‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 161 sur 181 · Ibid., S · texte numérisé non relu

Ibid., S

2° que l’ordre qui-apparaît dans l'univers vient de Dieu. Il y à donc une finalité réelle dans la nature, et cette finalité se manifeste jusque dans la succession habituelle des phénomènes, dans le Jeu régulier des lois naturelles. Les principes du mécanisme n’expliquent done rien. Car expliquer, ce serait assigner les causes réelles, efficientes ou finales, des phénomènes qui ne sont, à parler vrai, que des apparences dans l'esprit, et les hypothèses mécanistes n'ont jamais pu expliquer comment des corps externes, des figures et des mouvements peuvent produire des apparences dans l’esprit {. « Nous ne pouvons faire un seul pas dans l’explication des phénomènes sans admettre la présence et l’action immédiate d’un agent incorporel qui unit, meut et dispose toutes choses, suivant les règles et en vue des fins qui lui semblent bonnes ?, » L'action divine se manifeste jusque dans le détail des phénomènes, et ainsi se trouvent condamnés non seulement le mécanisme de Descartes qui pour expliquer le monde croit pouvoir se contenter d’une impulsion divine initiale, mais encore la théorie de l'emboîtement des germes de Malebranche, qui suppose que Dieu a créé, à l'origine, toutes les formes vivantes, les seules lois mécaniques en assurant par la suile la croissance et le développement *.

Enfin il est encore un point par lequel Berkeley touche au romantisme, c'est sa conception mystique de l'autorité, et sur ce point encore il est en opposition avec l'esprit général du xvin* siècle.

Descartes, en faisant table rase des opinions qui étaient entrées en sa créance sans qu’il eüt des raisons positives de les admettre, mettait à part ce qui concernait la foi, les mœurs et l’état, Le xvin* siècle a étendu le doute aux questions politiques et religieuses. De cet état d'esprit, Alciphron est

lenSuris, $ 251.

2. Ibid., S 237- 3. 1bid., $ 232 et 233. Cf. Malebranche, Recherche, Liv. I, ch. v.

un des représentants. Les croyances religieuses nous ont été inculquées dès l'enfance et nous les avons acceptées sans réflexion !. Il n’en va pas autrement de nos croyances morales ?. Le prêtre et le magistrat sont d'accord pour tromper le peuple %. On ne doit obéissance ni à Dieu ni au roi #. Ce sont ces théories que Berkeley entreprend de réfuter, et ce faisant il revient aux conceptions chères au xvu° siècle qui reconuaissent au pouvoir civil un fondement divin. L’obéissance absolue et la non-r'sistance à l’autorité, quelque arbitraire et cruelle qu'elle pût être, avaient été prèchées par les plus grands orateurs anglicans 5. Berkeley souscrit entièrement à leur doctrine. La uon-résistance au pouvoir Civil, quel qu'il puisse être, doit être, selon lui, absolue et sans réserve 6.

Cette thèse, sans doute, Berkeley essaye de la justifier par des arguments rationnels. On doit regarder, dit-il, comme des expressions de la volonté divine les principes qui tendent au bonheur général. Or l’obéissance au pouvoir est la condition générale de l’ordre dans l'Etat, tandis que la désobéissance conduit à l'anarchie avec tous les maux qu'elle entraîne. Obéir au pouvoir, c'est donc agir selon les vues de Dieu. Maintenant le devoir d'obéissance ne saurait comporter d’exceptions, parce qu'on ne peut laisser à la décision des particuliers la détermination des cas dans lesquels il y aurait lieu d'obéir ou de désobéir au pouvoir. Le bien-être de l'humanité peut être en effet poursuivi de deux ma-

5 Macaulay, Histoire d'Angleterre depuis le règne de Jacques II, ch. 1x. Cf Histoire du règne de Guillaume III, ch. u. L'évêque de Londonderry, Ezéchiel Hopkins, au moment où un régiment de papistes marchait sur la ville, resta fidèle à la doctrine de non-résistance et exhorta son troupeau à marcher à la mort. ù

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