Ravaisson, op. cit., t. Il, p
3UStris 81312,1940)
4, Principles, $ 141.
. Siris, $ 329.
ot
figurent le Phèdre, le Phédon et la République, où l'âme est représentée comme simple, indivisible et immortelle !: ce qui peut avoir été pour Berkeley une raison de S'y attacher davantage, encore que les citations qu'il en fait ne se réfèrent pas précisément à cet objet ; et peut-être est-il inutile de noter, à ce propos, que le Gorgias est invoqué dans l'Alciphron au sujet des peines de l'enfer et que dans un essai paru dans le Guardian, en 1713, se trouve cité un pasge du mème dialogue relatif à l'immortalité de l'âme ? Se les raisons personnelles qu'il pouvait avoir d'éuec Platon, auquel il ressemble par son ardeur et son enthousiasme pour la. vérité et la vertu, non moins que par ses aspirations poétiques et la sincérité de ses sentiments relicieux, Berkeley, homme d'église, devait avoir une prédilection singulière pour un philosophe qui lui représentait, à la source même où celle-ci les avait puisées, les propres aflirmations métaphysiques de Ja théologie chrétienne : et dans un temps où la religion était soumise à l'action dissolvante de la critique, à une époque de sa vie où lui-même était absorbé par ses projets de missionnaire, il était naturel qu'il se sentit plus vivement porté vers des penseurs, dont l'impartialité, en raison de leur caractère profane, ne pouvait être suspectée par ses adversaires, et qui avaient en outre pour eux le prestige et l'autorité d'un génie universellement reconnu. En fait, c'est bien de la pensée de Platon et d'Aristote que Berkeley se fortifie dans l'Alciphron, et il se sert d'eux expressément pour établir que les vérités de la foi chrétienne ne sont pas déraisonnables. Il invoque par exemple le Gorgias, où Socrate, « le grand libre penseur d'Athènes », juge probable l'existence d’un enfer où les impies sont punis pour l'éternité $,
République, X. Phèdre, 45 &, d. e. à Natural grounds toexpeet à future state (&d. Fraser, 2 essai, & IV, 45).
Fg Aleïpkhron, VI, 15.
Un autre point à noter, c’est la conception de l'esprit comme seule cause efficiente, en accord avec la conception platonicienne et aristotélicienne de l'âme principe de mouvement !, Sur ce point, Berkeley se réfère expressément à la critique qu'Aristote a faite des philosophes antésocratiques dans le premier livre de sa Métaphysique ?. Le rapport de la théorie d'Aristote avec la sienne ne lui a donc pas échappé. Il est significatif à cet égard que le De anima soit invoqué, à propos de la distinction de l'âme et du corps faite pour la première fois par Anaxagore*, dans un paragraphe du De motu qui commence par cette phrase : Datur res cogitans, achiva, quam principium molus esse in nobis experimur.
Or l'adhésion que, d'un point de vue proprement philosophique, Berkeley ne pouvait refuser à la doctrine platonicienne ct aristotélicienne de l'âme, le prédisposait à approfondir dans un sens platonicien et aristotélicien son propre spiritualisme. La distinction que, dans le De mou, il établit entre les sens, l'imagination et l'intellect pur, peut être rapprochée de celle qu’Aristote fait lui-même entre aicÜnst$, Quvrusia, v0ÿs #. L’analogie est curieuse d’ailleurs entre le voÿe anus, dégagé des sens et de toute matière, toujours en acte, éternel, et le sujet connaissant de Berkeley qui est un vouloir toujours semblable à lui-même, un éternel présent, un perpétuel « je suis » 5. Berkeley retrouvait ici, exprimée d’une manière plus explicite, sa propre intuition du Commonplace Book. Et comme il cite déjà dans le De motu (paru en 1721)
1. Phèdre, 245. Lois, X, 896. Ce dernier ouvrage est cité par Berkeley dans The Querist (question 212, t. IV, p. 440) et dans le Discourse to magistrates (t. IV, p. 493 et 496).