‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 49 sur 181 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

Théorie de la vision.

$ 1. — La distance, la grandeur, la situation.

L'essai sur la vision estde 1709, et le Commonplace Book, écrit de 1705 à 1708, nous fournit la preuve qu'à ce momentlà Berkeley étail'déjà en possession de ses idées relatives à la matière. Ainsi, quoique le problème de la matière ne soit - point abordé dans la Théorie nouvelle de la vision, les idées directrices de l'ouvrage n'en rentrent pas moins dans le système général de la pensée berkeleyenne, et il convient dès lors d’en intercaler l'analyse dans l'analyse générale du système. ;

Berkeley s’y propose de montrer : 1° comment nous percevons par la vue la grandeur, la distance et la situation des objets; 2° en quoi consiste la différence qui existe entre: les idées de la vue et celles du toucher, en recherchant s’il y a quelque idée commune aux deux sens.

a) La distance.

‘On explique scientifiquement la perception de l'éloignement des objets, soit par l'angle des axes optiques, soit par la divergence des rayons lumineux. Dans le premier cas, on fait observer que deux lignes droites, partant respectivement du fond de chacun de nos yeux et allant se réunir par leur

LE RAPPORT DE DIEU ET DES ESPRITS 7 lo)

extrémité sur l'objet, foru ent entre elles un angle d'autant plus aigu que l’objet est plus éloigné, et d'autant plus ouvert que l'objet est plus proche. Dans le second cas, on constate que les rayons lumineux provenant de l’objet visible pour arriver sur notre pupilledivergent d'autant plusque l'objet est plus près, et d'autant moins qu’il est plus éloigné. Mais dans les deux cas, le rapport qui existe entre l'éloignement de l’objet et l'appréciation -de l'éloignement est un rapport nécessaire, et l'expérience n'intervient en rien dans la perception de la distance !.

Or, selon Berkeley, c’est au contraire l'expérience seule qui nous mel en état d'obtenir cette perception. :

Une idée ne peut être perçue que de deux manières : ou immédiatement, c'est-à-dire par elle-même, ou médiatement, c’est-à-dire par le moyen d’une autre idée, Ainsi quand je vois une personne rougir de honte, la rougeur est perçue immédiatement, en elle-même, mais la honte est imaginée par l'intermédiaire de la rougeur que l'expérience m'a montrée associée au sentiment de la honte. Or les physiciens euxmêmes reconnaissent que la distance n’est pas perçue en elle-même; car étant une ligne qui unit directement l'œil à l’objet visible, elle projette sur le fond de l'œil un point unique qui demeure le même constamment, que l’objet soit proche ou lointain ?. D'autre part, elle n’est pas non plus perçue par l'intermédiaire d’une dée, puisque dans l’acte de la vision, nous n'avons aucunement conscience des lignes et des angles invoqués comme principes d'explication. L'idée de la distance serait donc perçue immédiatement, par l'intermédiaire de choses qui ne sont point perçues du tout. Mais une lelle hypothèse est absurde. Des lignes et des angles que je ne perçois pas ne peuvent servir à introduire dans mon esprit l’idée de la distance. Et ce qui donne plus de force

À new theory of vision, X 5.

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