Recherche, liv. II, 2+ partie, ch. vu
de Dieu, il faudrait que nous pussions le voir comme un être possible. Or Dieu est l'être nécessaire. :
En outre, les idées ne sont pas seulement représentatives des êtres créés : elles sont aussi des archétypes, des modèles. Avant que Dieu créât les êtres particuliers, il avait lepouvoir de les créer, il les connaissait donc comme possibles, il en avait les idées. Lorsqu'il les a créées, ces idées ont été le modèle de la création. S'il env était autrement, les idées ne seraient pas représentatives des choses : c'est parce que Dieu a créé les choses sur les idées qu'il en a et que nous voyons en lui que nous pouvons légitimement attribuer aux choses tout ce que nous apercevons de clair et de distinct dans les idées qui les représentent. Ceci posé, pour qu'il y eût idée de Dieu, il faudrait que Dieu püt être créé, ce qui est absurde. Dieu « ne peut être fait. Il n’y a que les créatures qui soieut faisables, qui soient visibles par les idées qui les représentent avant même qu'elles soient faites. » Si donc nous pouvons penser à Dieu, et nous y pensons, il faut que Dieu lui-même soit l'objet immédiat de notre esprit.
Les idées nous expliquent la connaissance des choses corporelles qui ne sont que des modalités de l'étendue. C'est donc à l'étendue intelligible que toutes les idées se ramènent Or, l'étendue intelligible, c'est la substance divine elle-même en tant que représentative des créatures matérielles et participahle parelles. Et dès lors nous ne pouvons avoir la connaissance du monde matériel par les idées sans apercevoir directement la substance divine. La vision immédiate de Dieu est contenue implicitement dans la théorie des idées elle-mêmes. e
Ainsi, quelque analogie que présente au premier abord la doctrine du monde système de signes avec la théorie de la vision en Dieu, le point de vue de Berkeley est tout à fait différent de celui de Malebranche. Le problème de l'objectivité tel que se le posait Malebranche, et après lui Kant,
semble répugner à l'esprit anglais, curieux de l'observation des faits et de leurs lois, mais naturellement rebelle à l’analyse métaphysique. Berkeley ne s'est jamais demandé à quelles conditions une science objective est possible, et à cet égard il est aussi loin de Kant que de Malebranche et de Descartes.
Pour Descartes comme pour Malebranche, les idées, en ce qu'elles expriment de supérieur à notre entendement, supposent l'être infini et parfait qui les produit. Descartes conclut en effet de l’idée de Dieu à son existence. Dieu est pour lui le fondement de toute certitude. Si on l'ignore, « on ne peut avoir de connaissance certaine d'aucune chose ! ». La pensée de Malebranche suit une pente analogue, lorsque distinguant les sentiments et les idées, elle fonde en Dieu l’objectivité de ces dernières. Tout autre est le point de vue de Berkeley. L'objet de sa philosophie n'est pas de rechercher la nature ultime de la vérité. Le cogito cartésien n'était à ses yeux de jeune philosophe qu'une simple tautologie. Il se refusait à admettre l’entendement pur. Etil s’écriait, en songeant à la pensée maîtresse de son système : « Que deviennent les vérités éternelles ? Elles s’évanouissent ?. » C’est là une tournure d'esprit aussi opposée que possible-à celle de la philosophie cartésienne, et qui aboutit à une conception religieuse toute différente.
Le xvu siècle est religieux par son esprit plus que par son âme, par raison plus que par sentiment. Il en résulte en premier lieu que Dieu occupe une maîtresse place dans les systèmes métaphysiques de cette époque, en second lieu qu'il y est conçu comme raison absolue ou infinie, fondement et garantie de toute certitude chez Descartes, source de toute connaissance objective chez Malebranche, pensée