LA CONFÉRENCE DE WASHINGTON
Naturellement, cette revision des arrangements du traité et leurs effets sur le Canada, conduit à ia conférence qui a eut liu iln’y a jas longtemps à Washington entre les représentants du gouvernement canadien et ceux du gouvernement américain, au sujet d + relations commerciales. La chambre a devant elle la correspondance et les faits relatifs aux démarches qui ont amené la dernière conférence. Le 10 février dernier, sur nomination du secrétaire d'Etat, une délégation du gouvernement canadien se rendit à Washington pour y rencontrer, en conférence, le secrétaire d'Etat. Je puis dire, et ce n’est que justice de dire que M. Blaine nous à recus avec beaucoup debienveillance etdecourtoisie, Bien que ne jouissant pas d’une très bonne santé, et retenu par les devoirs ardus d’une session du Congrès et la correspondance diplomatique d'une
à la délégation du Canada, lui donnant, pendant cinq jours srccessns une longue et franche conférence sur les diverses questions en litige. Je ne dirai rien des autres points discutés, lesquels ont été plus ou moins soumis au parlement, mais pour ce qui est de la discussion de la question commerciales, je crois qu'il est de mon devoir de faire connaître au parlement ce qui a été fait, et les résultats. En conférence avec M. Blaine, la délégation canadienne proposa, comme base de négociations, le traité de réciprocité de 1854 avec les modifications rendues nécessaires par la condition actuelle des deux pays, et elle demanda la conclusion d’un traité sur cette base. M. Blaine répondit qu'un traité pour l'échange des produits naturels seulement n'avait pas en lui les éléments essentiels de la réciprocité, en ce qui concerne les Etats-Unis, et conséquemment ce dernier pays ne pouvait
approuver ces idées. Alors de concert avec le géné-
ral Foster, son coadjuteur dans cette conférence, !
il souleva la question de savoir si nous étions prêts à faire une proposition qui en outre des produits naturels comprendrait une réciprocité générale dans les articles manufacturés. Lorsque ce point fut soulevé la délégation canadienne discuta longuement et librement avec M. Blaine qu’elles serx'ent les conditions nécessaires d’une telle réciprocité. Cela voudrait-il dire que nous aurions à accorder aux produits manufacturés américains la préférence sur nos marchés, et établir des distinctions contre
Après mûre discussion il nous fut répondu qu’un traité de réciprocité n'offrirait aucune compensation avantageuse aux Etats-Unis, sans la préférence sur nos marchés, surtout contre la (irande-Bretagne qui est leur pire concurrent dans toute ligne de ces articles manufacturés; que par un traité de réciprocité les Etats-Unis voulaient concourrir librement sur nos marchés avec nos manufactures et avec nul autre. Que survint-il alors? On discuta les difticultés, pour le Canada, d'approuver un traité de ce genre, et ces difficultés furent pleinement et franchement soumises M. Blaine.
Voici en quoi elles consistaient : avec un traité de
| ce genre nous devions perdre ce que nous sommes
moins en état que les Etats-Unis de perdre : une partie considérable de notre revenu; d’abord les huit millions, ou à peu près,que nous percevons sur les produits américains qui viennent dans le pays, et en second lieu la diminution, quelle qu'elle soit, qui surviendrait dans nos importations, vu la concurrence créée par l'entrée en franchise des produits
américains dans notre pays.
M. Blaine demanda si nous n'avions pas d’autres modes de taxation. Nous avons expliqué que nous
| ; | | avions comme eux le revenu de l'intérieur; sur quoi nature importante et grave, il a consacré son temps |. . FE: : [il fit remarquer que par un traité de ce genre il fau-
drait que ces droits du revenu de l’intérieur sur les liqueurs et le tabac fussent uniformes : ce qui souleva la question, que si les Etats-Unis refusaient de mettre leurs droits à nos taux, le Canada perdrait un du revenu des droits d'accise, vu que nos taux sont beaucoup plus élevés
montant considérable
que ceux des Etats-Unis. Nous dûmes aussi signa ler la grande difficulté de faire des distinctions contre les marchandises de l'Angleterre, pays avec lequel, à titre de colonie, nous avons des relations si intimes, et aussi la répugnance que nous avions à établir une barrière entre nous et le reste de l’univers, sauf les Etats-Unis.
Alors surgit une autre question. Supposons que le Canada voudrait établir un tarif différentiel contre les marchandises de l'Angleterre et des autres pays, sur cette base projetée de traité, qui déterminerait ce tarif,-et dans quelle mesure serait-il fait ? Et l'on cita comme exemple la laine et les lainages au sujet desquels le droit sur la matière première rarie dans chaque pays, de même que le droit sur les articles manufacturés. M. Blaine admit de suite que c'était là une question vitale ; que les Etats- Unis avaient leur politique de protectioh, d’une protection très étendue, pour la laine et les lainages, et que sans la conservation de ce point vital, les Etats-Unis n'avaient d'un côté aucune sécurité contrelacontrebandesurune frontièrede3,000milles et, d’un autre côté, aucune sécurité pour la conser-
vation de cette politique de protection qu'ils ont maintenue jusqu’à présent et qu'ils veulent maintenir, et qu'il ue voyait aucun autre moyen d’éviter la difficulté que de rendre le tarif du Canada uniforme à celui des Etats-Unis.
Eh ! bien, M. l'Orateur, cette question fut discutée jusqu’à l'épuisement du sujet, après quoi les délégués canadiens dirent à M. Blaine: voilà nos difficultés ; vous les admettez. Maintenant, vous avez acquis de l'expérience dans la négociation de traité de réciprocité, vous avez eu beaucoup à faire dans les arrangements de ce genre ; nous vous soumettons ces points en vous demandant si vous ne voyez pas un moyen de modifier cette base de manière à diminuer, dans une certaine limite au moins, ces difficultés relatives à la perte de notre revenu, au tarif différentiel et au tarif uniforme. Après quelque temps de discussion M. Blaine nous répondit qu'il reconnaissait nos difficultés ; tandis qu’il était évident, à son avis, qu'aucun autre arrangement ne conviendrait aux Etats-Unis; que les fabriques américaines devaient avoir la préférence, ce qui comprend, naturellement la distinction contre les autres pays, surtout contre la Grande- Bretagne ; qu'il devait y avoir un tarif uniforme et que ce tarif devait être en réalité celui des Etats- Unis d'Amérique.
Avec cette observation, nous avons examiné d’autres points que nous devions discuter et nous ne sommes pas revenus à la question du commerce. Voilà en peu de mots le compte-rendu exact de ce qui à eu lieu à lu conférence.