Tbid
LA THÉORIE DE L'ABSTRACTION a
d’abstraction qu’il reconnaissait lui-même possible, ne séparant point par la pensée ce qui est inséparable en fait, mais considérant seulement chaque attribut dans ce qu’il a d'absolument original !. Il attribue donc, comme Platon, à l’idée, la pureté sans mélange (neither will undérstands nor intellect soills). A la fait, comme lui, distincte de toutes choses corporelles, imaginables et sensibles. Maïs, ce faisant, il n'entend point en faire une abstraction, c'est-à-dire la détacher de toutes choses réelles: il ne rompt pas le lien qui rattache l'idée à l’expérience vécue, à l’activité originale, de l'esprit. En d'autres termes, il ne voit pas en elle un concept, mais une intuition sw generis. — Maintenant, l'accord entre Platon et Berkeley a-t-il toujours été aussi complet qu’il semble l'être dans la Séris ? On ne saurait l'affirmer. La doctrine exposée dans l'introduction des Principes est évidemment différente. Là, en effet, Berkeley ne voit dans l’idée générale qu’une image particulière capable de servir de substitut à un nombre indéfini d’autres images également particulières. Par suite, il se refuse à concevoir l’universalité comme un absolu, l’universalité résultant seulement du rapport qu’une chose particulière soutient avec les autres choses particulières qu’elle signifie et repré sente ?. Or une telle conception est la négation du platonisme. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’en employant cette formule »04-consisting in the absolute positive nature or conception of anything, Berkeley avait en vue non l’idée platonicienne à laquelle il ne ‘perisait pas, mais uniquement l'idée abstraite au sens moderne, comme il ressort d’ailleurs assez nettement du contexte, et qu’ainsi la théorie de l’abstraction n’est opposée qu'indirectement à la théorie des idées de Platon, puisque le problème de la possibilité de l’idée platonicienne n’y est pas posé.
TUSTrIS SN 20T 2. Princ., introd., $ 15.
Berkeley pouvait dès lors modilier sa conception de l'idée générale sans renoncer à sa critique de l'idée générale abstraite, et c'est ce qu'il me semble faire précisément dans le passage ajouté au paragraphe 16 de l'introduction, dans l’édition de 1734.
End’autres termes, l’évolution de la pensée de Berkeley s’est faite ici, non par l'abandon de ses idées antérieures, : mais par un enrichissement de sa conception primitive. Encore cet enrichissement ne s'est-il pas, à proprement parler, constitué par unesérie de découvertes. Le progrès a plutôt consisté à faire rentrer dans le cadre du système des pensées auxquelles Berkeley était arrivé dès ses premières méditations. Ce quele philosophe ajoute à ses ouvrages antérieurs se trouvait déjà dans les notes du Commonplace Book, et son effort a été seulement d’exprimer-sous forme cohérente et d’une manière suivie, ce qu'une première inspiration lui avait fait jeter sur le papier comme autant de pensées détachées et quelquefois contradictoires.
Il n'en reste pas moins que Berkeley dans la Siris conçoit l'idée comme distincte de toutes choses corporelles, imaginables et sensibles, alors que dans les Principes il identifie l'idée générale avec une image particulière. Et sur ce point il semble difficile de concilier les diverses expressions de sa pensée.
Pour sortir de ces difficultés, il convient de rappeler que pour Berkeley notre pouvoir de former des notions universelles tient essentiellement à ce que nous concentrons notre attention sur les caractères communs des objets, en les envisageant dans toute leur pureté, à l'exclusion des caractères dissemblables et accidentels.
Dès lors il faut distinguer deux choses dans la notion : premièrement les caractères communs aux objets qui sont comme le fondement objectif de la notion universelle, deuxièmement l'acte de pensée par lequel nous considérons ces éléments communs dans unindividu donné. Orla varia-
tion apparente de la pensée de Berkeley tient uniquement, croyons-nous, à ce qu'il se place tour à tour à l’un ou l’autre de ces deux points de vue. Est-il placé au point de vue de l'objet ? Il n'existe, dira-t-il, que des individus : les caractères communs aux individus n'existent que dans les individus etne peuvent être pensés en dehors d'eux. En d’autres termes, l'idée est — en fait — immanente aux choses.
Se place-t-il au contraire au point de vue du sujet? En tant que l'esprit un et identique accomplit le même acte à propos d’une multiplicité d'objets semblables, et retrouve en ceux-ci la même intuition qui est l'idée, il crée en lui une notion qui est distincte de toutes les choses corporelles, imaginables et sensibles. En d’autres termes, l’idée est plus ou moius implicitement concue par Berkeley comme immanente en tant que réelle, en tant que constituant ce qu'il y a de commun à tous les individus, et comme séparée des choses, en tant que pensée par l'esprit. Immanente dans la conscience immédiate, pourrait-on dire, elle devient transcendante dans la conscience réfléchie. Etait-il si loin de Plaon qui jugeait nécessaire que l’idée fût hors des choses et dans les choses, en dehors d'elles en tant que modèle et par son essence, en elles par la participation! ? Et faut-il s’étonner dès lors que Berkeley ait fini par admettre avec le néoplatonisme l’idée d’un principe, qui, en étant un, devient plusieurs et se communique sans se diminuer ?
Quant aux modifications apportées au septième dialogue de l’A/ciphron, il y aurait lieu, selon nous, d'en mesurer exactement la porlée. La suppression des trois paragraphes contenant la critique des idées abstraites ne prouve nullement un abandon de la doctrine qui s’y trouve exposée : elle peut avoir eu seulement pour but de simplifier la discussion par l'élimination de développements qui ne sont point indispensables au point débattu. Une telle supposition est d’au-