‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 125 sur 181 · Timée, 29, KE · texte numérisé non relu

Timée, 29, KE

l'Amour. C’est en s’aimant que Dieu aime le monde, et c’est en aimant le monde que Dieu Jui communique la vie qui n’est autre chose en son fond que l’amour !. Ainsi le christianisme conçoit le’ sujet pensant et l’objet pensé comme nécessairement égaux, quoique distincts, et de même l’aimant et l'aimé. « L'Esprit d'amour qui unit le Père au Fils est luimème égal au Père, égal au Fils. L’être parfait se pense par une pensée adéquate à sa nature et s'aime par un amour adéquat à sa pensée comme à son êlre ?. » Et c’est ce que résument admirablement les vers du poète qui condense en lui toute la pensée du moyen àge :

O Luce Etèrna, che sola in te sidi:

Sola lintendi, e, da te intelletta Ed intendènte te, ami ed arridi* !

2° Par sa théorie de la création, le christianisme s’éloignait encore du néo-platonisme, et cette seconde divergence n’est à vrai dire qu'une conséquence de la première. L'émanation est ici limitée aux trois personnes de la Trinité, les trois personnes étant d’ailleurs égales, tandis que dans le néo-platonisme, ce qui est engendré l’est par une diminution, les trois hypostases ont une valeur inégale, et le monde procède de Dieu comme les hypostases les unes des autres. Ainsi, bien que l’école juive avec Philon s'efforce de rester fidèle à la théologie hébraïque qui établissait entre Dieu et le monde une différence absolue de nature, bien que l’hellénisme avec Plotin proclame que Dieu est libre et distinct du monde, la conception alexandrine el néo-platonicienne se rapproche du panthéisme. La conception chrétienne s'en éloigne au contraire en supprimant, pour la remplacer par la création,

1. Saint Augustin, Confessions, XIII, 11. 2. Fouillée, op. cit., II, v, ch. 1 $ iv.

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