CE QUE VEUT L'OPPOSITION
Avant de terminer, je désire dire quelques mots de la question générale. Jusqu'à présent, je me suis
borné à réfuter, point par point, les arguments sou- | levés ce soir ou ces jours derniers et, je m'aperçois |
que je n'ai pas touché aux grandes lignes du débat, comme je me proposais de le faire. Je terminerai par quelques remarques pour lesquelles je réclame l'attention de la chambre et celle du pays.
Nos adversaires ne s'entendent peut-être pas beaucoup sur ce qu'ils veulent ; mais il sont parfaitement d'accord sur ce qu'ils ne veulent pas, Quand on en vient a résumer les opinions des principaux d’entre eux, pour savoir ce qu'ils désirent, où cons-
tate une grande divergence d'opinions, Ils sont
d'accord sur quelques rares principes, mais sous les autres rapports, ils sont loin de s'entendre, L'honorable député d'Oxford-sud (sir Richard Cartwright) croit à la réciprocité absolue ; il veut avoir accès aux"marchés des Etats-Unis, et ilest convainen que là réside la seule chance d'agrandissement et de développement du Canada,
L'honorable député de Norfolk-nord (M. Charlton) est décidé à consacrer sa vie À nous obtenir la réciprocitéabsolue, L'honorable député de Queen (M. Davies) est moins précis et moins clair. 11 s’est aperçu qu'il vaux mieux quelquefois ne pas trop parler, ou ne pas parler d'une manière trop positive. Aussi, cette fois, il se tient sur ses gardes et il termine sa harangue par cette phrase merveilleuse de précision et de clarté : ‘ Nous voulons le plus large traité possible compatible avec l’indépendance commerciale et politique du Canada.”
L'honorable député de Brant-sud (M. Paterson), s’est permis de me plaisanter assez agréablement, sous prétexte que mes déclarations n'étaient pas assez positives ; mais il a atteint le sommet du vague etde l'indéfini, lorsqu'il s'est écrié : ‘Je veux le commerce le plus Hibre possible avec les Etats- Unis, compatible avec la dignité, l'honneur et la stabiilté des deux pays.”
Il n'est pas content de moi, parce que j'ai déclaré que j'agirais dans le plus grand intérêt du pays en général. Il a résolu de donner une définition très précise, et voici quelle est cette définition : Il me semble voir mon honorable ami, au sortir de cette session, rencontrer un cultivateur, un de ces pauvres cultivateurs dont il parle,et qui lui demande: ‘ M. Paterson, vous arrivez du parlement ; je sais que vous êtes un homme très instruit, et un grand homme politique; je sais qne vous voyez de loin, et que vous comprenez très bien les choses, Je voudrais savoir si vous allez nous accorder le marché des Etats-Unis.” L'hororable député s'empressera de satisfaire ce pauvre homme, ce pauvrè cultivateur, en lui disant : ‘Tout ce que je puis vous dire, c'est que je suis en faveur de relations commerciales les plus libres possible avec les Etats-Unis, sans préjudice à la dignité, à l'honneur et à la stabilité des deux pays.” Quelque temps après, il rencontrera dans sa propre ville, un de ces riches manufacturiers qui viendra lui demander avec l'anxiété peinte dans la figure : ‘* M. Paterson, que va-t-il arriver en fin de compte? Aurons-nous la réciprocité, et si nous l'avons, comme vous le désirez, serons-nous exposés à une concurrence impitoyable de la part des Etats- Unis *’ Je vois le bon député se dresser dans toute sa dignité et répondre : ‘Je ne puis vous dire s’il en sera ainsi, ou non; mais je puis vous dire, sur ma parole d'honneur, que je suis en faveur de relations commerciales les plus libres possible avec Îles
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