Prince
L'IMMATÉRIALISME 37
de l’espace quand nos mouvements se font librement {. L’argumentation est dans son fond toujours la même. Toute l'existence des choses consiste à être perçues, et dès lors la perception est un absolu. Les qualités premières comme les qualités secondes sont perçues par nous. Or une perception ne peut exister indépendamment de l'esprit qui l’éprouve. Donc les qualités premières n'existent pas, sinon dans l’esprit qui les perçoit. Il n'y a aucune différence à cet égard entre les qualités premières et les qualités secondes. ;
Quant à considérer les qualités secondes comme dérivant des qualités premières, il n'y faut pas songer et la distinc- Uon, que les cartésiens fondent sur ce rapport de causalité, nest pas plus valable. Pour les cartésiens, en effet, les mouvements des différentes parties de l'étendue produisent en nous les sensations d’odeur, de saveur, de couleur, etc. Mais, ici encore, la distinction est inadmissible entre des qualités qui seraient productrices et d'autres qui seraient produites. On ne peut supposer que l’étendue, qui est une idée, soit cause de quoi que ce soil, car toute idée est une modification passive de l'esprit, et par conséquent inactive ?. C'est toujours la même argumentation, quoique l’applicalion qui en est faite y soit nouvelle. Tout ce que nous percevons, y compris l'étendue, n'est qu'une modification de notre esprit. Mais Berkeley précise ici que cette modification est passive.
A la lumièredes considérations qui précèdent, nous sommes en mesure de déterminer les rapports de l’immatérialisme de Berkeley et de son nominalisme.
L'immatérialisme de Berkeley dérive de sa théorie de l'abstraction. C’est sur sa théorie de l’abstraction qu'il s’appuie à chaque pas de son argumentation quand il essaye de démontrer sa thèse dans le détail, c’est-à-dire en l'appli-