Commonplace Book, p
je crois, la pensée de Berkeley, en disant que les idées divines sont essentiellement des intentions. En somme, dire que Dieu a les idées des choses revient à dire qu’il agit avec la conscience de ce qu’il fait. Comme la connexion des signes avec les choses signifiées est constante, comme la nature constitue un discours suivi, parfaitement apte à guider l'homme dans ses démarches, nous sommes induits à penser que la cause de nos sensations n’est pas seulement une cause libre, mais une cause intelligente. A ; Une fois admis que loute cause est volonté, Berkeley devait donner pour cause à l’univers perçu une volonté assez puissante pour agir sur tous les esprits finis, assez durable pour agir avec continuité, assez bonne pour agir en vue de leur bien, assez intelligente pour agir d’une manière constante et selon des lois générales. Il n'était pas obligé sans doute d'admettre une cause infinie, éternelle, absolument bonne et omuisciente, et à cet égard les arguments de Kant contre les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu conservent toute leur valeur. Mais il était sur le chemin qui mène à une telle conception, et persuadé d'avance de. l'existence de Dieu, il était naturel qu’il identifiât cette cause très puissante, très durable et très prévoyante avec la notion de la cause infiniment puissante, éternelle et parfaite qu'avait mise en lui une religion de la vérité de laquelle il ne doutait point. Il ne se mettait point ainsi en opposition avec son empirisme subjectiviste. Le besoin d'expliquer l'accord que manifestent les différents hommes au sujet des sensations qu'ils éprouvent et qui leur permet de connaître mutuellement leur existence et d'agir les uns sur les autres en se situant pour ainsi dire dans un seul et même univers, était en effet d’autant plus fort que la relativité ét la subjectivité des sensations étaient elles-mêmes mieux démontrées. En établissant .
1. Critique de la raison pure, dialectique transcendantale, liv. IE, ch. nr,
sect. 6. Cf. Hume : Essai sur l’entendement humain, XIe essai (trad. Renouvier et Pillon. p. 536 et suiv.).
que les phénomènes du monde sensible n’ont d'existence que pour autant qu'ils sont perçus, Berkeley se mettait dans la nécessilé d'expliquer la constance qui se manifeste dans les lois de leurs apparitions. D'autre part, il faisait de lanature visible le signe de la nature tangible, et dès lors l'appropriation de ce système de signes aux besoins de l'action humaine révélait dans la nature une finalité d'autant plus apparente que les sensations étaient elles-mêmes plus covtingentes dans leurs rapports. La notion d’une cause unique, infinie et libre, Dieu, résolvait d'un seul coup tous les problèmes.
Cette cause unique faisait l'unité du monde, était le principe de là communion des différents hommes se percevant en un seui et même univers, le principe de la cité des esprits et de l'harmonie aussi bien physique que morale du monde. Berkeley était ainsi conduit à voir ên elle le Bien ‘et l'Un (x0 &y xai 70 ayuÿoy) 1, Toute la nature avait dès lors un arrière-fond surnaturel. Le monde possédait une âme, et Berkeley pouvait souscrire à la formule d’Aristote, reptéyet 70 Daioy ray Gay cüouw ?. L'admiration sincère de Berkeley pour la nature et sa tournure d'esprit poétique, visibles dans les Dialoques d'Hylas et de Philonous, devaient le porter, tout autant que ses croyances religieuses, à une conception de ce genre. La théorie du monde système de signes préparait les vues mystiques de la Siris.
1. Le bien produit naturellement la concorde (Siris, $ 342). . 2. Aristote, Métaphysique, NII, 1.074, B.