Principles, K
2 Ibid., $ 3. \ GE NL SE
4 Dialogues entre Hylas et Philonous (premier dialogue).
1 IMMATÉRIALISME 3
S 1. — Subjectinite des qualités sensibles.
Les philosophes antérieurs, Descartes en tête, à sa suite Malebranche et Locke, avaient distinguédans la matière deux sortes de qualités :les qualités premières, étendue, figure et mouvement, qui existent en soi ; les qualités secondes, couleur, saveur, odeur, etc., qui n’ont pas d'existence en dehors de l'esprit el sont produites par les mouvements de la matière agissant sur les organes de nos sens. Que les qualités secondes n'aient point d'existence hors de l'esprit, c’est ce qu'on peut démontrer par trois raisons : 4° elles sont accompagnées de plaisir et de douleur. Or le plaisir et la douleur qui accompagnent nos sensations ne forment avec elles qu’un seul et même état de conscience. La chaleur et la douleur d’une brülure sont perçues toutes deux dans une indivisible intuition. Une sensation de chaleur augmentant d'intensité finit par devenir douloureuse au point de ne plus se distinguer d'une espèce particulière de douleur. Or le plaisir et la douleur sont subjectifs. Donc les sensations elles-mêmes sont subjectives. 2° Toutes les qualités secondes sont relatives. La couleur que je vois sur un nuage varie avec la distance. Le microscope nous fait voir les objets d’une couleur différente de celle qu'ils ont quand on les observe à l'œil nu. Le même objet revêt des teintes différentes suivant que nous le voyons à la lumière d’une bougie ou au grand jour, et ainsi de suite. Il en va de même pour les autres sensations. La même eau paraît chaude et froide en même temps, si l’une des mains que nous y plongeons est froide et l'autre chaude, etc. 3° Les qualités secondes sont immédiatement perçues par les sens, et comme telles ne peuvent exister que dans l'esprit. Il est en effet contradictoire d'admettre l'existence de sons qu'on n’entend point, de couleurs qu’on ne voit point, d'odeurs qu'on ne sent, point, et ainsi des autres.
Maintenant tous les arguments qui valent contre lexistence indépendante des qualités secondes valent aussi contre les qualités premières.
{ Les qualités premières ne nous sont jamais données indépendamment des qualités secondes, et ne peuvent être congues sans elles !. L’étendue visible n'existe point sans la couleur, et sans elle ne peut être imaginée. L’étendue tactile n'existe pas davantage, et ne peut être imaginée non plus sans la résistance ?. L'espace vide ne peut être conçu sans le mouvement de mon corps, car en disant que l’espace est vide, j'entends par là que mon corps en se mouvant ne rencontre aucune résistance *. La figure et le mouvement sont d'ailleurs inséparables de l’étendue : ils doivent donc disparaître avec elle, comme l'étendue elle-même disparait avec les qualités secondes dont elle est inséparable #. L’argumentation de Berkeley est ici toujours la même. Qualités pre- mières et qualités secondes sont perçues ensemble, ne forment par conséquent qu'un seul et même état de conscience, sont saisies dans la même indivisible intuition. Prétendre isoler les unes des autres, pour se les représenter à part, c'est retomber dans l'erreur précédemment signalée des idées abstraites.
2° Les qualités premières sont tout aussi relatives que les qualités secondes. Considérons en effet l'étendue. D'abord elle varie en fonction du sujet percevant : ce qui est grand pour la mite est petit pour l'éléphant. Ensuite elle ne saurail être considérée comme une propriété réelle des objets. Aucune propriété réelle, en effet, ne peut être modifiée sans quelque modification de l’objet auquel elle est inhérente. Or, selon qu'on s'approche ou qu'on s'éloigne d'un objet, son