‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 19 sur 181 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'IMMATÉRIALISME.

La croyance à l'existence d'idées générales abstraites doit son origine au langage. On s’imagine qu'à chaque mot déterminé est attachée, une fois pour toutes, une idée abstraite qui en est l’unique signification !.

Pour éviter les inconvénients qu’entraine la croyance aux idées abstraites, il faut donc se défier du langage et prendre garde, avant tout, de se payer de mots. Aussi Berkeley se propose-t-il d'envisager les idées en elles-mêmes, en laissant de côté, autant qu'il est en son pouvoir, les noms qui leur sont communément associés. Attitude intellectuelle qui lui permettra d’abord d'échapper aux controverses purement verbales et ensuite de se libérer des abstractions. Il reviendra donc à l'intuition directe, qui estinfaillible. Car aussi longtemps qu'il considère ses propres idées, dépouillées des mots, il n'a affaire qu’à des objets qui lui sont adéquatement connus. « Je ne puis me tromper en pensant avoir une idée que je n'ai pas », non plus qu'en jugeant de la différence ou de la ressemblance, de l'accord ou du désaccord de mes idées. Pour voir si une idée est réellement incluse dans une idée complexe, je n'ai besoin que de faire attention à ce qui se passe dans mon propre esprit 2.

C'est cette méthode que Berkeley applique dans sa critique de l’idée de matière. On donne le nom de matière à une substance distincte de l’esprit et existant hors de l'esprit.

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