‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 58 sur 181 · Theory of vision · texte numérisé non relu

Theory of vision

nes, il en résulte que les premiers sont pour lui les plus élevés, les seconds les plus bas.

On objectera que la tête, le tronc, les pieds de l’homme et la terre elle-même étant perçus par la vue, on peut, par la vue.seule, juger que les pieds sont plus, rapprochés de la terre que le reste du corps, et en conséquence discerner par la vue seule si un homme est droit ou renversé, Mais c'est oublier que pour un homme réduit aux données immédiates de la vue, il n'y aurait rien qu'il pût nommer pieds, tronc, tête, ni terre, attendu que les idées qui constituent la terre et l'homme visibles sont entièrement différentes de celles qui constituent la terre et l’homme tangibles. [| ne pourrait donc discerner, par la vue seule, si ce sont les pieds ou la tête qui sont le plus près de terre, et n'aurait mème aucune idée de la terre ou de l'homme, droit ou renversé 2,

Ce que je vois n’est rien qu'une diversité de lumière et de couleurs, Ce que je touche est dur on mou, âpre ou poli, froid ou chaud, rude ou doux au toucher. Entre ces deux catégories d'idées, il n'existe aucune espèce de ressemblance. On ne pourrait donc donner le même nom à des choses si différentes, si l’on n'avait pas expérimenté leur coexistence. ‘Entre une couleur et une sensation tactile, aucune connexion nécessaire n'existe. À un homme réduit aux pures sensations visuelles, les couleurs de la tête ne suggéreraient pas plus l'idée de la tête que celle des pieds.

- La grandeur visible ne serait pas plus apte à lui suggérer la grandeur tangible, non plus que la figure qui est une terminaison de la grandeur. Figures et grandeurs visibles sont en effet d'un autre ordre que les figures el grandeurs tangibles, etc'est l'expérience seule qui nous apprend à les associer, et par conséquent à les désigner par les mèmes mots.

Theory of vision, $ 97-100.

Ibid., $ 101 et 102.

Ibid., $ 103.

Ibid , $ 104 et suiv. .

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Enfin le nombre des objets perçus par la vue ne peut être ; cinon plus d'aucun secours. On pensera peut-être qu’apercevant deux pieds, deux mains, une tête, laveugle-né qui vient de recouvrer la vue, identifiera les nombres perçus par la vue avec les nombres perçus par le toucher. Mais c'est encore une illusion, car entre le nombre visible et le nombre langible il n'existe aucune connexion nécessaire. — En effet, un même objet peut êlre divers pour la vue, un pour le toucher : c’est le cas d’une peinture qui présente à l'œil une diversité de couleurs touten n’offrant au toucher qu’une surface uniforme. Il n’y a donc aucune connexion nécessaire entre le nombre visible et le nombre tangible. — Le nombre, d’ailleurs, résulte d’un acte de l'esprit qui constitue ses sensations en groupes définis, conformément à ce que l'expérience lui a montré être le plus convenable, en sorte qu'un aveugle-né qui viendrait à recouvrer la vue ne distribuerait pas ses sensations visuelles comme nous faisons les nôtres et ne distinguerait pas par suite deux mains, une tète, deux pieds, dans la représentalion visuelle qu’il aurait d’un homme. Il Serait incapable d'ordonner en combinaisons distinctes les idées offertes ensemble à sa vue, jusqu’à ce qu'ayant observé, les mouvements de l’homme, et fait toutes sortes d'expériences à son sujet, il fût devenu en état de connaître celles qu’il doit associer entre elles, et celles qu'il doit séparer !.

La difficulté qu'on éprouve ici gît dans le fait que la tête, qui est peinte le plus près de la terre, semble en être en réalité le plus éloigné, tandis que les pieds, qui sont peints de plus loin sont jugés en être le plus près. Mais cette difficulté s’évanouit, dès que nous exprimons la chose en ces termes clairs et libres de toute ambiguïté : « D'où vient que pour l'œil, la tête visible, qui est le plus près de la terre tangible, semble être le plus éloignée de la terre, et les pieds visibles, qui sont le plusloin de la terre tangible, semblent le plus près :

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