‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 80 sur 181 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3, Ibid, 8292; , / 4-Ibid., $ 251.

5. De là vientsans doutel’obseurité qu’on remarque dans la Siris. Comme

En somme, si l’on considère les œuvres successives de Berkeley non dansce qu'elles ont de commun, mais au contraire dans ce qui les différencie les unes des autres, on peut dire que parti du sensualisme, Berkeley aboutit au spiritualisme absolu pour finir par le mysticismé. Il y a done, en ce sens, une évolution de la pensée de Berkeley. Mais cette évolution est continue : le passé s’y conserve dans le présent. Ce n’est pas la substitution d’une pensée à une autre, mais plutôt une tendance à accentuer certains aspects de la même pensée préférablement à toutautre. Aussi d’une part trouvet-on dans le Commonplace Book certaines formules qui ne reparaîtront point dans les ouvrages suivants, manifestant des tendances qui n'auront point de développement ultérieur, et d'autre part, bien que la Sires soit à beaucoup d'égards le développement logique des ouvrages antérieurs, on y trouve également des aperçus qui ne figuraient pas dans les ouvrages précédents et des formules qui contredisent des formules du Commonplace Book. Le mysticisme de Berkeley n’est pas la négation de son sensualisme, mais à mesure que ce mysticisme s’accuse, son sensualisme devait nécessairement s’atténuer. : |

En quoi done la Siris se distingue-t-elle des autres ouvrages de Berkeley ? À mon sens, la différence consiste simplement dans le développement de tendances mystiques qui déterminent un changement d’attitude plutôt que de doctrine. Il n’y pas dans l'œuvre de Berkeley deux philosophies, mais deux phases : la phase classique et la phase romantique, les tendances mystiques étant, comme je l’ai montré dans un autre ouvrage, essentielles au romantisme !.

la volonté est incommensurable à l'entendement, il est impossible d’arriver à une connaissance adéquate en ces matières [S 364, 365), et par suite nécessairement difficile de traduire sa pensée en termes clairs. «Tout langage dont on se sert au sujet de l’âme est entièrement métaphorique ou du moins en grande partie » ($ 171). N

1. Romantisme etreligion (Paris, 1910). Voyez aussi nos articles de la Revue bleue sur Edouard Schuré et la renaissance de l’idéalisme roman

INTRODUCTION 119

Ce changement d’attitude apparaît déjà dans les procédés de travail : autant les premiers ouvrages sont composés avec soin, comme il convient à des travaux où la raison et la réflexion dominent, autant; dans la Siris, l’auteur s’abandonne au hasard de l'inspiration. On peut à cet égard comparer la manière de faire de Berkeley avec celle de Beethoven dont l’art évolue semblablement du classicisme au romantisme. Beethoven a comméncé par ne voir dans la musique qu’un art agréable, comme faisait le xvin° siècle, puis il s’en est fait peu à peu une conception surhumaine, Or ses procédés : de travail se modifient parallèllement.Au lieu de s'asseoir à sa table de travail et de composer avec facilité, il finit par écrire d'inspiration, en quelque lieu qu'il soit, en promenade ou en visite, ce qui lui vient à l'esprit !. Même fougue d’improvisation chez Victor Hugo à mesure que s’affirment en lui les tendances proprement romantiques ?. Le mysticisme apparaît ici dans la foi que l'artiste possède dans son inspiration, comme si cette dernière était infaillible et d’origine divine,

Il se manifeste encore d'une autre manière. Le philosophe classique, Descartes, en qui la raison domine, ne veut pas savoir s’il y a eu, avant lui, des hommes qui aient pensé. Le philosophe romantique, Schopenhauer, dans l’ardeur de sa sympathie, cherche à montrer que ce qu'il a pensé a été entrevu, conçu ou pressenli par d’autres hommes etmême par la masse de l'humanité. Rien de plus instructif à cet égard que l'insistance de Schopenhauer à montrerl'accord de sa doctrine avec les plus importantes des religions, le christianisme et le bouddhisme, ainsi que ses multiples citations empruntées aux philosophes, aux écrivains et aux poètes de tous les temps. Ce n’est pas pour faire étalage d'érudition qu’il agit ainsi :encore moins est-ce un appel à l'autorité d'autrui.

tique, et sur l’Expansion du bergsonisme et la psychologie musicale (1er juillet 1911 et 15 juin 1912).

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