, et empêcher des courses périodiques contre eux, en vue de diminuer la valeur: raisonnable de leurs produits. Je demande qu'il me soit permis de présenter quelques chiffres, en vue de démontrer ce qui a été fait dans l’intérêt agricole du pays. En 1877, la population du Canada a consommé, sous forme de produits agricoles importés—animaux et leurs produits :— Provenant d'Angleterre, $56,588 en valeur ; prove. nant des Etats-Unis, #16,066,963 en valeur ; . d'autres pays, $7,798 en valeur, formant un total de $16,131,349, En 1878, ces importations, pour la consommation du Canada, se sont élevées à $15,050,930, et en 1879, à $10,120,344. La politique nationale a fait son œuvre, et le résultat a été que l'importation de ces produits est tombée à $4,240,849 en 1891, à #3,092,452 en 1892, et à $82,741,733 en 1893. En d’autres termes, au cours des trois années, 1877, 1878 et 1879, il y a eu une importation moyenne annuelle de ces produits, pour la consommation, de $13,867,541, lorsque dans les trois dernières années il y a eu un rapport annuel moyen des mêmes matières, pour la consommation du Canada, de $3,358,344, seulement.
Si nous revenons à l’unportation de la farine et de céréales de toutes sortes, y compris les pois, qui nous viennent entièrement des Etats-Unis, nous constatons que l'importation pour la consommation du pays a été : en 1877,$13,855,879 : en 1878, à $13,- 452,460 ; mais en 1892, ces importations étaient tombés à $1,345,294, et en 1893, à $1,339,429. Mais comme exemple de la protection spéciale accordée à certains produits de ferme, en 1889-90, je vais lire les résultats tels que je les ai compulsés. C’est un fait bien connu qu’à cette époque les importations de petit salé, de jambon, de palerons, de bœuf, mouton, lard et saindoux ont été fort considérables, déplaçant par là de grandes quantités de produits de ferme canadiens du même genre, et affectant le cultivateur canadien de deux manières , d’abord, en le privant d’une partie du marché qui lui appartenait légitimement ; et en second lieu, en
ui enlevant le désir et l'encouragement pour la production de ces articles sur un marché qui aurait dù raisonnablement lui être acquis. Eh bien, M. l'Orateur, lu protection sur ces produits, en faveur du cultivateur, à été augmentée en 1889-90, et le résultat a été comme suit :— En 1888-89, les importations de ces articles se sont élevées à 31,131,746 livres, et en 1889-90, à 33,112,701 livres, Vint ensuite la législation, et durant l’année suivante, 1890-91, les importations tombèrent à 17,400,504 livres, en 1891- 92, à 13,486,880 livres, et en 1892-93, à 6,999,051 livres, En d’autres termes, en 1889-00, ce pays offrait un marché pour ces produits venant des Etats-Unis, pour une valeur de #1,734,225 ; mais en 1892, sous l'augmentation de la protection, cela avait été réduit à un marché ne valant que $452,812, Cela démontre, sans conteste, que les cultivateurs ont obtenu le contrôle du marché canadien, et qu'ils etse sont mis au niveau de la demande dans le pays, qu'ils ont pu profiter de leur légitime marché, grâce à la protection accordée à ces produits. Ils ont ainsi acquis autant d'avantages pour l'écoulement de leurs produits. Mais il y à une autre conséquence à observer ; la production de ces articles a été stimulée. Le fait que le cultivateur trouve chez lui un marché achalandé pour ses produits, iui fournit la base de fonds de commerce, su laquelle il peut faire des opérations ; il commence sur cette base, puis il l’élargit, et ensuite il va chercher ailleurs un marché pour le surplus de ses produits, Quel a été le résultat de cela ? En 1877, les cultivateurs du Canada ont expédié en Angleterre, en fait de produits agricoles, d'animaux et leurs produits, pour une valeur de $13,437,762, et aux Etats-Unis, pour une valeur de #$10,198,297, soit un total de $25,123,396.
En 1878, cetotala été augmenté jusqu’à concurrence de $27,644,636en valeur, réparti $17,308,793 à l'Angleterre, et $8,984,025 aux Etats-Unis; et en 1879, il a été augmenté jusqu’à concurrence de $29, - 813,771, distribué—$17,690,006, à l'Angleterre $10,- 869,275,;aux Etats-Unis. L'’exportation moyenne de ces trois années s’est élevée à $16,145,520 en Angleterre, et à $10,017,199 aux Etats-Unis, formant une exportation totale de $27,527,267 par année. Passant à 1892 et 1893, les exportations en Angleterre, en 1892, ont atteint la somme de $36,869,595, et les exportations aux Etats-Unis la somme de $6,643,- 099, un total de $46,145,590. En 1892-93 l’exportation à atteint le chiffre de $40,420,681 en Angleterre et de$6,020,992 aux Etats-Unis, un total de$49,235, . 106. Prenant la moyenne de ces deux ‘années, l’exportationmoyennede ces produits en Angleterre, a été de $38,500,000 ; l'exportation aux Etats-Unis s'est élevée à $6,333,000 ; et le total a atteint une moyenne de $47,690,000. Celà démontre que le cul-
tivateur a réalisé des profits de deux manières, Il a acquis le contrôle du marché, qui est à proprement parler le sien dans notre pays. Grâce à l'aide que la protection lui a donnée, il a déplacé les produits qui nous venaient autrefois des Etats-Unis, et par suite de la position plus avantageuse qu'il & ainsi acquise, il s'est livré à la culture de ces produits sur une plus grande échelle, et il a expédié son surplus en Angleterre et aux Etats-Unis, —mais sur. tout en Angleterre—à ce point, que l'année dernière l'exportation a atteint la somme considérable de $49,235,000. Sous ce rapport lu politique nationale a profité aux cultivateurs. Elle a fait plus que cela. Elle acréé desfermes expérimentales, à des contribu’ tions très larges de ia part du gouvernement. Des expériences ont été faites, des bulletins publiés, des professeurs compétents ont parcouru le pays, donnant les résultats de leurs travaux et de leurs expé. riences, enseignant au peuple les principes élémentaires et les résultats les plus récents obtenus par la science et lex méthodes les plus pratiques pour la culture de leurs divers produits, En outre à grands frais, durant les dernières quatorze années, cette politique a fourni le transport pour les produits des cultivateurs, exportés et pour les articles de consommation importés—un mode de transport qui circule dans toutes les parties du pays, et qui, pour son excellence et son bon marché n’est surpassé dans aucun autre pays du monde. Cela n'est-il pas d’un grand avantage pour les cultivateurs disséminés dans toute l'étendue du pays et
qui peuvent compter sur ces moyens pour avoir un
accès facile de leurs produits au marché et qui profitent d'autant par les prix avantageux qu’ils en retirent, à raison du bon marché du transport ainsi fourni. Ce sont là deux des trois considérations qui me paraissent venir à l'appui de mes assertions, que les intérêts du cultivateur n'ont pas été négligés jusqu'ici par le gouvernement, et que dans la revision du tarif, il sera constaté, que de nouveau, ces intérêts n’ont pas été négligés.