‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 146 sur 181 · Tbid., HT, 2e partie, vi · texte numérisé non relu

Tbid., HT, 2e partie, vi

EN QUOI BERKELEY EST-IL DE SON TEMPS ? Des

Pour Berkeley, Dieu possède, également, les idées des choses qu'il crée et il les a possédées de toute éternité !. Mais ces idées ou archétypes des choses diffèrent des idées de Malebranche par des caractères essentiels.

Malebranche, en effet, appelant 2dée$ ce que Descartes appelait essences, établit avec Platon leur réalité éternelle, avec Plotin, saint Augustin et saint Thomas leur existence en Dieu. Pour lui, les idées des choses — les choses conçues comme possibles, connues dans leur essence — sont indestructibles : la possibilité d’être est éternelle. C’est donc qu’il y à éternellement une intelligence qui les connaît, — et une puissance qui, de toute éternité, est capable de les produire. L'idée d’une chose est ainsi la connaissance que Dieu en possède et la puissance qu'il a de les créer ?. Sa réalité intelligible se montre : 1° par son indépendance à l'égard de la chose qu'elle représente (qu'un corps soit anéanti, son essence et sa possibilité d’être demeurent) ; 2° par son action dans notre esprit qu'elle modifie (elle est commune à tous les esprits et résiste invinciblement si on veut l’allérer). — De mème les archétypes des choses, dont parle Berkeley,

apparences éphémères auxquelles ils correspondent et sont

ont leur existence dans l'esprit divin ; ils survivent aux

en ce sens indépendants du monde sensible représenté dans chaque esprit fini.

Mais ici encore, l'analogie demeure superficielle. En premier lieu, la possibilité d’être est une abstraction pour Berkeley. Toute possibilité réelle est un pouvoir agissant les idées en Dieu sont actives. D'autre part, étant des actes d- volonté, des intentions, il est‘de toute évidence qu'elles sont libres. Pour Malebranche, les idées sont nécessaires, les existences seules étant contingentes. « Les idées ont une

1. Hylas et Philonoüs, I, t. I, p. 475. Siris, $ 347-349. 2, Entretiens sur la métaphysique, premier entretien. Recherche de la vérilé, 10° éclaircissement.

ai

existence éternelle et nécessaire... le monde matériel n'existe que parce qu'il à plu à Dieu de le créer {, » Enfin il résulte de ce que nous venons de dire que les archétypes de Berkeley existant dans l’'entendement divin échappent entièrement aux prises de notre connaissance. Nous admeltons leur existence en vertu d’un raisonnement, parce qu'elles sont nécessaires pour expliquer la permanence relative du monde extérieur, mais elles sont par nature essentiellement différentes de nos idées qui sont des états passifs, des modifications de notre conscience. Elles ne sont done point commures à tous les esprits, quoiqu'’elles soient le fondement de ce qu’il y a de commun dans les percéptions des divers esprits ?.

L'analogie des deux doctrines tient donc simplement à un fondscommun de croyances religieuses, qui n'empêche pasles tempéraments philosophiques d'être profondément différents. C'est ce qu’atrès bien reconnu Berkeley dans la critique qu'il fait de Malebranche. IT se déclare d'accord avec lui pour reconnaître que c'est en Dieu que nous vivons, nous mouvors, et avons notre être, mais il lui reproche de bâtir sur les idées les plus abstraites, d'admettre l'existence absolue d'un monde extérieur, et de conclure à la relativité de notre connaissance du monde sensible, ce qui est exactement l'opposé de sa propre doctrine ÿ. « Je ne dis pas que je vois les choses en percevant ce qui les représente dans la substance intelligible de Dieu, ce qui est inintelligible pour moi, mais Je dis que les choses perçues par moi sont connues par l'entendement et produites p«r la volonté d'un Esprit infini #. » (

A regarder de près les textes, ou, pour mieux dire, à se pénétrer de l'esprit de la doctrine berkeleyenne, on se con-

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