Sophisle, 251. Parménide
choses belles ne pouvant être belles que par la beauté, et l’universalité de l'idée résultant de cette participation même.
Berkeley n’a jamais refusé à l'esprit humain la possibilité d'arriver à des notions universelles. Tout en affirmant que nos idées sont particulières, il reconnaissait qu'elles peuvent devenir générales par leur signification, du moment que nous envisageons en elles ce qu’elles ont de commun avec d’autres, à l'exclusion des caractères qui les différencient et les particularisent, C’est ainsi qu'un triangle particulier peut servir à représenter n'importe quel autre triangle, et que la géométrie arrive à des propositions universelles ?. Ce que Berkeley repousse, c’est l’idée générale abstraite, parce qu'elle est indéterminée, et que l'indéterminé ne peut se penser, notre propre expérience interne nous l’atteste. Estil donc si loin de Platon, pour qui l'indétermination s’identifie avec le non-être comme la perfection avec l'existence, etqui voit dans l’idée essentiellement déterminée (70 méous) la condition de toute pensée et de toute science ?
Plus précisément encore, le genre d'abstraction admis par Berkeley n'est-il pas justement celui que l’idée platonicienne telle qu'il la conçoit, requiert ? Le mouvement en soi est le mouvementen tant que mouvement, non en tant que rectiligne, curviligne, etc. Le triangle en soi est le triangle en tant que triangle, non en tant qu'isocèle, équilatéral, etc. Mais dès lors rien ne s'oppose à ce que je percoive le triangle en soi dans le triangle particulier que j'ai sous les yeux, et mème Je ne le puis saisir que par cet effort d’abstraction sui generis que Berkeley a décrit. La doctrine de Berkeley pourrait s'exprimer par cette formule : nous ne pouvons arriver à l'idée qu'au moyen d'une expérience particulière. + Or pour Platon, c'est en voyant les choses particulières,
copies imparfaites des idées, que nous nous élevons par le \ 1. Parménide, 129, À. Sophiste, 247, A. Phédon, 102, B. 2. Principles, introd., K. 12 et 16.
moyen de la ressemblance qu'elles ont avee leur modèle, à l'intuition de celles-ci !. Il existe, il est vrai, entre Berkeley et Platon, cette différence que pour Berkeley, c'est toujours dans V'individuel que nous percevons l’universel, tandis que pour Platon l'individuel est le moyen par lequel nous nous élevons à l’idée qui ne se confond pas avec lui ?. En d'autres termes, Berkeley ne conçoit l'idée quecomme immanente aux choses, tandis que Platon tend plutôt à la concevoir séparée .
Il n'est pas douteux sans doute que l’immatérialisme de Berkeley ne soit absolument opposé à la pensée de Platon. La dépendance de l'objet connu à l'égard du sujet connaissant est étrangère à la philosophie grecque, l'idée de la subjectivité des qualités sensibles, qui n’en est qu'un aspect, ne se trouve que chez Démocrite. «On ne pense pas ce qui n’est
pas » est le principe qui domine toute la philosophie des idées. Tout ce qui est connaissable existe. Le non-être luimême existe en quelque manière, puisqu'il est pensé. En d'autres termes, l’idée est une chose en soi. On ne peut dire de l'idée qu’elle esi une pensée qui n'existe que dans l'âme, car alors il faudrait qu'elle füt la pensée de quelque chose, et de quelque chose qui existât, c’est-à-dire d'une iéer «7
Du point de vue de Berkeley, au contraire, il est impossible que l'idée ait une réalité en dehors.-de l'esprit qui la pense. Mais cette différence, pour importante qu'elle soit, ne saurait altérer les caractères d'immutabilité, d’universalité, de pureté, de simplicité, par lesquels l'idée se définit. Ainsi a pensé Schopenhauer, qui, tout en ne voyant dans l’idée qu’une objectivalion de la volonté, une représentation qui n'a pas d'existence en dehors du sujet en qui elle appa-
VPheédon T3 014, 2. Ibid, 74, B.