Voir ci-dessus, [re partie, ch. 1v
S 2. — Hétérogénéité des sensations de la vue et de celles du toucher.
L'extension, les figures et les mouvements perçus par le toucher sont spécifiquement distincts de l'extension, des figures et des mouvements perçus par la vue ‘. Cette thèse est la conclusion qui se dégage de toute l'argumentation de Berkeley, mais il y attache tant d'importance, qu'il entreprend de la démontrer à nouveau. On peut résumer ainsi sa pensée :
1° La lumière et les couleurs ne peuvent être perçues par le toucher. Or elles sont le seul objet immédiat de la vue. Il ne peut donc y avoir d'idée commune aux deux sens ?. Si l’on parle de l'étendue comme d’une idée de ce genre, c’est qu'on suppose tacitement qu'on peut la détacher de toutes les qualités sensibles, et en former ainsi une idée qui serait commune à la fois à la vue et au toucher. Mais il nous est impossible de former une idée de ce genre, l'étendue dépourvue de toute qualité sensible étant une idée abstraite irreprésentable *.
2° Les figures tangibles et les figures visibles ne sont pas davantage homogènes, car on additionne les choses homogènes el il est possible d'ajouter une ligne bleue à une ligne rouge pour obtenir une longueur continue. Mais on ne peut pas plus ajouter une figure tangible à une ligne visible qu'additionner des lignes et des surfaces f,
3° Le mouvement absolu n'existe pas. Ce n’est qu’une idée abstraite, irreprésentable. Un mouvement possède toujours une direction déterminée. Il se produit d'avant en arrière, de bas en haut, de droite à gauche, etc. Le mobile monte ou descend, se rapproche ou s'éloigne. Or les notions de haut, de bas, de droite, de gauche, de loin ou de près,