Berkeley, p
« Celui qui veut en amener un autre à son opinion, lit-on dans le Commonplace Book, doit paraître d’abord s’accorder avec lui et lui complaire en se pliant à sa facon de penser (and humour hinin his own 1vay of talking). Dès mon enfance: j'avais une extraordinaire propension à en user ainsi !. » Quand il entreprit de fonder aux Bermudes-un collège de missionnäires, son talent de persuasion fut assez fort pour que la Chambre des communes votàt, presque à l'unanimité, un crédit de vingt mille livres sterling en faveur d'un projet que beaucoup de bons esprits eussent pu considérer comme chimérique. Et tel fut l’homme, telleest l'œuvre. Les dialogues entre Hylas et Philonoüs nous offrent un admirable exemple de sa puissance persuasive et de l'art avec lequel il entre dans la pensée de l'adversaire pour en démontreren un de compte le vide ou l’absurdité. ñ Cette même simplicité d'âme qui, jointe à une rare lucidité d'intelligence, fait que l'écrivain emploie à l’expression des plus hautes vérités philosophiques, avec une aisance etune clarté sans égales, le langage de la conversation courante, apparaît aüssi dans l’insouciance complète de l’homme à l'égard de la renommée, dans sa modestie à l'égard de ses découvertes. « Je ne m'étonne pas, écrit-il dans son journal philosophique, de la sagacité dont je fais preuve en découvrant la vérité, évidente bien que surprenante : je m'étonne bien plutôt de la stupide inadvertance qui m'a empêché de la découvrir auparavant ?. » Sa totale absence de vanité résulte d'une ouverture de cœur qui le porte à ne sentir de sa propre découverte que la beauté des perspectives aperçues et le bienfait qui en résultera pour le genre humain. Ces qualités essentielles se retrouvent également dans ce que nous appelons l'attitude intellectuelle du philo- °sophe.
JEs Cpl. Ds p. 92. ; :