Discourse on passive obedience
2. Carlyle, French Revolution, II, 1,1.« Foritis most true that all available authority is mystic in its conditions and comes by the grace of God. » Cf. On heroes, lecture VI.
3. Fraser, /rtrod to the discourse on passive obedience, t. IV, p. 100.
foi du vicaire savoyard, el qui, lui aussi, a été possédé par l'amour sincère et enthousiaste de la nature !,
Enfin, il est un dernier point par lequel Berkeley se rapproche du romantisme : c’est sa manière d'écrire.
Le progrès du positivisme n’abolit pas la pensée mystique mais a pour conséquence un développement original de cette dernière, dans une philosophie qui se réclame de Part, La philosophie critique, en essayant d'établir philosophiquement les fondements-du positivisme, a en effet séparé à Jamais le domaine de la métaphysique de celui de la science. Or, cette séparation, dans la pensée de Kant, équivalait à porter contre la métaphysique un arrêt de mort. A cet arrêl, Schopenhauer n’a pas cru devoir se tenir, et tout en acceptant dans l'ensemble la théorie kantienne de la connaissance, il a établi que la science ne nous donnait qu’une connaissance superficielle des choses, la volonté, qui est le fond même de l'être, étant absolument incommensurable à l’entendement. Ur, ce point de vue est déjà celui de Berkeley. Lui aussi distingue entre le monde des causes physiques, objet de la science, simple succession d'effets sensibles, et le monde des causes réelles, objet de la métaphysique, qui est l'univers des substances spirituelles et des volontés libres, les esprits finis et Dieu. Pour lui, la science ne porte que sur des états passifs, modifications de notre entendement, auquel la volonté demeure incommensurable, et c’est cette hétérogénéité absolue de Ja volonté et de l’entendement, de la vie vécue et de la représentation, qui, affirmée sous d’autres formes, a pu justifier la construction de systèmes métaphysiques nouveaux, ceux de Schopenhauer et d'Henri Bergson.
lei, cependant, une difficulté surgit. La philosophie, par cela seul qu’elle use du langage, tend malgré tout à faire
1. Même au point de vue social, Rousseau ne rompt pas entièrement avec l'esprit mystique. (Qui désobéit aux lois désobéit.à Dieu. » (Lettre à Mgr de Beaumont, archevêque de Paris.)
rentrer l'intuition dans le concept. Dire que la volonté est incommensurable à l'entendement, c'est déjà la faire entrer en quelque manière dans l’entendement, c’est la subsumer sous des concepts que l’entendement a formés. En outre, le but même de la philosophie est d'introduire la logique dans notre intuition du réel, de donner au contenu de notre pensée, quand celle-ci s'efforce d'embrasser tout l'univers, une forme rigoureusement logique qui fasse d'elle un système. Cette exigence de logique est au fond de toute philosophie, même intuitive. Ainsi la doctrine d’un philosophe tombe de toutes parts sous les prises de l’entendement, et ce qu'elle contient de vie vécue, transposé dans la représentation. risque par là même de s'anéantir. l’our conserver toute leur valeur à ses intuitions, pour restituer à ses lecteurs ce qui fut sa pensée vivante, il faut que le philosophe devienne artiste, puisque l'art est précisément une représentation qui équivaut à l'intuition, par le don qu'elle possède de susciter dans l’âme de ceux quila contemplent une émotion identique à celle du génie qui la créa. Un temps fut où les grands philosophes étaient en même temps de grands savants. Il semble qu'à notre époque, ils doivent être, avant tout, de grands écrivains. ; ;
C'est ce qu'ont précisément été les deux philosophes qui nous paraissent être les véritables continuateurs de Berkeley, Schopenhauer et Henri Bergson. Tous deux, tendant également à mettre l'intuition au-dessus du concept, ont attaché la plus grande importance au style. Seulement, tandis que le premier recherche surtout l’image et la métaphore !, le second se préoccupe surtout de la mélodie de la phrase ?. Et tous deux en ce point agissent conformément aux tendances de la littérature romantique qui se caractérise, dans une certaine mesure, par la prédominance de l'élément pit-
1. André Fauconnet, l'Esthétique de Schopenhauer (Paris, 1913), ch. x, p 208 et suiv.