‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 135 sur 181 · Hylas et Philonoüs, I, t. 1 p · texte numérisé non relu

Hylas et Philonoüs, I, t. 1 p

4, De motu, S 3, 24, 31, 39, 40.

5. Princ., 97, 98, et note 1, p. 312. à 6. Alciphron, NII, 7 [10].

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diates de la conscience, Berkeley n'a pas fail rentrer Ja volonté dans la représentation, il n’a pas tenté de se faire un concept de l’activité interne. Il a pris celle-ci telle qu'elle est, et l’a saisie dans ce quelle a d’irréductible, Il a eu la claire intuition de l’activité consciente, soit comme, pensée, soit comme volition. Il a mis le premier en relief le caractère original de Ja volonté, non pas seulement comme irréductible à l’entendement (d’autres philosophes l'avaient fait), mais comme incommensurable à l’entendement, ou en d'autres termes comme absolument irreprésentable. Et sur ce point, il devançait si bien son siècle que sa véritable pensée n’a pas été comprise, et qu'il a fallu la philosophie de Schopenhauer avec la critique kantienne qu'elle suppose avant elle, pour que fût enfin saisie toute l’originalité de sa doctrine.

Une autre conséquence de son attitude intellectuelle est que Berkeley conçoit toujours la pensée comme une pensée vivante. Prenant la pensée plutôt comme un fait de conscience que comme un objet, comme vie vécue que comme concept,’il a un sentiment très vif de l’activité de l'esprit. Henri Bergson dira plus tard que la vie vécue ne peut être traduite que d’une manière symbolique, nos concepts ne réussissant jamais à l’exprimer d’une manièreadéquate. Pour Berkeley la vérité est chose vécue plutôt que représentée : elle ne peut être saisie que par intuition, à Ja suite d’un effort personnel. Il faut, dit-il, pour comprendre sa philosophie se défier des mots, prendre candidement l’ensemble de sa pensée, non ses expressions |.

De cette conception d’ une vérité chose vécue plutôt que chose représentée dérive ce qu'on pourrait appeler le pragmatisme de Berkeley. L'expérience vécue à pour lui la plus grande importance. Nous ne devons pas hésiter à accepter le christianisme, puisque les motifs qui nous déterminent à

1. À new theory of vision, $ 120. Principles, introd., $ 25. Lettre à

Johnson, t. I, p. 18, ligne 11. Commonplace Book, p. 40. De motu, $45.

y croire sont identiques à ceux qui nous font admettre comme vrais les récits des historiens. Les mystères de la religion ne doivent pas nous détourner de nos croyances, puisque nous croyons aux mathématiques, malgré les notions incompréhensibles auxquelles elles font appel !.

Sa prétention de rester d'accord avec le sens commun à pu surprendre. Au fond, elle est extrèmement légitime : 1° parce que le sens commun prend comme lui les choses très simplement, telles que l'expérience immédiate les lui offre, et préfère le fait concret aux abstractions ; 2° parce qu'il forme ses opinions sous la pression même du réel, pour les besoins de l’action, et que la vérité est vécue plutôt que représentée. Mais ce que le sens commun affirme spontanément, Berkeley l'affirme par un détour, c'est-à-dire à la suite d’un examen psychologique : il ne s'éloigne ainsi du sens commun que pour y revenir d'une manière réfléchie et consciente ?. La thèse la plus paradoxale de sa philosophie en offre une preuve éclatante : sila matière n'est que notre perception, la connaissance que nous en avons n'est plus relative, mais absolue, nos états de conscience nous étant connus nécessairement d’une manière parfaite. Or c’est là le point de vue du ‘sens commun pour qui les qualités sensibles ont une réalité objective. Mais par là, le sens commun ne peut entendre qu'une réalité consistant dans la perception, puisqu’en fait, lorsque je dis que la matière existe objectivement, je veux dire que je la perçois et ne peux vouloir dire autre chose. La preuve en est que le sens commun prouve l'existence d’une chose par le fait même de sa perception %. Ainsi la critique de Berkeley consiste dans l’anadyse ‘psychologique de la croyance commune dont elle ne s’écarte que pour la justifier en fin de compte.

L'évolution de la doctrine devient très claire dès lors qu’on

1 Alciphron, NI 2. Dialogues, HI, in fine. | à dubai E T ep. AOC 0740

se rend compte de l'attitude intellectuelle du philosophe, attitude qui demeure toujours la mème, mais qui s'applique à des objets de plus en plus nombreux, en débutant par les plus aisés à découvrir. D'abord son regard se tourne vers l’extérieur (sensualisme), puis vers l'intérieur (immatérialisme, spiritualisme, volontarisme), puis vers les vérités les plus hautes {mysticisme). Ainsi il est empiriste, mais son empirisme n’est pas un pur sensualisme. Il a un sentiment très vif de l’activité consciente. Plus le psychologue attache d’importance aux sens, plus il doit, la sensation étant passive en nous, prendre une conscience netle de son activité interne, de sa volonté que le monde sensible arrête de toutes parts. Il devait donc être très frappé du caractère original de la volonté !, Son mysticisme vient également de ce qu'il envisage toutes choses avec la même candeur. Il accepte naïvement le divin qu'il sent en lui.ll saisit l’activité de la vie universelle dans son unité en se refusant à abstraire et à séparer ce qui est uni en fait. Il affirme sans hésitation la vérité qu'il sent vivante en lui. Son amour sincère de la nature, son désirde prosélytisme religieux, sa volonté d’exercer une action morale bienfaisante, toutes ses puissances d'enthousiasme et d'ardeur généreuse, se retrouvent dans son intuition mystique de | unité du monde et de l’unité divine.

1. C'est p'écisément pour ce motif que les formules les plus nettement sensualistes et les plus nettement volontaristes coexistent dans le Commonplace Book.

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