Ibid., p
vainc que l’entendement divin est ici logiquement postérieur à la volonté divine. C’est parce que le monde sensible est indépendant de mon esprit, parce qu’il n'est pas en mon pouvoir de déterminer à mon gré les idées dont je suis affecté, que je dois admettre l'existence d'un Esprit dont la volonté est qu’elles se manifestent à moi, et de l’ordre et de la variété et de la manière dont ces idées se présentent à moi, je conclus que cet Esprit est infiniment sage. La doctrine de la vision en Dieu est incompatible avec la notion de l'activité divine. « Je ne comprends pas comment nos idées, qui sont passives et inertes, peuvent être l'essence ou une Partie de l'essence ou de la substance de Dieu, qui est l'être actif, pur, indivisible, soustrait à toute passivité t (ëmpassive). » La tendance de Berkeley est donc de voir avant tout en Dieu la volonté, tandis que Malebranche incline à voir plutôt en lui la raison universelle, l'éternelle vérité, la pensée infinie et la souveraine sagesse.
La différence des deux doctrines apparaît plus nettement encore si l'on considère le rôle des idées dans la philosophie de Malebranche.
Pour Malebranche, en effet, toutes les choses que l'âme aperçoit sont de deux sortes : ou elles sont dans l’âme, ou elles sont hors de l'âme. Pour apercevoir les premières, qui sont ses propres pensées, l’âme n’a pas besoin d'idées, puisque les pensées de l’âme ne sont que l'âme inême d'une telle ou d’une telle facon. Au contraire, les idées nous sont nécessaires pour connaître ce qui existe en dehors de nous. Les idées sont donc représentatives d’une réalité : elles ont des objets, tandis que les modifications de notre âme, les sentiments, n’en ont pas. Or toutes les réalités dont nous ayons quelque connaissance sont les corps ou les esprits. propriétés des corps ou propriétés des esprits. Si donc les âmes ne nous sont point connues par des idées, il ne reste