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Elles sont innées en ce sens qu'elles sont originales, qu'elles ne viennent pas des sens, quoiqu'’elles soient éveillées et excitées en nous à l'occasion de sensations. Ces idées telles que la bonté, la beauté, la ressemblance, l'égalité, ne sont pas des idées ou des objets passifs ; ce sont des notions, c'està-dire des actes et des opérations de l'esprit. Berkeley invoque à l'appui de cette interprétation la septième lettre de Platon où aucune différence n'est faite entre vous eléTioTaun, qu'il traduit par mind et knowledge *. Il ne pouvait dès lors admettre l'étendue intelligible de Malebranche. L’étendue, en lant qu'intelligible, serait en effet une idée divine, active en Dieu, et par conséquent également active en nous. Elle cesserait dès lors d’être une représentation, une idée au sens berkeleyen du mot. Or une telle supposilion est contraire à notre expérience psychologique, puisque l'espace nous est donné en fait dans la sensation de couleur ou dans celle de résistance qui ne peuvent être perçues sans lui et avec qui, par conséquent, il s’identifie, en sorte qu'on ne peut nonplus le percevoir sans elles. — Plus généralement encore, Berkeley devait repousser la conception d’une idée platonicienne qui eût été une représentalion passive. En visage-t-on, en effet, le contenu de la conscience, ses états passifs? Alors, il n'existe que des représentations particulières etconcrètes. Parle-t-on d'idées générales abstraites ? Ou elles ne sont rien, ou elles sont des conceptions actives de l'esprit. Or l’espace est une représentation : il ne saurait être une conception active de lesprit, et dès lors il ne doit pas pouvoir se distinguer de la couleur ou de la résistance en qui il nous est donné. Et ainsi s'explique que Berkeley, qui admet une essence de l'esprit, n’admette pas une essence de l'espace.
A la lumière des considérations qui précèdent, nous pourrons résoudre aisément un problème historique que les com-
1 Srris, N 308 cet 509.
{ k LA PHILOSOPHIE DE BERKELEY
mentateurs de Berkeley ne nous paraissent pas avoir solutionné d’une manière satisfaisante : l'évolution de son nominalisme.
D'après M. Maxime David, qui suit en ce point les indications de M. Fraser, la foi nominaliste de Berkeley et ses tendances sensualistes s’affaiblissent parallèlement à mesure que Berkeley avance dans sa carrière !. À l’appui de son affirmalion, M. David invoque les faits suivants :
1° Berkeley, dans le Commonplace Book, est résolument sensualiste. « J'approuve fort l’axiome suivant des scolastiques : nthil est in intellectu quod non pjrius fuerit in sensu. Je voudrais qu'ils fussent restés fidèles à ce principe qui ne leur aurait jamais enseigné la doctrine des idées abstraites. ? »
2° La distinction des idées et des notions, introduite simultanément en 1734 dans la seconde édition du Traité et dans la troisième édition des Dialogues, est une restriction apportée au Sensualisme * : il existe désormais des connaissances qui ne sont ni des sensations ni des images.
3° Dans la Siris, parue en 1744, Berkeley admet que l'esprit s'élève jusqu'aux idées divines abstraites dé toutes les choses corporelles, sensibles et imaginables. » Il devient platonicien #. |
4° Enfin dans la troisième édition de l’A/ciphron (1752) Berkeley supprime trois paragraphes où se trouvait résumée sa critique des idées abstraites 5.
Sans méconnaitre la part de vérité que renferme l'exposé de M. David, il convient d'en limiter la portée,
1. M. David, Berkeley, p. 27 et suiv. — Fraser, €t, IL p. 323, note: t. IL, p. 265, note 4
2MCpLEB Ep; A8:
3. Principles, S 89,t. I,p. 307et N 142, t.I, ne 398 CEST 27 VE CIS 272. Dialogues, II, t. I, p. 449. & 4. Siris, $ 337; cf. $ 338. 3 9. Alciphron,. VII, $ 5, 6 et 7 de la 1re édition.
En premier lieu, l'évolution que retrace ici M. David d'après les publications successives de Berkeley est plus apparente que réelle, les variations qu’elle comporte se rapportant plutôt à l'exposition de la doctrine qu’à sa genèse psychologique. En effet, si l'on tient compte de tous les textes du Commonplace Book, on s'aperçoit que la doctrine des notions, à défaut du mot, s'y trouve déjà. Berkeley se demande s’il ne serait pas préférable « de ne pas donner le nom d'idées aux opérations de l'esprit et de réserver ce nom aux choses sensibles ! ». [| reconnait que les particules ne sont pas des mots vides de sens, quoiqu'elles ne répondent à aucune idée : elles répondent, en effet, aux opérations de l'esprit, aux volitions ?. En outre, il admet ex fait une connaissance distincte des sens, puisque toute sa théorie de la substance spirituelle et de la volonté est exposée en termes explicites. En outre, il déclare expressément, dès la première édition du Traité, que nous connaissons LE bien que nous n’en ayons pas l’idée. L’addition au $ 27, dans la deuxième édition, ne fait que donner un nom — celui de notions — à uue connaissance dont il reconnaissail (rès explicitement l'existence dans Je reste du paragraphe et ailleurs ?. On ne saurait dès. lors attacher une importance décisive aux textes du Commonplace Book où s’affirment des tendances sensualistes, puisque cet ouvrage de jeunesse nous fait assister aux hésitations d'une pensée qui se cherche, et manifeste, comme tel, les tendances les plus divergentes. En distinguant les idées et les notions, Berkeley n’a donc faitque consacrer par une terminologie originale une distinction que son esprit avail déjà faite depuis longtemps : le changement s'est produit dans les mots, dans le vocabulaire, dans les concépts, mais non dans les intuitions du philosophe, l’axiome des scolastiques ayant toujours été au fond entendu
1HCDLEB 7 pairs 2 Cpl.-B.;p:00: