Ibid, 132, B, C
rait, ne l’en considère pas moins comme étrangère à la pluralité comme au changement, inaltérable, unique et identique, quoique manifestée dans une infinité d'individus pour lesquels elle est ce qu’est le modèle pour la copie ?,
Rien ne s'opposerait donc à ce que Berkeley eût admis l'idée platonicienne, sauf à la modifier conformément aux exigences de son esprit et de son système.
Et c’est précisément ce qu’il me semble faire en admettant implicitement ou expressément les deux thèses suivantes :
1° L'idée, au sens platonicien du mot, n'existe pas séparée ; elle est immanenté aux choses, n’existe, comme le veut Aristote, que chez les individus. C'est la thèse implicitement admise dans l'édition de 1734 des Principes de la connaissance humaine.
2° L'idée, au sens platonicien du mot, n'existe pas en soi: elle est immanente à l'esprit divin. En ce sens, elle existe séparée des choses ; elle leur demeure transcendante. C'est la thèse expressément soutenue dansla Sores.
On le voit. Il n'y avait pas a priori une incompatibilité absolue entre le nominalisme de Berkeley et le réalisme de Platon.
Reste à savoir si l'accord s'est produit en fair. Or, à s’en tenir aux textes de la Siris, il semble bien qu'il en soit ainsi. D'une part, en effet, Berkeley déclare rejeter les idées abstraites au moment même où il adhère formellement à Ja théorie platonicienne des idées ?, ce qui prouve qu'il n'a point conçu la doctrine de Platon comme contraire à la sienne. Et d'autre part, il observe que « les distinctions métaphysiques des attributs divins ne les divisent pas réellement » *, ce qui prouve qu'il appliquait aux hypostases le procédé
1. Le monde comme volonté et comme représentation, trad. Burdeau, t. I, 30.
2, Siris, S 323.