EST-CE LE LIBRE-ÉCHANGE
J'exprimerai tout d’abord le respect que m'inspire l'honorable monsieur qui vient justement de reprendre son siège. Mon honorable ami a parcouru le pays en chantant les louanges du libre-échange et prédisant le triomphe prochain de cette politique. Ce soir, cependant, sou libre-échange, exalté déjà par lui avec toute sa largeur de vue, s'est réduit en un commerce avec un seul pays, en interdisant, par ses restrictions, tout commerce avec les autres pays. Devant ses auditeurs de Toronto et de Huinilton, l'honorable chef de la gauche a respiré dans nn milieu plus large. Il a signalé les combats livrés aux Etats-Unis où, a-t-il dit, fut remportée la seconde victoire non «ie ‘‘ la liberté du commerce,” comnie il l’a prétendu boîteusement, ce soir, mais | du ‘‘ libre-échange.” Puiss'élevant sur les hauteurs, et s'étendant sur la grandeur de cette victoire du libre-échange aux Etats-Unis, il a soulevé le voile | de l'avenir en déclarant que le troisième grand | pays qui adopterait le libre-échange serait le! Canada. Mais, M. l'Orateur, mon honorable ani | a parlé, ce soir, sur un ton vraiment très modeste. | Il se trouve comme ébloui par le commerce étonnant de la Grande-Bretagne ; il se trouve comme ébloui par l'immense importance du commerce qui existe au delà des mers, dans tous les autres pays | du globe, et il est prêt, pour le compte du libre- | échange absolu avec les Etats. L'nis, à élever une | muraille de Chine contre la Grande-Bretagne et | tous les autres pays. En effet, dans tout son long | discours de ce soir, il n’y a pas deux arguments en | faveur du libre-échange, et toutes ses paroles ont | été une glorification de la réciprocité absolue, sur laquelle il à déjà été défait d'une manière signalée, | et sur laquelle l’avenir lni ménage d'autres défaites | non moins signalées. L’honorable chef de la gauche | s’est montré sous divers aspects ce soir, Il s'est | montré plaisant et quelquefois spirituel ; mais jamais très fort dans ses remarques ou ses argu-
ments, si je suis en état d'en juger. Il nous a cit. une très bonne histoire concernant le roi Jacques ; mais il a montré qu'il ne la comprenait pas très bien, puisqu'il en a fait une fausse application. 1! aurait dû appliquer cet exemple à lui-même et à ses amis qui ont prêché d’une année à l’autre des théories passant, de l'union commerciale au libreéchange continental. Cependant, bien que le peuple ne se soit pus accordé avec eux ; bien que le peuple ait rejeté ces théories ; bien que le peuple se soit prononcé contre eux par son vote, les chefs de la gauche, comme le roi Jacques, déclarent encore que ces théories usées sont les seules praticables ; ils ne cessent de les étaler aux yeux du public.
L'EXODUS.
L'honorable chef de la gauche a trouvé à redire à une nouvelle loi de gravitation que j'aurais, suivant lui, découverte, et il m'a comparé à un second New. ton. Il doit y avoir, dit-il, selon ma manière de voir, quelque foyer d'attraction duns l’ouest, qui pousse fatalement les populations de l'est vers l'ouest. L'honoruble chef de la gauche nous a dit qu'il ne croyait pas à la vérité de cette attraction, puisque, comme quéstion de fait, les populations au lieu de se diriger de l’est vers l’ouest, suivent la direction du nord au sud. Je consville à mon honorable ani de se munir d'une carte et d'examiner les lignes parallèles de latitude qui passent par Québec, Ontario, le Nouveau-Brunswick et les Etats-Unis, et il trouvera deux courants d’émigration, ou deux direations que prend l'émigration. L'un de ces courants a le Canada pour point de départ, et l’autre, les Etats de l'est. L'’honorable chef de lu gauche trouvera un courant qui se dirige vers l'ouest, presqu'en droite ligne, en suivant la même zone et à peu près les mêmes latitudes ; puis, il trouvera un courant qui se dirige du nord au sud, en tant que nos provinces et les Etats-Unis, situés au sud de notre frontière, sont concernés, Mon honorable ami, bien qu'ilait traité ce sujet quelque peu légèrement, et qu'ilne se soitancunementarrêté, suivant moi, au mérite, constatera, s'il veut être sincère, que ces courants ne sont pus imaginaires ; mais qu'ils sont réels; qu'il ne peut les traiter ironiquement en invoquant une prétendue loi de gravitation que j'aurais découverte, ou que je nan rais pas découverte, puisque ces deux courants d'émigration ont pour cause absolue deux choses le besoin de terres qui attire les populations vers les grandes prairies de l'ouest, et le besoin d'emploi qui attire les travailleurs vers les villes manufac turières, situées au sud de notre frontière. Sui 1,000 personnes qui abandonnent l’ancien Canada pour aller dans l’ouest, 999 sont poussées dans cette direction par le besoin de terres, et s'il y a 1,000
Il nous a cit, roi Jacques ; nait pas très pplication. 11 lui-même et à à l’autre des iale au libreque le peuple que le peuple euple se soit s chefs de la nt encore que cables ; ils ne
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Ja gravitation autant qu'ille voudra. Les faits que
personnes qui émigrent du Canada pour aller se fixer dans les villes manufacturières du sud, 999 sont poussées par le besoin d'emploi vers les villes | où les industries sont en pleine activité, et où les | roues desimanufactures tournent tousles jours. Mon honorable ami peut plaisanter sur ina théorie de
je viens d’exposer peuvent être saisis par le sens | commun, et ce sont des’ faits dont lui et d'autres seront tenus de tenir compte, et dont on ne saurait | nier la vérité et la force. S'il en est ainsi, l’honorable chef de la gauche ne doit pas me ridiculiser, ai j'explique le mouvement d'émigration en m'ap-! puyant sur les deux courants dont j'ai parlé. Il! constatera, lui-même, que ces courants existent, et | les deux lecons qui s'en dégagent, sont que le | Canada a subi des pertes par la récente émigration, | parce qu’il n’uvait pas encore un grand-ouest où les
émigrants pouvaient satisfaire leur besoin de terres, | et que, s’il perd aujourd'hui de ses enfants par | l'autre courant, c'est perce que nous n'avons pas |
encore assez de manufactures et d'industries pour |
donner de l'emploi à ceux qui en ont besuin.
Voilà pour ce qui regarde ce point.
L'honorable chef de la gauche, a découvert, cependant, une raison scientifique, et philosophique,
la voïci: Les gens ne vont pas, comme le font un | grand nombrede ses propres compatriotes, à l’ovest, |
parce qu'ils manquent de terre, où au sud parce qn'ils manquent d'emploi dans les filatures de coton et les fabriques. Oh! non, il y à une autre raison à cela: ils vont à l'ouest ou au sud pour cette raison-ci, et pour cette seule raison, que dans ce pays-ci ils portent un pénible fardeau, et ils s'en fuient au sud et à l'ouest vers la terre de la liberté où iln'y a pas de fardeau et où toutes les classes sont à l'abri des charge: et sont heureuses et paisibles. ,
Cela peut satisfaire mon honorable ami et il lui est loisible de préférer cela à mes lois de gravitation, mais je doute qu'il y ait beaucoup d'hommes sensés qui acceptent cette explication. Le peuple opprimé ici! De quelle façon * Par les impôts ? Mais l'honorable chef de la gauche a fait justice de sa propre théorie, car il a prouvé, à sa propre satisfaction et à l'infinie déconfiture de mon honorable ami le député de Norfolk-nord (M.
Charlton) et de mon honorable ami le député d'Oxford-sud (sir Richard Cartwright), que les cultivateurs des Etats: Unis, que la population des Etats- Unis, en dehors des manufacturiers, sont écrasés au possible par la politique fiscale de ve pays. Les
gens opprimés ici parce qu'ils sont soumis à un tarif modéré de 30 pour 100! Et ils s’enfuient dans un pays où ils peuvent sentir le poids moins lourd d'un tarif de 60 pour 100! Opprimés dans
notre pays où leurs taxes directes sont légères, et s’en allant duns un pays où le fardeau plus léger de trois à quatre fois ce chiffre d'impôts directs pèsera sur eux ! Il faut que mon honorable ami ait dit adieu à son sérieux pour invoquer un argument de ce genre.
S'il n’a pas prouvé à. sa satisfaction personnelle qu'il en est ainsi, il a évidemment prouvé à sa satisfaction personnelle qu'il avait raconté une histoire spirituelle et bien en rapport avec la question quand il a parlé de ce personnage antique qui passait son temps, à compter 967 veuves et une douteuse. Ce que cela pouvait avoir à faire à la question qui nous est soumise, je ne saurais le dire, mais je dois affirmer que si ce guetteur solitaire eût été mon honorable ami, il n'eût pas laissé partir cette veuve douteuse sans savoir au juste à quoi s’en tenir sur son état.