Theory of vision, K 150 et suiv
pas davantage comment le géomètre trace une ligne ou décrit un cercle, puisqu'il n’aurait aucune idée de l'usage de la règle ou du compas. Il ne pourrait concevoir le transfert d'un angle ou d’un plan sur un autre en vue de constater leur égalité, puisqu'une telle opération suppose la notion de l'espace extérieur. À considérer les choses de près, il ne serait pas plus apte à concevoir la géométrie plane que la géométrie dans l’espace, puisque l’idée d’une géométrie plane implique quelque notion de la distance, et que le toucher est aussi nécessaire pour se former l'idée d’un plan que pour se former celle d'un solide !. Ce que nous voyons, ce ne sont pas des solides, ni même un plan diversement coloré : c’est une pure diversité de couleurs. Un tableau, par exemple, n'est une surface plane que pour le toucher, puisque la vue y perçoit une diversité de couleurs ne pouvant le révéler comme une surface uniformément unie. L'idée d'un plan est donc, comme celle d’un solide, une suggestion due aux associations de l’expérience ?.
La vue ne perçoit immédiatement que les couleurs avec leurs variations, et leurs diverses proportions de lumière ou d'ombre. Or c'est là un objet trop variable et trop flottant pour se prêter aux démonstrations de Ja géométrie. Si nous sommes portés à penser différemment, c'est que les apparences visibles nous suggèrent irrésistiblement les expériences tactiles faites à leur sujet, et que nous ne pouvons pas plus les en séparer que nous ne pouvons percevoir un mot familier sans en entendre le sens.
S4. — Rapport de la théorie de la vision à l’ensemble
du système.
La Théorie de la vision, bien que sa publication ait historiquement précédé celle des autres ouvrages de Berkeley,