Ibid
partie qui le supporte et vers laquelle gravite son corps, et en conséquence il juge être basses les choses proches de la terre, et hautes celles qui en sont éloignées.
Le haut et le bas se définissant ainsi par leur éloignement par rapport à la terre impliquent la notion d’éloignement ou de distance que la vue par elle-même serait impuissante à nous donner. Si donc notre aveugle-né vient à recouvrer la vue, tant qu'il n'aura pas associé par expérience les données de la vue et celles du toucher, l’objet de sa vision, uniquement constitué par une diversité de lumières et de couleurs, sans aucune notion de distance ou d’éloignement, ne comportera ni haut, ni bas, ni droite, ni gauche. Par conséquent, les objets visibles ne seront pour lui ni droits ni renversés. Avant d’avoir recouvré la vue, il est capable de percevoir un homme dans la position verticale, car il reconnait par le toucher que l'ensemble des sensations tactiles qu'il appelle terre est contigu à l’ensemble des sensations tactiles qu'il appelle pieds, et que l’ensemble des sensations tactiles qu'il appelle tête est éloigné de la terre tangible ; en conséquence il peut dire que la station de l'homme est droite. Mais que la vue lui soit rendue, il ne pourta dire si l’homme visible est droit ou renversé, parce que les mots haut, bas, droite, gauche, droit ou renversé, n’ont de sens pour lui que par rapport aux sensations tactiles !.
Au contraire, quand il aura remarqué qu'én tournant les yeux en haut, en bas, à droite, à gauche, ses sensations visuelles changent, et qu'il aura appris à associer celles-ci à celles du toucher, il appellera haut la partie du champ de sa vision qu'il voit en levant les yeux, et bas celle qu’il voit en abaissant ses regards. Or, comme en levant les yeux, il aperçoit plus distinctement les objets qui se peignent sur le bas de sa rétine, et qu’en les baissant ce sont au contraire les
objets peints sur le haut de sa rétine qui deviennent plus