Siris, $S
volonté et de l'entendement. L'existence, pas plus qu'ailleurs la volonté, ne fait en effet, dans ce cas, l'objet d’un concept : on la pense non par représentation, mais par une intuition directe que rien ne remplace.
Inversement le point de vue de Kant excluait celui de Berkeley, et à cet égard Kant ne s’est pas trompé, quoique la véritable pensée du philosophe anglais ait échappé à l’auteur des Prolégomènes. « Mon but, dit-il lui-même, est tout simplement de comprendre la possibilité de connaître & priori, comme nous le faisons, les objets de l’expérience, problème qui n'avait pas été résolu jusque-là, qui n'avait même pas été posé encore », et il estime que «par là s'écroule cet idéalisme mystique qui toujours avait conclu de nos connaissances 4 priori, par exemple la géométrie, à une intuition différente de l'intuition sensible, à l'intuition intellectuelle, parce qu'on ne s’élait pas aperçu que l'intuition sensible devait être également a priori» !. Le tort de Berkeley, à ses yeux, est de n’avoir pas donné aux phénomènes dans l’espace et dans le temps, de principe 4 priori, et d’en faire ainsi une pure illusion, tandis que lui, Kant, fournit le critérium sûr qui distingue la vérité de l'illusion par son principe de l’idéalité de l’espace et du temps qui unis aux concepts purs de l’entendement prescrivent a prior1i leurs lois à toute expérience possible ?, « L'espace et le temps, avec tout ce qu'ils renferment, ne sont pas des choses en soi, ni des propriétés de choses en soi ; ils appartiennent simplement à leurs phénomènes. Je le reconnais avec les idéalistes. Mais les idéalistes et Berkeley en parliculier voyaient dans l’espace une représentation simplement empirique qui, tout comme les phénomènes de l’espace, nous était connue, avec toutes ses déterminations, au moven de l'expérience ou de Ja perception.
1. Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science (traduction nouvelle, Paris, 1891), p. 248 de l’Appendice.