‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 20 sur 181 · Prine , introd · texte numérisé non relu

Prine , introd

L'IMMATÉRIALISME 31

Mais monintuition ne me révèle rien de tel. Les objets de ma connaissance sont d'abord des idées fournies par les sens ou formées par la mémoire et l'imagination, qui ne font d’ailleurs que reproduire ou combiner diversement les données des sens ; outre les idées, je connais quelque chose qui percoit les idées, et en même temps qui se livre sur elles à diverses opérations, comme vouloir, imaginer et se souvenir. U'estce que j'appelle la conscience (mind), l'esprit (spirit), l'âme (soul) ou le moi (myself) 1.

Comme les idées s’accompagnent souvent l’une l'autre, nous donnons un nom aux groupes qu'elles forment ainsi, et nous disons de chacun de ces groupes qu'ilest une chose : par exemple, un livre est une collection d'idées, c’est-àdire de sensations de couleur, de poids, de résistance, etc. Or, lorsque je dis qu'une chose de ce genre existe, je veux dire qu'elle est perçue. Si j'écarte le mot, pour ne voir que ce qu il signifie, il est absolument évident pour moi que la chose sensibie et la perception de cette chose ne fontqu'un. Le mot existence, en effet, a deux sens, et deux sens seulement : appliqué à l'esprit, il veut dire percevoir ; appliqué aux idées des sens, il veut dire être percu. L'existence, séparée du fait de percevoir (ou de vouloir) et du fait d’être perçu, est une de ces idées abstraites dont l'impossibilité a été établie, C’est se contredire et se payer de mots que d'admettre « une notion d'entité ou d'existence » abstraite de l'esprit et de lidée ?.

« Cest, il est vrai, une opinion étrangement dominante parmi les hommes, que les maisons, les montagnes, les rivières, tous les objets sensibles, en un mot, ont une existence naturelle ou réelle distincte du fait qu'ils sont perçus par l’entendement. » Mais cette conception d'un monde sensible existant sans être percu n'est au fond qu'une idée

1Prine antrode, 081502:

2, Ibid., K 4-7, 81.

De LA PHILOSOPHIE DE BERKELEY

abstraite, « car peut-il y avoir un procédé d’abstraction plus subtil que de distinguer l’existence des objets sensibles d'avec le fait d’être percus, de manière à les concevoir exislantnon perçus! ?» L'existence et la perception ne font qu'un : QC Il y aeu une odeur, cela veut dire : une odeur à été pereue ; il y a eu un son, il a été entendu ; une couleur, une figure, elles ont été perçues par la vue et le toucher ? » . Comme il est impossible de voir ou de sentir quelque chose sans en avoir une sensation effective, il est pareillement impossible de concevoir une chose sensible ou un objet distinct de la sensation ou perception qu'on en a*. Ce qui est conçu est nécessairement dans l'esprit ; donc on ne peut rien concevoir indépendamment de l'esprit ; l'idée d’une chose conçue indépendamment de l'esprit est contradic- toire #.

Cette critique de l’idée de matière implique deux thèses. Thése subjectiviste : les qualités sensibles sont subjectives, en d’autre termes sont les manières d’être du sujet sentant. Thèse phénoméniste : les corps que nous percevons ne sont pas autre chose que ces qualités. C’est à vérifier ces thèses dans le détail que Berkeley va maintenant s'appliquer. A vrai dire, l'exposé seul de ces thèses est décisif : leur vérité est connue par intuition ; une simple réflexion sur les données immédiates de nos sens suffit à nous en assurer. Mais Berkeley ne veut laisser aux esprits aucune possibilité de doute : et dans son ardeur de convaincre, il tourne et retourne la question sous toutes ses faces, va au-devant de toutes les objections. Il établira donc sa première thèse, en .montrant que toutes les qualités sensibles sont relatives au sujet sentant. Il établira la seconde, en montrant l’impossibilité d’une substance matérielle.

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