‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 171 sur 181 · THÉORIE DE LA VISION · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LA VISION

$ 1. — La distance, la grandeur, la situation.

a) Distance. — Explication scientifique dela perception de la distance par les angles visuels et les rayons lumineux. — Elle repose sur des rapports nécessaires. Critique. La distance dans cette hypothèse n’est pas perçue en elle-même. Elle ne l’est pas non plus par l'intermédiaire d’une autre idée. Or il faut qu'invisible en elle-même, elle soit suggérée par une idée. En fait, les idées qui nous la suggèrent sont : 10 les sensations musculaires inhérentes au mouvement des yeux ; 20 le degré de clarté ou de confusion de l’objet; 3° toutes autres circonstances que l'expérience nous à habitués à associer avec la distance tactile. — Qu'on ne

voit pas à distance. — Critique du langage commun. Exemple de la lune. La distance n'est pas l'objet propre de la vue : elle est suggérée. Exem-

ple de la voiture qu’on entend s'approcher. Données médiates et données it eds es LUE CE RO MN RE 2 Fe

b) Grandeur. — Explication scientifique (angle sous-tendu.) — Même eritique que plus haut. Il existe une grandeur visible et une grandeur tangible définies par le nombre de minima visibilia où tangibilia qu’elles comprennent. Grandeur tangible invariable prise pour étalon. Plus importante pour nous que la grandeur visible. Minimum visible égal pour tous. Minima visibilia toujours en nombre égal. Connexion du tangible et du visuel purement empirique. . . . . . , . nl

c) Vision droite. — Explication scientifique. Rétablissement de l'image par le rapport de chacun des points de l'image peinte au fond de l’œil à chacun des points de l’objet contemplé. — Critique : 1° schéma trop compliqué pour enfants, idiots ou ignorants, qui jugent pourtant de la situation sans difficulté. 20 Nous n'avons aucune consciene des rayons visuels ou lumineux invoqués comme principes d'explication. — En réalité, toutes notions relatives à la situation sont dues au toucher. — Rôle du mouvement des yeux. Objection. Ne peut-on juger de la situation par le rapport qui existe entre les parties ? Réponse. Les parties ne sont distinguées et définies qu'en fonction du toucher, aucun rapport n’existant entre les parties visibles et les parties tangibles. Figure, grandeur, nombre, ne peuvent nous renseigner. — Analyse de la difficulté éprouvée : elle résulte d'un manque de réflexion : problème mal posé. Elle se dissipe quand 6n cesse de confondre les données du

toucher, et celles de la vue. — Origine de notre erreur. Confusion établie entre la perception de l'homme qui contemple l'objet et celle du spectateur qui regarde dans les yeux de cet homme. . . . 81

Fond de l'argumentation de Berkeley. Les physiciens se représentent faussement les rapports de l'univers tangible, de l’image peinte au fond de l'œil et de la perception de l'objet. En effet, 1° perception et image appartiennent à deux sujets différents, et dès lors le problème posé est absurde. Le physicien impersonnalise à son insu l’état de conscience ; 2° perception et image sont des états passifs, donc contingents. Aucune relation causale ne peut les unir. — Immatérialisme et volontarisme soat ici soli-

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£ 2. + [étérogénéité de la vue et du toucher.

Il n'existe pas d'idées d’étendue, de figure ou de mouvement communes à la vue et au toucher. 19 La lumière et les couleurs sont les seuls objets immédiats de Ja vue. Donc l'étendue visible et l'étendue tangible sont hétérogènes. 2° Figures visibles et figures tangibles sont également hétérogènes, étant quantités qui ne s addilionnent point. #0 Le mouvement absolu n'existe pas. — On désigne par le même nom ces choses hétérogènes en raison de leur association constante. Ex. : carré visible et carré

tangible, etc. L'aptitude des figures géométriques visibles à représenter les tangibles vient de ce qu’elles contiennent un nombre égal de parties distinctes et non d’une analogie de nature. La facilité à les confondre vient : 1°de leur association constante ; 2° de ce que l'étendue et le toucher peuvent offrir un grand nombré de sensations distinctes simullances, 9 Ce ca) RSR TL CT AE TE

$3. — L’étendue géométrique.

Difficultés soulevées par la théorie des mathématiques. — L'espace des géomètres et l’espace berkeleyen. — Solution. 1° Réponse à l’objection tirée de la clarté de la géométrie. Les figures visibles changeantes et relatives ne peuvent être l’objet de la géométrie : elles sont les signes de figures tangibles invariables. — Preuve : un homme dont la vue serait parfaite, mais qui serait privé du sens du toucher, ne pourrait avoir aucune idée de la géométrie dans l'espace — ni de la géométrie plane fe CR NE PET ALTO SES 0 CU lle RTL

S4. — Rapport de la théorie de la vision à l’ensemble du système.

1. Partie négative. Critique : 1° La théorie classique explique le conscient par ce dont nous n'avons aucune conscience, — par de pures abstractions. 20 Elle présente comme nécessaire ce qui est contingent. Or : 1° le visuel et le représenté n'existent que dans l'esprit ; 20 les rapports des phénomènes sont contingents (rapport de finalité et non de causalité). Et ainsi la théorie classique implique: 10 l'existence métaphysique de l'espace ; 20,la causalité efficace dela matière. . . . . . . 93

Il. Partie positive. L’explication de Berkeley, purement psychologique, est d'accord avec les principes essentiels du système. Toute la réalité étant . de percevoir ou d'être perçu, l'apparition d’un fait de conscience ne peut avoir sa raison d'être que dans un autre fait de conscience ou dans un être conscient. Donc: 1° explication phénoméniste : retour aux données immédiates de la vision, associations équivalant à l'intuition ; 2c explication substantialiste : rapport de finalité substitué au rapport de causalité. La métaphysique complète la psychologie. PÉTER 95

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