Theory of vision
nous sont données par le toucher et non par la vue. Un aveugle-n6 dont les yeux viendraient à s'ouvrir à la lumière ne les posséderait point, et en conséquence n'aurait aucune idée de mouvement.
On objectera que si l'extension et les figures visibles n'ont rien de commun avec celles du toucher, on ne s'explique point comment il se fait que les hommes de tous les temps et de tous les pays se soient accordés à les désigner par le même nom. Berkeley répond qu’on appelle aussi du même nom le carré tangible et le mot de deux syllabes par lequel on le désigne. Le carré tangible et le mot «carré » sont pourtant des choses absolument différentes. On désigne par le même nom le signe et la chose signifiée. Or le visible est le signe du tangible ; il lui est constamment associé, comme le son du mot à l’image qu'il suggère. [l est donc naturel que les mêmes noms soient applicables aux figures visibles et aux figures tangibles ?.
* On insistera en disant qu'un carré visible est plus apte à représenter un carré tangible que ne le serait un cercle visible : en effet, le cercle offre à la vue comme au toucher une ligne uniforme et continue, tandis que le carré présente des angles qui sont égaux en nombre et en grandeur pour le toucher comme pour la vue. Berkeley reconnaît qu'un carré visible est en effet particulièrement apte à représenter un carré tangible, en ce sens que l’une et l’autre figure contiennent un nombre égal de parties distinctes. Mais cette égalité en nombre n'implique point la similitude en nature des parties. Les figures visibles représentent les figures tangibles comme les mots écrits représentent les sons. Une voyelle est apte à représenter un son unique, une combinaison de plusieurs consonnes et de plusieurs voyelles est nécessaire pour représenter un mot de plusieurs syllabes. Personne ne dira pourtant que les lettres visibles du mot écrit