Parménide
tant plus vraisemblable que les paragraphes supprimés répètent ce que Berkeley avait dit ailleurs. Or Berkeley tend visiblement, dans les rééditions de ses ouvrages, à condenser sa pensée par la suppression de ce qui est inutile ou fait double emploi, Que la discussion sur les idées abstraites ne fût pas nécessaire à l'argumentation est suffisamment prouvé par le fait que son auteur a pu la supprimer sans introduire le moindre changement dans ce qui précède ou ce qui suit. Mais il ya plus. Un simple coup d’æil jeté sur le sommaire montre que les trois paragraphes supprimés forment un hors-d'œuvre dans la discussion. L’argumentation d’Alciphron se résume ainsi : « À tout mot doit correspondre une idée. Il n’y a pas de connaissance, ni de foi possibles sans idée. Or il n’y a pas d'idée de la grâce. » Euphranor répond : « Les mots n'ont pas nécessairement pour but de suggérer des idées. I est aussi difficile de se former une idée de la force que de s’en faire une de la grâce ; cependant des propositions utiles peuvent être formées relativement à la force. De même les mystères et les dogmes peuvent être utiles par les sentiments qu'ils suscitent, bien qu'aucune idée ne leur serve de fondement #. » En écartant la discussion des idées abstraites, les diverses propositions sont donc très bien enchaïnées. Or les paragraphes supprimés prenant place entre l’argumentation d’Alciphron et la réplique d'Euphranor avaient pour but d'expliquer ce que sont les idées abstraites, etcomment elles sont formées ; de faire voir que les idées générales abstraites sont impossibles : et de montrer en quel sens il peut y avoir des idées générales, C'est là un développement purement philosophique, peu à sa place dans un ouvrage populaire, et qui, en faisant dévier la discussion, refroidit considérablement l'intérêt. Il est donc fort possible que Berkeley ne l'ait pas
i | ; \ 1. Deuxième édition, N 2-10.