‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 141 sur 181 · D O1 #0 IN · texte numérisé non relu

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sur le problème de la durée, et par une corrélation ou une conséquence assez naturelle, il ne s'est pas longuement appesanti sur la notion d'identité. Dans son journal philosophique, il affirme que les personnes mises à part, il n'existe pas d'autre identité que la parfaite ressemblance. L'identité des substances finies doit consister en autre chose que l'existence continuée — où la relation à un temps et à un lieu déterminé de commencement d'existence, .— l'existence de nos pensées, qui, en étant combinées, font toutes les substances, étant fréquemment interrompue et ayant divers commencements et fins. D'autre part, l'identité de la personne ne consiste pas dans le contenu de la conscience actuelle, tar je ne suis pas la même personne que j'étais il y a un an, à moins que je ne pense à cequeje faisais alors. Et comme en dehors du contenu de l4 conscience, l'esprit n’est que volonté, il ya lieu de se demander si: ce n’est pas dans la volonté que l'identité consiste 1.

Cette volonté, Berkeley tend à la concevoir comme toujours semblable à elle-même, diversifiée seulement par les conditions dans lesquelles elle s'exerce et par les effets qu’elle produit, c'est-à-dire en somme par les représentations qui précèdent, accompagnent ou suivent chacun de ses actes. De ce point de vue, l'esprit est en quelque sorte un éternel présent, et à cet égard, il est fait à l’image de l’Un (ro wi», punctum slans). C'est pour cette raison sans doute que Berkeley regardera l’unité du moi comme une participation à l’unité divine, lorsqu'il se sera élevé à la conception d'un Dieu en qui n'existe ni changement, ni succession, toutes choses passées, présentes et futures lui étant actuellement présentes ?.

Ainsi donc, c’est par la considération de l’unité, non par celle de l'identité du moi, que Berkeley échappe aux consé-

1. Cpl.B., p.72et 73. Cf. Alciphron. VIL, $ 8[11],t. IL, p 334. 2. Siris. $ 351. Lettre à Johnson, t. I, p. 19 et 20

quences extrêmes de l’associationnisme. Il se rapproche ainsi de Kant et de Leibniz. Plus précisément encore, c’est en se rapprochant de Leibniz qu'il échappe aux conclusions de la philosophie critique.

« Le nombre n’est rien de fixe et de déterminé et n'existe pas réellement dans les choses elles-mêmes. C'est uniquement une création de l'esprit, qu'on le considère comme une idée simple par elle-même, ou comme une combinaison d'idées simples à laquelle il donne un nom et qu'il permet ainsi de considérer comme une unité. Selon que l'esprit combine différemment ses idées, l’unité varie ; et avec l’unité, le nombre, qui n’est qu'une collection d'unités, varie de même. Nous disons qu’une fenêtre est une, qu'une cheminée estune ; et cependant une maison dans Jaquelle il y a bien des fenêtres et bien des cheminées, peut, à aussi bon droit, être appelée une... Tout ce que l'esprit considère comme un est une unité. Chaque combinaison d'idées est considérée comme une seule chose par l'esprit, et pour l’exprimer, illa désigne par un mot. Or cette opération, par laquelle on nomme et on combine ensemble des idées, est parfaitement arbitraire ; l'esprit l’accomplit de la manière que l'expérience lui a montrée la plus convenable 1... » La même chose porte différentes dénominations numériques, suivant les rapports sous lesquels l’esprit l’envisage. « La même étendue est un, trois ou trentesix, selon que l'esprit la rapporte au pied, au yard ou au pouce ?. L'unité appliquée aux choses sensibles est donc sub- Jective et résulte d’un acte de l’esprit qui les considère. Mais l'esprit n'impose ainsi son unité aux choses que parce qu’il la possède lui-même. # Et il la possède parce qu'il participe à l'unité divine. Les choses sensibles sont plutôt considérées

1. Théorie de la vision, S109. Cf.ibid. « A ces opérations il donne des noms, et il y enferme plus ou moins selon qu'il convient à ses intentions et à ses projets. » Cf. Siris, S 288. à

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