‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 165 sur 181 · Le Rire (Paris, 1900), ch. 1u, p · texte numérisé non relu

Le Rire (Paris, 1900), ch. 1u, p

toresque et de l'élément musical. Si Berkeley n’est pas allé jusque-là, du moins a-t-il donné à ses ouvrages et en particulier à ses dialogues, un charme qui demeurerait incomparable si n’eussent écrit Malebranche et Platon:

$ AN Berkeley et Schopenhauer.

Les méditations d'un philosophe portant toujours sur les aspects du monde qui l’intéressent le plus, les découvertes qu il y peut faire sont toujours en rapport avec ce qu'il y cherche plus ou moins consciemment ; non sans doute qu'un penseur n'aperçoive dans l’univers que ce qu'il y veut voir, Car ce qui choque ses tendances profondes prend souvent autant de relief à ses yeux que ce qui les satisfait, mais parce que sa curiosité, comme sa méthode de pensée, dérive de son caractère même, et qu'ainsi c'est, pour une part, de notre vouloir que procède, au fond, notre vision de l'univers.

La métaphysique d’un penseur se ressent donc des dispositions originelles de sa volonté : une même vérité, aperçue par deux philosophes, peut être senfie par eux de manières très différentes, eten raison même de cette diversité d’impression, les conceptions par lesquelles ils essayeront de l’exprimer seront elles-mêmes différentes.

L'idéalisme de Berkeley peut, à cet égard. être utilement comparé avec celui de Schopenhauer.

Berkeley est enthousiaste, optimiste, plein d'amour pour les autres hommes, pénétré du sentiment de la divinité -et de la grandeur de la création. Schopenhauer, bien qu'en général assez satisfait de soi-même, est mécontent des autres’ et du monde, et naturellement enclin à voir le mal qui existe dans l'univers. Et cette opposilion de caractère aboutit à deux conceptions opposées, en dépit de profondes analogies.

Ces analogies se ramènent aux quatre Lhèses suivantes :

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{° le monde sensible n'existe pas indépendamment de l'esprit qui le pense ; > sous ce monde sensible subsiste une réalité qui le fonde, la volonté, et une volonté une : 3° la représentation est au service de la volonté dont elle éclaire les dé- * marches ; 4° le sujet connaissant est en soi volonté, et la volonté est incommensurable à la représentation.

Les dillérences d'autre part peuvent se distinguer en deux groupes, les unes tenant à l'influence de la philosophie traditionnelle, les autres avant leur origine dans la diversité d'âme des deux penseurs.

1° Du point de vue de la connaissance, la représentation chez Berkeley est une action exercée par l'âme divine sur les âmes particulières et finies. Elle est done produite par : là volonté divine, et l'idée de causalité appliquée à la production de nos sensations en nous a la valeur d'une intuition métaphysique. Chez Schopenhauer, au contraire, la représentation est l'objectivation de la volonté, la manière don la volonté s'apparaît à elle-même. Or ce mode d'apparition implique les formes a priori de la connaissance, temps, espace, causalité. L'idée de cause est donc une catégorie de l'eutendement. Sur ce point, Schopenhauer demeure asservi aux formules de la philosophie critique. Il emprunte sa conception à la doctrine kantienne comme Berkeley emprunte

là sienne à la philosophie traditionnelle. Mais l'un et l'autre -

penseur ne subissent l'influence de la philosophie de leur temps que parce qu'elle se trouve en harmonie avec leurs propres intuitions, elles-mèmes en rapport avee les dispositions intimes de leur âme. Cest ce qui ressorPde l'examen mème qui VR Suivre.

2 Du point de vue de l'être, la volonté qui fonde la reprèsentalion est divine chez Berkeley. done absolument boune, tandis que chez Schopenhauer elle est foncièrement mauvaise, Cette divergence radicale qui exprime l'opposition de earacière des deux philosophes modifie entièrement leur conception du monde.

Aux yeux de ce désabusé qu'est"Schopenhäuer, le monde n'est qu'une mauvaise farce, tandis qu'ilest pour Berkeley une création merveilleuse, Chez Berkeley, en effet, la représentation résulte de la volonté divine ; elle est soumise au dessein divin, qui est d'éclairer et de provoquer les démarches de la volonté humaine, Elle constitue un langage que l'Esprit infini parle aux esprits finis pour leur permettre de remplir leur rôle dans l'univers ; comme telle, elle constitue le lien qui unit les hommes, elle est la conditon nécessaire de la société des esprits. A tous ces points de vue, elle possède un caractère d’incontestable réalité, et ce n'est pas sans raison que Berkeley insiste à chaque instant sur laccord de sa doctrine avec les croyances du sens commun.

Chez Schopenhauer, au contraire, la représentation n'est qu'une illusion. Asservie aux formes à priori de la connaissance, elle ne nous laisse pas apercevoir la réalité telle qu'elle est, c'est-à-dire comme une volonté une, mais elle morcelle le monde en individus distincts en opposition perpétuelle les uns avec les autres. Au lieu d’être le lien des esprits, comme chez Berkeley, elle est au contraire ce qui les divise, étil faut échapper à l'illusion de la représentation pour retrouver, sous la diversité phénoménale, l'identité de la volonté primordiale, Le caractère illusoire du monde phénoménal dérive donc ici directement du pessimisme. En effet, la représentation est soumise aux formes « prior de la connaissance, c’est-à-dire à la structure même du cerveau, qai n’estlui-même que l'objectivation de la volonté de penser. La volonté mauvaise en soi produit ainsi, par sa toute-puissance, l'illusion qui la porte à se déchirer elle-même, dans l’innombrable multitude des individus.

Pour Schopenhauer l'être réel (la volonté) transparaît dans la représentation (force de la pesanteur, affinités chimiques, instinct de la plante et de l'animal, volonté humaine). Pour Berkeley la volonté divine ne s’objective pas dans la fe-

6 LA PHILOSOPUIE DE RÉRRREET >

présentation, La représentation demeure en ellet purement passive. La pesanteur, par exemple, n'est pass 1 manifestation de Ia volonte divine, mais une pure sensation passive de mouvement perou où de résistance éprouvée, l'est qu'on effet, pour Schopenhauer, la volonté qui est en nous et là volonte qui est hors de nous sont identiques, tandis que è hes Berkeley elles sont différentes, appartenant à des êtres distinets, L'individualisme anglais s'oppose au panthéisme

germanique, Mais le panthoisme germanique, comme l'indi:

vidualisme anglais, se transforment et se colerent en foneon des dispositions originales des deux philosophes, Berkeley, en distinguant Dieu des êtres créés, passdie un profond sentiment de l'unité du monde qui lui permet de retrouver à quelques éganis un reflet de sa propre pensée dans le Fv x ra des anciens Sohopenhaner, enadmettantl'unité fondamentale des êtres, se défend d'être panthéïiste, Le ‘Ey rai Rav chez lui n'est pas le Rav êse !

L. Le morde comme males, Kppièments ex, trad, Bordes, +. HR + SE SR SE

PREMIÈRE PARTII Le systéme,

Point de départ du système : il n'existe dans l'esprit ni idées nbetraites, ni idées générales abstraites — mais seulement des idées particulières qui acquièrent une signification générale, — Addition faite à cettethéorie dans la deuxième édition des Principes ; #a portée : caractère positif et absolu reconnu en fait aux notions universelles, — Comparaison avec Platon, — La notion et l'idée : importance de l'élément actif. Les relations sont des notions, Comparaison avec Kant, Preuve de la vérité de cette interprétation de la doctrine : conception pragmatique AA ONCE NT RU OP OU RE EST PIED 5

Conséquencés en ce qui concerne l'évolution présumée du nominaligme, : D'après Maxime David, Berkeley aurait évolué, 19 11 est nettement sensualiste dans Le Commonplace Book, 2 La distinction des idées et des notions n'apparaît qu'en 17.34, 30 La Siris est nettement platonicienne, 49 La suppression de la critique des idées abstraites dans la édition de V'Alciphron. — Réponse à ces arguments, 1° La doctrine desnotions, à défaut du mot, existé dans le Commonplace Book. et des tendances opposées y coexistent. —20 La distinction desidées et des notions n'entraîne l'abandon du nominalisme — ni en fait, ni en droit, Vrai sens de la théorie, [1 n'y à dans notre esprit que des intuitions.

3 L'idée platonicienne selon Berkeley: elle n'est pas l'idée abatraite au sens moderne, - Æxamen de cette conception : l'idée platonicienne n'est ni indéterminée, ni contradictoire, ni sans rapport avec le réel, — File est de plus universelle, — Que la théorie de Berkeley impliquait Va conception platonicienne de V'idée. — (ju'en fait son nominalisme s'accorde avec le réalisme de Platon, Les hypostases #e caractérisent comme les idées platoniciennes par la pureté sans mélange, + En quoi Berkeley s'écarte de Platon, de Kant et de Malebranche ; #a théorie de l'espace géométrique. - La conception de l'universel est active, non passive. — 49 La modification apportée 3 l'Alciphron n'a pas le sens qu'on lui attribue : La critique des idées abotraties formait un hore-

d œuvre. dans la discussion. Preuve par l'analyse du dialogue. Autre preuve : certains arguments de l’Alciphron (libre arbitre, grâce) font appel à l’inexistence des idées abstraites. — Résumé et conclusion. En quoi Berkeley peut être dit nominaliste, conceptualiste et réa- TS EE NT RE AK RTE 5 13

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