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servir d'exemple et de leçon. Par la première, le patient devient, grâce aux effets de l'habitude, sinon réconcilié avec sa punition, du moins plus capable de la supporter. Quelque chose d'étrange, mais de consolant, pénètre et se glisse à travers les murs de sa cellule qu'elle illumine des rayons d'une espérance qui, quelque lointaine qu'elle soit, n'a rien de triste pour le cœur ; le travail le distrait des pensées amères durant le jour et lui en procure l'oubli total durant la nuit, dans les bienraits d'un sommeil profond ; le tourment d'une réclusion pour la vie, partagé et déversé par portions égales, sur chaque jour, se réduit à si peu de chose, pour chacun des instants particuliers, que, le plus souvent, la souffrance du coupable est plus grande en apparence qu'en réalité. D'un autre côté, celui qui est tenté de faillir, et qui en peut être dissuadé par la crainte delà punition, ajoutera à ce qu'il sait exister, mais qu'il ne voit pas, toutes les horreurs qui accompagnent le mystère dans les maux qu'on appréhende. Des circonstances, des accessoires, peuvent encore être ajoutés pour frapper l'imagination et augmenter l'effet, sans accroître la souffrance du prisonnier, mais seulement l'apparence de son intensité. Ainsi, l'emprisonnement, à en juger, même d'après cette règle, est loin d'être un moyen de punition, aussi insuffisant que le suppose l'objection , soit qu'on le considère dans son effet répressif sur le criminel lui-
même, soit sur ceux à qui son exemple peut être utile. En écartant même toute idée de réforme, l'emprisonnement correctionnel possède des avantages que peu d'autres modes de punition peuvent offrir. 11 est per* manent; la prison est toujours en vue; et, si nous ne visitions pas ses sombres cellules , l'imagination les peuple d'habitants, de sa propre création, plus dégoûtants, plus abattus, plus désespérés, que ne le sont réellement les véritables occupants. Ces derniers subissent assez de souffrances en n'admettant que celles autorisées par la loi pour en conserver une impression durable, et pour les préserver de rechute dans le crime, si elle peut être prévenue autrement que par la réforme. Quelques avantages, néanmoins, que possède, comme punition, l'emprisonnement correctionnel, il est certain que toutes les punitions, en ne les considérant que sous ce caractère, ont échoué dans la prévention des offenses. Les plus sévères ont, toujours sans exceptions, été les moins efficaces. Mais si la punition s eule est inefficace, la réforme du criminel, s'il était possible de l'effectuer sans punition, léserait autant, ou même plus encore. La réforme d'un criminel produirait peu d'effet sur ses compagnons, à moins que ce ne fût comme un nouveau stimulant pour continuer; mais, il est oiseux de réfuter cet argument , car nul moyen de réforme n'a été proposé, ni ne peut êire imaginé, exécutable sans emprisonnement ou
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autre restriclion. Maïs remprisonnement ou la contrainte, quelle qu'elle soit, est un mal pour le patient; or, tout mal infligé en conséquence d'un crime est punition; donc toute discipline réformatrice est nécessairement liée à une punition; et ce serait rechercher la vérité d'une théorie qui, fût-elle vraie*serait inapplicable au sujet que de s'enquérir si la réforme doit être Tunique objet de la Discipline de Correction. Une considération, néanmoins, et c'est la seule, rend cette enquête convenable, et, en même temps, d'une haute importance. Cette considération est celle-ci : que, si la réforme du criminel est le seul objet qu'on doive se proposer, et que l'exemple de la punition ne soit compté pour rien , alors on n'a plus à s'occuper dans l'établissement d'un mode de discipline que de le rendre le plus doux qu'il soit possible, pour le faire aboutir au but qu'on veut atteindre. Or, d'après l'argumonl, c'est uniquement la réforme; attendu que le principe est reconnu, « qu'il ne faut jamais infliger un mal plus grand qu'il n'est requis pour l'objet qu'on a vue.» En conséquence, si quelque législateur, sectateur de cette doctrine, pensait que l'indulgence et une douce persuasion sont de meilleurs moyens de réforme que la réclusion et le travail forcé, et agissait en conformité de sa croyance, l'exemple de la punition serait perdu ; et, quoiqu'il fût possible qu'un condamné sortit de prison dans un état de sainteté réelle ou prétendue, les
sept huitièmes des autres o'eu suivraient pas moins leur carrière d'iniquité , certains que , même fussent-ils découverts, ils ne recevraient, au ]ieu de punition, que de fraternels avis. Cette doctrine, « que la réforme est le seul but de la punition correctionnelle, » mérite donc d'être discutée. Si on entend, par réforme, celle du coupable et de tous ceux que son exemple aurait pu entraîner, ce que nous permet de présumer le langage d'un de ses choryphées (1), ce ne serait qu'une dispute de mots ; car que ce soit la punition ou la réforme d'un coupable qui dissuade un autre de commettre Tofifense, ce ne sera jamais que parce qu'il craint h mal de la discipline réformatrice. 11 est donc détourné par l'exemple et nous arrivons au même point par des chemins différents. Cet argument, considéré de plus près, se réduit à ceci : le crime est un mal, la punition est un mal ; en punissant vous multipliez donc le mal au lieu de le diminuer, à moins que vous ne détourniez le criminel ainsi que les autres ; mais il est prouvé par une longue expérience que la punition a toujours manqué ce but; donc elle est inutile. Ou, en d'autres termes, l'expérience a prouvé que les punitions sévères réussissent moins que les légères ; il est donc permis de croire que, plus vous diminuerez la sévérité de vos lois, plus leur action sera efficace. Par une con-
(I] Hoscoc.
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séquence de plus, si les crimes décroissent dans k même proportion que la sévérité des punitions, ce n*est donc pas la punition qui réprime ; et si elle ne réprime pas, elle est non-seulement inutile, mais injuste , car nous avons admis la vérité du principe, que « c'est là le seul but légitime de la punition. » Si les cri mes ont été diminués par Tcmprisonnement correctionnel, ce ne peut donc pas être l'effet de la punition, mais bien de quelque autre chose ; et alors, c'est cette autre chose qui est le grand objet qui doit fixer nos regards ; et cette chose, c'est la réforme.
Tout ce raisonnement porte sur une grande erreur que nous avons déjà relevée; qui consiste à considérer la réforme abstractivement, sans égard au moyen par lequel elle est opérée, c'est-à-dire le mal ou la punition de la réclusion qui en est inséparable. Une autre erreur, non moins frappante, est la supposition que la réforme prévienne efficacement la répétition du crime, par le criminel , sans qu'on dise le moins du monde comment elle opérera pour détourner les autres, autrement que par la crainte de la discipline réformatrice qui, de sa nature, étant une punition, est rejetée par l'argument, comme incapable de produire cet effet. Les autres sophismes sont, premièrement, de présenter le crime et la punition, comme des maux de même nature : le crime est un mal qui attaque la société ; la punition, au juste degré nécessaire pour prévenir ou di-
âu code de réforme et de discipline, etc. 359
minuer les crimes, loin d'être un mal, est un bien ; il n*y a que le délinquant qui souffre. Le mal immédiat du crime peut n'affecter peut-être que celui qui en est la victime ; mais l'alarme qu'il crée, la certitude que, s'il n'est réprimé, il se renouvellera, se répand dans toute ]a communauté, et l'incertilude qu'elle sera sa prochaine victime, le rend un mal pour tous.
Secondement on pose en principe, ce qui est en dispute, que la crainte des punitions ne détourne pas des crimes et quand on veut prouver cette assertion, c'est par un autre sophisme : « il y a toujours eu des punitions ; il y a toujours eu, et il y aura encore des crimes; si la punition les prévenait, il n'y en aurait point. » Mais, mon argument est non pas que les punitions préviennent totalement , mais qu'elles diminuent le nombre des offenses ; et, pour prouver qu'elles ne produisent pas cet effet, il faudrait nous montrer un état de société dans lequel il n'y eût ni punition ni crime. D'ailleurs, pour nous convaincre que la punition ne peut, par sa nature, produire aucun effet, il faudrait prouver qu'elle a failli, quand elle a été appliquée dans sa forme la plus parfaite. Mais nul ne prétend que cette épreuve aitjamais été faite : au contraire, ceux qui soutiennent son efGcacité, lorsqu'elle est convenablement appliquée, ont démontré que, dans tous lesâges, et dans tous les pays, elle avait été déplorablement défectueuse*
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Personne, jusqu'ici, n'a, néanmoins, été jusqu'à tirer la conclusion, que, puisque les punitions légères avaient généralement été trouvées plus efficaces que les sévères, il fallait n'attacher aucune peine aux offenses ; et cependant, si nous soutenons que l'unique objet est la réforme, la conclusion est simple et inévitable, car toute peine, si légère qu'elle soit, infligée comme punition, serait un mal inutile, et conséquemment
injuste.
L'emprisonnement, dans le plan que je propose, doit donc être employé comme moyen de punition, en même temps que de réforme. Mais, pour que l'emprisonnement, surtout s'il est joint au travail, puisse être une punition convenable, ses détails et ses accessoires doivent être strictement définis par la loi. Toute discrétion laissée au gardien, quant au mode de l'infliger, rendrait ce dernier, non plus le juge, l'arbitre de la destinée du coupable. Il dépendrait de lui, si son autorité n'était convenablement limitée, de convertir quelques années de réclusion ordonnées par la sentence, en autant d'années de tourments raffinés, suivis peut-être de la perte de la santé, ou même de la vie, et il pourrait le faire sans encourir do punition ; car là où il existe une pleine discrétion, il ne peut exister de peine contre l'abus qu'on en fait, excepté dans les cas extrêmes. S'il peut, à sa discrétion, infliger le fouet pour désobéissance ou manque de respect; si, suivant
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le langage de la Cour de New*York, « il est du devoir d'un geôlier, par tous les moyens en sa puissance, de faire sentir aux condamnés la misère et la dégradation profondes où les a plongés leur conduite criminelle; et si les sympathies ordinaires de l'humanité ne doivent pas s'étendre à eux ; » si de telles choses sont permises, ou, qui est plus, spécialement recommandées comme un devoir, l'emprisonnement est la pire des punitions, parce qu'elle est la plus inégale. Ce n'est plus la sagesse de la loi appliquée au cas, par la discrétion du juge, qui y adapte la peine; c'est le caprice ou la passion d'un individu dans l'exercice de l'horrible dev(»ir de forcer un condamné à sentir la dégradation et la misère profondes de sa situation. Si le travail est ajouté comme punition, le danger d'une pareille discrétion s'accroît encore davantage. Le même travail qui n'est, pour l'un, qu'un exercice salutaire, peut être accablant et mortel pour l'autre; et les plus grands abus, l'oppression la plus cruelle, peuvent être justifiés, par l'exécution littérale delà sentence. Il est donc essentiel que la loi règle, dans tous les détails qui peuvent être prévus, la conduite de ceux à qui est confiée la garde des prisonniers, et, malgré toutes les précautions que la prudence humaine peut suggérer, la négligence, l'emportement, l'orgueil, les préjugés d'un gardien, peuvent contrarier singulièrement l'application du meilleur svstème, tandis que son intelligence, sa fermeté^
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son humanité et son active surveillance peuvent remédier à quelques-unes des défectuosités ou suppléer à des omissions dont le plan le plus parfait ne saurait être exempt. C'est pour cette raison que, dans le texte du Code, où on a cherché à faire bien sentir l'importance de cet office, les qualités requises pour en remplir les fonctions, sont désignées, afin de servir de guide au pouvoir électeur, et de leçon à la personne élue ; et, pour que l'un ne commette pas Terreur fatale de méconnaître les talents nécessaires et que Tautre sente la dignité dont il est investi, ainsi que la responsabilité qui lui est imposée par la loi. Cet énoncé était nécessaire pour combattre le préjugé qui existe contre l'emploi de ceux à qui, depuis des siècles, on confie la garde des prisonniers : préjugé bien fondé, tant que la charge de geôlier ne consistait qu'à empêcher l'évasion de celte foule étrange et confuse de vagabonds des deux sexes, de débiteurs infortunés, de prisonniers innocents ou coupables, détenus en attendant jugement, et de criminels condamnés attendant une mort ignominieuse, qui étaient commis à sa garde ; n'ayant aucun devoir moral à remplir; vrai cerbère placé à la porte d'un nouveau Tartare. Ce préjugé était aloi^s inévitable et juste. Une partie des devoirs de geôlier, celle qui consiste à empêcher l'évasion , continuant à être imposée au gardien , il était convenable que la différence dans le caractère de l'office fût énoncée dans le
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Code, pour rompre la chaîne des idées, qui, autrement, pourraient, à cause de cette circonstance, faire assimiler la nalure d*un office, qui exige de grands talents et ui> riche fonds d'honneur et d'intégrilé, avec celle d'un emploi dont la tendance naturelle était de faire de celui qui l'exerçait un exacteur et un tyran subalterne.
Je reviens au point dont peut-être je parais m'êlre éloigné : que la loi doit être conçue de manière à restreindre, autant que possible, le pouvoir discrétionnaire du gardien. Elle doit désigner la punition due à l'offeuse, soit par une règle invariable, soit par la discrétion laissée au juge d'en imposer une dans des limites données. Le juge doit appliquer cette règle, en prononçant la punition, quand elle est fixée et en l'adaptant au degré de l'offense, quand elle est laissée à sa discrétion. La punition une fois ordonnée, ce système serait bien défectueux, s'il permettait qu'elle fût aggravée ou allégée, à la volonté et par l'acte d'un officier subalterne. Il serait quelque chose de pis, s'il offrait de quoi tenter l'officier de le faire, et il mériterait la plus forte des épithèles de désapprobation, s'il lui en faisait un devoir. Mais le système des travaux forcés en compagnie rend inévitable ce pouvoir discrétionnaire ; car, rien, nous dit-on (et je pense qu'on dit vrai), rien que le fouet n'est capable de maintenir dans une pareille association la discipline convenable. Ainsi donc.
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un châtiment nécessaire pour mettre à exécution la sentence légale, loin d'être prononcé par cette sentence, est une punition, expressément prohibée par la loi en vertu de laquelle la sentence est rendue et ne doit con* séquemment pas être admis dans une des parties subordonnées du système. Quoi de plus inconvenant, en effet, que d'arracher le fouet des mains de la justice pour le remettre dans celles du caprice? De déclarer ce châtiment trop sévère, trop immoral, trop dégra* dant, trop inégal pour être infligé au crime, à la saine discrétion d'un juge, et d'ordonner, en même temps, qu'il sera appliqué pour désobéissance à un officier subalterne de la prison, et à la discrétion de ce dernier. Je n'ai pas cru devoir présenter un plan, dont l'exécution nécessitât une pareille absurdité. D'autres inconvénients , inséparables de ce mode de discipline, ont été indiqués en décrivant celle des prisons de New- York, dont ce châtiment forme un trait saillant. Je le rejette, bien convaincu que, comme moyen de punition, il est non-seulement défectueux et dangereux, mais incapable de contribuer à cette réforme, qui est un des points essentiels dans ce plan. Cependant le travail en société, soit générale , soit par classes (pour peu que celles-ci soient nombreuses), ne saurait avoir lieu sans fouet , à moins de compromettre la sûreté et le bon ordre de la prison. Le travail en société doit donc être abandonné ou tellement mo-
diBé et admis avec tant de précautions qu'il ue soil pas Décessait*e d'introduire celte anomalie dans le système. La manière dont on a essayé d'obtenir ce résultat exige un examen préalable des principes sur lesquels on s*est fondé.
Nous avons considéré, dans les précédentes parties de ce rapport, la question : si la punition, comme objet distinct de la réforme, ne devait pas entrer dans la sanction des lois pénales, et nous avons été conduits h la double conclusion que la punition était nécessaire et qu'aucune réforme ne pouvait s'opérer sans elle. L'emprisonnement a été examiné comme moyen de punition. Dans le présent rapport, ainsi que dans celui servant d'introduction au Code pénal, il a été comparé avec les autres peines corporelles, et il a été reconnu posséder, à un plus haut degré qu'aucun autre, les propriétés essentielles pour rendre la punition efficace. Nous ajouterons seulement , ici , qu'il n'y a pas d'autre moyen de procéder à la réforme (objet qui exige du temps et une succession d'opérations); pas de travail, pas d'instruction sans détention; pas de réforme sans travail, sans instruction religieuse, morale et littéraire. Remarquons qu'il s'agit ici de la discipline desprisons pourles condamnés; pour des hommes déjà corrompus, qui la plupart avaient besoin de travailler pour vivre et qui n'ont eu recours au crime que pour éviter le travail. Le travail consiste dans une
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quantité successive d'efforts corporels, toujours pénibles, dans le principe et la première fois qu'on s'y livre ne devenant supportables que par Thabitude de les répéter, et jamais volontairement exécutés, que dans l'espoir de quelque jouissance qui doit en résulter. La combinaison de ces deux causes donne à un exercice pénible en lui-même tous les caractères d'une occupation agréable. L'habitude fait disparaître le sentiment de la fatigue ; l'espérance envisage la récompense à obtenir, identifie la jouissance avec le moyen de se la procurer, et, par le bon usage des facultés que nous tenons de la bienfaisance de notre Créateur, le travail devient une récréation, et la peine se change en plaisir. Cela peut recevoir un plus grand développement, en recherchant la cause du plaisir qu'on goûte à la chasse et à d'autres divertissements fatigants , qu'on pousse quelquefois, volontairement, si loin qu'ils deviennent pénibles et harassant à un degré que, rarement, fait éprouver le plus rude travail. Il est vrai que, dans ces divertissements, l'hilarité qu'inspire le grand air, la compagnie, l'aspect des beautés de la nature, font éprouver une jouissance qu'on ne trouve pas dans les occupations journalières ; mais ces motifs ne suffiraient pas pour nous engager à dépasser le point d'exercice amusant; et, si nous allons jusqu'à la fatigue, c'est par l'attrait des causes que j'ai mentionnées et par la satisfaction que nous donne la conscience de notre
adresse ou de noire habileté dans ces jeux. L'anticipation de félicitations ou des éloges qu'il va recevoir, de la joie qu'il va causer, des douceurs domestiques qui rallendent h son retour, s'identifient dans l'esprit du chasseur avec la peine qu'il souffre, et dont l'habitude a déjà émoussô la pointe, de façon que les fatigues de la chasse ou les plaisirs de la chasse sont devenus des termes à peu près synonymes.
Le grand peintre des passions humaines a parfaitement tracé celte association d'idées dans le tableau d'un jeune amant qui se voue à des travaux serviles par l'espoir de jouir de la présence de sa maîtresse. Comme il peint la patience, et même le délice avec lesquels il endure ses fatigues I
There be some sports are painful, but their labor Deligbt in tbem, sets off.
Il est ainsi des jeux où la peine s'allie ; Mais au sein du plaisir la fatigue s'oublie.
Si cette association d'idées est rompue, alors le travail est -considéré comme un mal qui n'est adouci par aucune compensation; il n'y a point d'habitude qui puisse engager à la continuer ; on n'y a recours que dans les cas de détresse extrême, et cette idée de besoin ajoute encore à l'amertume de la peine. Le travail, commandé à coups de fouet, pi*od uil celle désolante suite d'idées, et, dès que la coercition cesse, l'aversion naturelle pour la fatigue se combine avec le sou-
venir des maux qui l'onl accompagnée el le coupable se plonge, dans le vice pour Toublier, ou dans le crime pour l'éviler.
Si ces réflexions sont fondées, le travail doit être offert comme un allégement, et non comme une aggravation de la punition. Encore que le travail soit pénible, chacun des mouvements successifs dont il se compose, ne l'est pas en lui-même; c'est leur répétition seulement qui les rend insupportables. Il y a dans l'homme une pente innée à l'action, qui lui fait considérer la restriction comme le mal principal de l'emprisonnement. Uoe oisiveté forcée, qui n'est interrompue par aucune occupation de corps ni d esprit, produit un degré ie souffrance qui (excepté les maladies aiguës) ne peut être surpassé que par la solitude absolue. La solitude, sans occupation corporelle, peut être rendue tolérable, si l'esprit est distrait de ses propres réflexions par des leçons instructives reçues des autres ou puisées dans des livres. Ceux-ci (autres que ceux qui concernent la vie future) sont des ressources dont la faveur est refusée au condamné, par la teneur de sa sentence.
Après la privation de liberté et d'occupation vient celle qui peut-être les surpasse en intensité, je veux dire la privation de satisfaire l'appétit dans le boire et le manger. Ce serait heurter les premiers principes de ce système que de faire souffrir au patient la faim ou la soif ; ce serait causer un mal dont la mesure ne sau-
rait être jamais exactement fixée par la senteQ<;e. Le laisser à la discrétion d'un oflicier exécutif, ce serait produire un mal qui ne serait ordonné ni par la loi, ni par le magistrat, et ce serait convertir, en bien des cas, une sentence de détention en une d*épuisement ou de mort. Eu conséquence, il est alloué au condamné une nourriture de qualité saine, de quantité suffisante pour satisfaire ses besoins et soutenir son existence, mais de Tespëce la plus simple, sans variété pour aiguiser, ni délicatesse pour gratifier l'appétit : c'est là tout ce à quoi il peut prétendre. Voilà donc une autre privation ajoutée à celles déjà mentionnées, et qui cou« court avec elles à la punition ordonnée par la loi. Mais ce n*est pus tout : l'homme désire non-seulement la liberté, la récréalion,.une nourriture agréable, mais un abri, des vêtements appropriés à la diversité des saisons; il est, sur ce point, dans la vie sociale, certains raftioements de goût, dont la privation devient une peine réelle, quand on est réduit au strict nécessaire. L'action de ces penchants naturels, leur restriction, leur satisfaction partielle, constituent la puissance motrice de mon Système de Punition et de Réforme.
Emprisonnement, solitude, manque d'occupation, tant d'esprit que de corps, aliments grossiers, logement incommode, vêtements du dernier commun, sont
les. éléments dont se composent les punitions. Leur n. 2 4
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durée, leur intensité, ienr accumulation, sont les moyens employés par le Code Pénal, pour les adapter aux diverses offenses; leur miligalion à différeols degrés est le mobile qu'emploie le Code de Discipline des Prisons, pour opérer la réforme.
Si les raisonnements, dôjh énoncés, sont corrects, aucune succession d'actes involontaires, auxquels ou pourrait contraindre un adulte, ne produira une habitude permanente essentielle à la réforme. Ces actes doivent être Teffet de la volonté agissant sur le jugement et produisant la conviction que ces actes sont profitables. Encore faut-il que l'expérience corrobore cette conviction, en procurant la jouissance actuelle de quelques avantages, et l'espérance certaine d'autres bùnéfices résultant de ces actes. Il en est autrement des mauvaises habitudes; la plupart se contractent par la répétition d'actes qui procurent des jouissances sensuelles, et le jugement a ^i peu de part à ces actes qu'il faut lui imposer silence ou le pervertir avant de s'y livrer ou de les répéter. C'est pourquoi l'œuvre «le la réforme est plus difficile que celle de la peryersion : l'une exige une force intellectuelle suffisante pour faire préférer un bien moral éloigné à une jouissance physique actuelle; l'autre s'abandonne à la pente naturelle qui l'entratne vers la jouissance présente, sans s'inquiéter de ce qu'un futur incertain pourra amener. C'est pour la même raisoù que l'œuvre de la réforme
est plus lente que celle de la corruption. Une seule occasion où le travail aura soulagé la détresse ou réalisé une espérance flatteuse n'aura qu'un effet passager; il faut que l'opération soit répétée et produise toujours le même résultat et que le jugement soit bien convaincu que ce résultat est invariable, avant qu'il puisse triompher de la volonté qui est naturellement encline à préférer la jouissance présente au bien à venir. Mais il faut que l'esprit, pour arriver à ce résultat, ait été cultivé par l'instruction ; ii faut qu'il ait appris qu'il y a d'autres plaisirs, indépendamment de ceux des sens, et la religion doit concourir de son côté h compléter l'œuvre de la réforme. La profonde solitude delacelluledu condamné; Timpressiou solennelle que doit faire sur son esprit le contraste du plaisir fugitif obtenu par le crime avec la durée des maux où Font plongé ses conséquences ; la privation de stimulants factices ; point de compagnons pour applaudir à son entêtement dans le mal ; point de moyen de noyer les réflexions dans l'intempérance; point de peine aiguë ou disproportionnée pour l'exciter et le roidir contre une oppression réelle ou imaginaire, et le cœur doit nécessairement s'adoucir, les passions se calmer, et l'esprit être préparé à s'ouvrir aux grandes vérités, qui, dans de telles circonstances, peuvent être avantageusement inculquées, spécialement quand tous ces accessoires, combinés avec l'instruction littéraire, sont
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présentés, non comme partie de la sentence, mais comme allégement de sa rigueur.
Ainsi, le ressort qui fait mouvoir toute la mécanique qui doit opérer la réforme est celui-ci : que tous les actes qui, par leur succession, doivent produire Thabitude du bien, doivent être faits volontairement, et être offerts comme mitigalions de la sévérité de la sentence; c'est la volonté qui doit agir, ou la répétition des actes ne produira aucun effet. Mais, pour agir sur l'inclination, il est indispensable d'offrir un appât suffisant pour vaincre la répugnance naturelle pour le travail. Ceci me ramène aux détails de ces modifications d'emprisonnement, et des travaux y appropriés, que je propose de substituer à l'isolement absolu de la Peosylvanie (1) ou à la cruelle discipline du système de New- York.
Pour les bien comprendre, il est nécessaire de se former une idée claire et précise du lieu de réclusion. Il consiste, pour chaque prisonnier, en une cellule voûtée, d'étroites dimensions, mais bien aérée, et d'une température accommodée aux saisons, communiquant avec une petite cour entourée de hautes murailles.
(1) M. Robert De Vaux, l'un des commissaires pour la construction de la nouvelle prison, dont les ouvrages et la conversation instructive m'ont fourni beaucoup de renseignements utiles, m'a informé^ que le plan de stricte solitude, que j'ai mentionné, n'avait jamais obtenu la sanction de la Législature, et qu'il était probable que ce projet serait modifié de manière à admettre rinstruction et le travail*
La sentence delà loi est : la réclusion dans la cellule, une nourriture saine mais grossière, en quantité suffisante pour apaiser la faim; mais point d'occupation, point de société autre que celle des officiers chargés de subvenir aux besoins physiques du prisonnier, et à son instruction religieuse. La privation du travail est annoncée comme faisant partie de la punition; et cette circonstance seule suffirait à beaucoup d'individus pour leur faire considérer cette privation comme un mal, et bientôt l'expérience de ses effets vient confirmer ce sentiment. Celte idée s'associera indubitablement à celle de souffrance; et le travail, leur étant refusé, sera, par la propension à désirer ce qui est expressément défendu, estimé comme un bien, et désiré avec une ardeur proportionnée à la durée et au maintien strict de la privation. D'autres appâts sont offerts pour renforcer ce désir naturel. Celui qui Iravaille diminue la dépense de son entretien : celui qui travaille avec habileté et activité, gagne au delà de sa dépense. L'avantage de ce bénéfice doit se faire sentir au prisonnier ainsi qu'à l'État. Si le produit de son travail n'est suffisant que pour couvrir une partie de sa dépense, il aura néanmoins droit à un meilleur régime, et si, durant une certaine période d'épreuve, de six ou douze mois, pendant laquelle on lui permet, dans le jour, de sortir de sa cellule et de continuer son travail solitaire dans la cour, il persévère dans son
zèle el dans sa bonne conduite; il lui sera accordé la faveur de travailler et de recevoir l'inslruction dans une classe qui n'excédera pas dix individus. S'il acquiert une telle dextérité, dans sa profession, que les produits de son industrie surpassent les frais de sou entretien, il jouira* immédiatement d'une portion de ce bénéfice, qui sera employée en livres ou antres articles qu'il pourrait désirer, excepté ceux de nourriture ou de boisson, afin de prévenir les irrégularités qui seraient autrement inévitables; et ce qui reste de l'excédant est mis en réserve, pour lui être payé à l'époque de sa délivrance. Pour donner plus d'attrait à ces motifs, ils ne sont pas offerts au condamné à son entrée en prison : il faut d'abord qu'il connaisse et qu'il éprouve toute la rigueur de la punition ; ses réflexions doivent être sa seule société, pendant une période préliminaire, qu'il passera isolément confiné dans sa cellule. Il faut qu'il goûte de la diète grossière allouée aux prisonniers désoccupés; qu'il éprouve l'ennui qui résulte du défaut de société et d'emploi; c'est quand il sent que le travail serait un adoucissement à sa situation qu'on le lui offre comme tel. On ne l'en menace point comme d'un mal ; on ne le presse point de s'y livrer, pour l'avantage d'autre que de lui-môme ; et, quand il est employé, on ne lui inflige ni fouet ni punition quelconque, pour son indolence. S'il n'use pas convenablement de cette faveur,
elle. lui est retirée, et il est renvoyé à sa solitude et aux privations qui l'accompagnent, non pour n'avoir point travaillé diligemment, mais simplement parce que sa conduite prouve qu'il préfère cet état aux jouissances avec lesquelles l'occupation doit toujours être associt'^e dans son esprit, pour opérer une réforme. S'il a été démontré que les actes involontaires ne produisent point d'habitude durableetdans le cas où quelque condamné ne voudrait point profiter de cet allégement de l'emprisonnement, ce ne sera que comme punition que lemprisonnement opérera sur lui. Mais l'expérience prouve que ces exceptions, s'il y en a, sont très-rares ; carie travail, même sous le fouet, est, en beaucoup de cas, préféré à la solitude.
Ce n'est pas la partie la moins importante de ce plan que celle qui allie l'éducation et la culture de l'esprit aux jouissances purement physiques, comme moyen d'engager les prisonniers à déployer leur industrie, leurs talents, et à mener une conduite régulière. Ces qualités sont récompensées par l'usage, qui leur est accordé, de livres instructifs et amusants; par des instruments, ou d'autres moyens d'exercer l'esprit aux sciences, ou la main aux opérations délicates des beauxarts, et de développer le talent ou de perfectionner le savoir. Ces occupations offrent, peut-être, les moyens les plus efficaces de réforme. Leur effet est de réconcilier le condamné avec lui-même, ce qui est le premier
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point et le plus dirHcile à obtenir. L'exercice journalier de ses facultés intellectuelles et la conscience de ses progrès, dans des connaissances utiles, doivent l'élever dans sa propre estime. Ce louable orgueil, une fois en jeu, fera plus, pour changer la conduite et purifier le cœur, que tous les moyens externes, quelque constamment, quelque habilement qu'on les emploie.
N'écoutez pas ceux qui vous diront que ceci est une théorie trop raffinée pour être adaptée à des condamnés dépravés et dégradés. Les condamnés sont des hommes. Les plus dépravés, les plus dégradés sont des hommes : leur esprit est mû par les mêmes ressorts qui fontagir celui des autres; ils fuient la peine avec la même antipathie et recherchent le plaisir avec la même avidité que les autres mortels. Ce n'est uniquement que la fausse direction de ces deux grands mobiles qui produit la criminalité des actions qu'ils provoquent. Changer cette direction et guider ces premiers mobiles, dans la voie qui conduit au véritable bonheur de l'individu, eu le dissuadant de nuireà celui de la société, tel est le grand objet de la jurisprudence
pénale. Je crois que l'erreur vient de ce qu'on consi-
dère les coupables comme des êtres d'une nature si inférieure qu'ils sont incapables de la moindre élévation, et si pervers qu'ils n'admettent aucune possibilité d'amélioration; mais le crime est principalement l'effet de l'intempérance, de l'oisiveté, de l'ignorancr,
dès compagnies vicieuses, de Tirréligion et de la pauvreté, et non d*uoe défectuosité naturelle de l'organisalion, et les lois qui souffrent t exercice continuel et effréné de ces causes sont elles-mêmes les sources de ces excès ^ que les Législateurs, pour pallier leur négligence, leur indolence ou leur ignorance^ imputent^ faussement et blasphématoirement, à fÊtre suprême, comme s il avait. créé f homme incapable de recetwir les impressions du bien. Tenions Texpérience, avant de prononcer que le condamné, même le plus dégradé, ne peut être converlî. L'ÉPREUVE n*a encore jamais été faite. Les plans offerts jusqu'à ce jour sont tous défectueux, parce qu'aucun n'a embrassé le système complet et que les moyens partiels ne réussissent pas. Le sentiment intime de sa propre incapacité ne permet pas au rapporteur d'avoir la présomption de penser que celui qu'il présente soit un système parfait ou qu'il doive produire tous les effets d'un bon système; mais il lui est peut-être permis de croire que les principes sur lesquels il est fondé ne sont pas discordants, qu'il y a unité de dessein et qu'il embrasse uue plus grande combinaison de mesures, tendant toutes au même but, qu'aucun plan éprouvé jusqu'à présent. Mais ces principes sont-ils corrects? Les détails, pour les mettre en pratique, sont-ils convenables? C'est ce que la sagesse législative doit décider. Néanmoins, s'imaginer que le meilleur plan que puisse enfanter la sagacité humaine
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doive produire la réforme de tous les criminels et qu'il D*y aura pas de nombreuses exceptions dans l'effet général, ce serait se repattre de Tillusion chimérique d'une panacée morale, applicable à tous les vices et à tous les crimes. Cependant, quoique ce fût un charlanisme en législation, aussi absurde qu'aucun qui ait paru en médecine, il n'est pas moins vrai qu'on ne saurait, non plus, prétendre qu'il n'y a pas de règles générales qui puissent produire la réforme mentale; car ce serait une autre erreur aussi palpable et aussi dangereuse que de soutenir que l'art de guérir n'a aucuns moyens utiles pour conserver la santé en général, et redonner de la vigueur au corps.
II suffit d'un coup d'œil jeté sur le texte du code, pour voir les détails par lesquels on s'est efforcé de tempérer la rigueur de l'emprisonnement solitaire, au moyen d'occupations et d'instructions utiles, faveur qui est retirée quand on la néglige ou qu'on en abuse, au moyen de récompenses, immédiatement données au travail et à la dextérité, en agréments de société ou eu autres douceurs. L'avantage des travaux et de l'instruction, en société, qui est offert comme le plus haut prix de la bonne conduite, acquiert une plus grande valeur par la persévérante industrie requise pour l'obtenir, et, quand il est obtenu, chaque classe est composée d'un si petit nombre d'individus qu'il n'est pas nécessaire de recourir à une discipline sévère pour y
mainleDir Tordre, qu'oa présume pouvoir y êlre con* serve par les précautions qui sont prescrites, c'est-àdire par la crainte de perdre ce privilège et par les progrès, vers la réforme, qui doivent avoir été déjà faits, avant d'obtenir cette faveur.
Le terme moyen de la réclusion, pour les crimes affectant la propriété, qui ne sont accompagnés d'aucune circonstance dans leur exécution, qui décèle une plus grande perversité que n'en suppose le crime en luimême, peut êlre supputé de quatre à six années. De celle durée, six mois doivent être passés en solitude, sans autre allégement que le travail ; douze autres mois doivent s'écouler de la même manière, à moins qu'un désir prononcé de cultiver l'intelligence (symptôme d'un premier pas vers la réforme) ne fasse diversion à la solitude, par des moments d'instruction en société, et le reste du terme est donné à continuer les leçons instructives, et à proportionner l'adresse dans les arts mécaniques, ce qui s'acquiert mieux en société. Une période ainsi passée, hors de l'atteinte possible des associations corruptrices, avec l'expérience journalière des avantages présents que procure une diligente industrie, en n'entendant de préceptes que ceux de la religion, de la morale ou des sciences, et cela dit, non dans le dur langage du reproche, mais avec l'accent doux et ferme de la persuasion et du conseil, par des hommes qui prennent intérêt au bien-être du coupable.
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avec la perspective flatteuse de regagner, par une honnête conduite, cette bonne opinion de la société, que personne n'a jamais perdue sans regret: une période, dis-je, ainsi passée doit, certainement, effacer les mauvaises impressions, doit donner des habitudes durables d'industrie et d*occupalions vertueuses, doit faire sortir de la prison, le sujet de la discipline, meilleur, plus sage, et plus heureux qu'il n'y était entré. Mais ces bons effets seront détruits ; les soins, la peine et les dépenses de votre discipline réformatrice seront perdus, si votre prosélyte de vertu et d'industrie voit l'une exposée à la séduction de ses anciens camarades et l'autre inutilisée par défaut de moyens de l'exercer. Cest vainement que vous lui avez donné f habileté nécessaire pour son soutien ^ si personne ne veut lui fournir r occasion den user; cest vainement que vous en avez fait un honnête homme ^ si tout le monde le fuit comme im scélérat. Sa rechute est certaine, inévitable, et sa dépravation sera encore approfondie, par l'expérience que sa réforme ne produit que défiance, besoin et misère. « Sept mauvais génies prendront possession de l'esprit qui avait été puriGé et orné, par votre discipline et le dernier état de cet homme sera pire que le premier.» Afin de prévenir un résultat si funeste à tout le système, un asile est ouvert dans la Maison de Refuge et d'Industrie, dont les autres départements ont déjà été décrits. Lu le condamné, à sa sortie de prison,
peut trouver emploi et subsistance, et recevoir des gages qui le mettent en état de s'éloigner du théâtre de ses crimes passés, qui le placent au-dessus de la tentation, le confirment dans ses habitudes, nouvellement acquises, d'industrie et l'aident à traverser la période crilique qui s'étend de sa mise en liberté à sa réhabilitation dans l'opinion publique. Indépendam* ment de celle ressource, le condamné industrieux et diligent, reçoit, à sa sortie, une part convenable du surplus de ses bénéfices; il reçoit des conseils salutaires et de sages avis relativement à ses projets pour l'avenir, et un certificat (s'il l'a mérité) de bonne conduite, pour lui servir de recommandation. Les conséquences d'une seconde condamnation lui sont, solennellement, représentées; sa conduite, s'il resledansle voisinage de la prison, est soigneusement surveillée; de manière que, s'il retombe dans des habitudes de paresse et d'intempérance, on l'arrête, à temps, dans la carrière du crime, par un ordre de réclusion dans la Maison d'Industrie, comme vagabond. Toute cause, toute tentation, tout prétexte de récidive étant ainsi écartés, il est à présumer que les cas de rechute dans le crime seront plus rares et que beaucoup redeviendront des membres utiles de la société, qui, dans l'étal actuel des choses, lui sont à charge par leur pauvreté, ou nuisibles par leurs déprédations. La Maison de Refuge est d'autant plus nécessaire qu'il n'est pas un homme prudent qui
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ne répugne à recevoir ou à employer chez lui un condamné sortant d'une de nos prisons actuelles autant qu'à renfermer dans son bercail une bête féroce échappée à ses gardiens. Maïs une fois que le plan réformateur aura été mis en activité, que ces principes seront connus, développés, et strictement suivis; une fois que l'expérience l'aura perfectionné, et que Ton se sera aperçu de ses bons effets sur les mœurs, l'homme qui aura subi son iniluenco purificatoire, pourra, avec le temps, n'êlre plus un objet de crainte ou de mépris; et la société, en se confiant à sa résipiscence, lui permettra d'être honnête homme. Alors la Maison de Refuge, devenue moins nécessaire, sera aussi moins dispendieuse (1).
Avant de terminer ce qui concerne cet établissement, il est nécessaire de réfuter une objection qui aquelquefois été faite contre lui, ainsi que contre la Maison de Correction ; c'est que les ouvrages mécaniques, qui y sont fabriqués, se vendront à un prix auquel ne pour-
(I) Cette théorie est confirmée par l'expérience faite dans la maison de refuge de New-York, quoique les vagabonds, seuls, soient admis, sur conviction, dans cette école; on a tant de confiance dans l'effet de la discipline réformatrice qu'on ne peut suffire aux demandes d'apprentis des deux sexes. Cette confiance est si peu téméraire qu'il n'y a eu qu'un seul exemple d'un maitre qui se soit plaint de son apprenti. En accordant ce qui est convenable, relativement à la docilité des enfants, on peut, raisonnablement, attendre le mOme effet sur les adultes, en les soumettant à un cours de, discipline plus long et plus sévère.
rail pas les donner larlisan ordinaire, qui a une famille à soutenir, des renies et des laxes àpayer, etc. ; et qu'ainsi c*est nuire h Tinnocent que de faire Iravailler le coupable. Celte objection ne peut avoir de force qu'autant qu'on emploirait tous les condamnés à un même genre d'ouvrage, et encore dans un pays où la quantité des produits fabriqués excéderait les demandes ; mais ici c*est le contraire. D'ailleurs, si tous les condamnés étaient employés à une même espèce d'occupation, ce ne serait que parce que, daus cette branche, il y aurait un excès de demande sur les produits ou la fourniture, et, tant que ce serait le cas, il n'y aurait aucun tort occasionné : si la demande cesse, le travail correspondant sera abandonné dans la prison comme au dehors. Pour ce qui concerne l'intérêt public, il ne saurait y avoir de doute; car la question se réduit h ceci : doit-on entretenir des condamnés dans l'oisiveté ou leur permettre de contribuer à leur entretien par leur travail? Et, quant aux classes particulières d'artisans, la même raison qui empêcherait que leur branche spéciale ne fût suivie dans la prison servirait h prouver qu'elle doit être restreinte au dehors. Mais la meilleure réponse à celle objection est que l'expérience n'a jamais réalisé aucun des inconvénients appréhendés.
Après avoir suivi le prisonnier, condamné pour un temps limité, dans les différenls degrés de son emprison-
Dcment ; après avoir détaillé les espérances et les craintes, les travaux, l'iustruclion et la discipline qui concourent à sa punition et à sa réforme; api-ès avoir ouvert les verroux de sa cellule et Tavoir réintroduit dans le monde un homme nouveau, nous devons revenir encore dans Tintérieur de la prison pour y contempler ceux qui, par leur atrocité, ont rendu dangereuse leur présence dans celte société dont l'existence même a été compromise par leurs crimes. Ce sont ceux dout les offenses sont aujourd'hui punies de mort. La réforme ne leur est relative que pour ce qui les concerne individuellement. Séquestrés pour toujours de la société civile, ses lois no pourvoient en rien à leurs occupations futures; elle s'inquiète peu de leurs habitudes, et no s'intéresse à ces malheureux que pour les réconcilier avec le ciel, car elle ne veut pas «tuer Tâme » en laissant la vie au corps.
Dans Temprisonnement de cette classe, on n'a que deux fins en vue : la première, de pourvoir, par la restriction, à la sûreté sociale contre la répétition du crime; la seconde, de disçuader les autres, par la sévérité de la peine, de commettre de pareilles offenses. Ces deux fins sont remplies parla réclusion absolue accompagnée d'accessoires différents, suivant le degré d'énormité de l'offense. Ces accessoires sont calculés de manière à frapper l'imagination d'horreur pour le crime, sans réveiller aucune sympathie dangereuse en
faveur du patient. Une cellule obscure; des inscriptions rappelant la nature du crime, et Fintensilé de la punition; assez de mystère pour exalter l'imagination, assez de souffrance réelle pour décourager les imitateurs quand le voile est levé, mais pas assez pour révolter la sensibilité publique et faire accuser la loi de cruauté; garantie parfaite contre Tévasion ; unegrada^tion dans la discipline qui marque fortement les différents degrés d'atrocité des crimes : tels sont les caractères de la punition substituée à la peine de mort actuellement infligée pour diverses espèces capitales d'homicide. Sous plusieurs rapports, ces condamnés sont aussi morts pour le monde que si leur punition première n'eût pas été commuée : leurs propriétés sont partagées à leurs héritiers; ils sont enterrés daus des cellules solitaires; leur épitaphe est contenue dans l'inscription qui rappelle leur crime, et le renouvellement journalier de leur punition. Leur existence est conservée parla loi, pour des raisons qu'elle a procla^mées; mais, encore qu'ils soient laissés dans la sphère du pouvoir qui pardonne, l'action de ce pouvoir ne s'étend point à la rémission de la sentence, excepté le cas d'innocence reconnue.
Ceux qui sont enfermés pour la vie, pour des récidives dans de moindres offenses, sont plutôt considérés comme des incurables que comme des criminels atroces, dont la réclusion perpétuelle, vu la férocité de
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leur caractère, importe essentiellemeot au repos de la société. Néanmoios, un procédé curatif, suivi longtemps et sans relâche, réussit quelquefois dans des cas qui semblent désespérés. Ceux que concerne cette observa* tion ont, eu conséqunece, à leur disposition, les mêmes avantages d'instruction et d'occupation, dont jouissent les autres condamnés ; avec Fespérance que, par des preuves non équivoques de réforme, après une longue période de guérison sans rechute, ils pourront obtenir leur grâce de l'autorité qui peut la prononcer. Il est toutefois de la plus grande importance que ce pouvoir ne s'exerce ni légèrement ni fréquemment. 11 est peu de causes qui aient plus directement contribué à faire échouer les espérances des amis du système correctionnel (penitentiary System) que l'opération coutrariante de cette prérogative. Des dispositions l^islatives trop parcimonieuses ont servi d'excuse pour exercer ce pouvoir avec une latitude et à un degré qui annihile toute tentative de punition ou de réforme par remprisonnement, et, si cette malheureuse fadlité doc-corder des pardons nest refrénée^ il est inutile d'espérer que le plan le mieux organisé puisse produire aucun bon effet. L^ restriction sera supportée avec impatience, l'instruction reçue avec dégoût, le travail sera négligé, les conseils ridiculisés, quand Tesprit est dans cet état d'attente et d'agitation fébrile, que l'élargissement journalier de leurs camarades condamnés, peut-être
plus coupables qu'eux, mais plus protégés et mieux servis, fait éprouver à ceux qui restent. Dans quelques États cet abus est poussé si loin que le coupable a en sa faveur, non- seulement la chance de n'être pas découvert, ou, s'il est découvert, la chance d'être acquitté, mais que, après sa condamnation, il y a plus de probabilité pour son pardon que pour l'exécution de la sentence (1). Avec tant de chances en sa faveur, le scélérat poursuit sa carrière sans crainte ni scrupule* La prison perd ses terreurs comme lieu de punition; sa discipline devient une momerie pour ceux qui y res^ tent, maudissant leur mauvaise fortune, et espérant que, à la prochaine loterie de pardons, ils pourront gagner le prix d'élargissement. Avant de passer de la discipline correctionnelle à une autre branche de mon sujet, j'ai dû faire remarquer ce vice radical et malheureusement constitutionnel dans la plupart des Étals ; vice auquel, conséquemment, la Législature ne peut remédier que par la voie de la recommandation auprès du pouvoir exécutif. Un rapport de grand mérite fait à ce sujet par les directeurs d'une société pour l'extinction de la mendicité, dans la ville de New-York, en 1822, contient les opinions des plus célèbres juriscon-
(\) Dans Tespace de cinq années, sept cent quarante coNOAiiNés furent élargis, par grâce, de la prison de New-York, et seulement soixante- treize par rexpiralion du terme de leur sentence; ce qui établit, en faveur du condamné, la chance d'impunité dans la pro^ portion de dix à un.
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suites et des magistrats les plus éclairés de chaque État de rUnioD, qui, tous, s'accordent à déclarer que les pardons fréquents sont le grand obstacle qu'ait à surmonter le système correctionnel. De ce premier mal en a jailli un autre : la sollicitation des grâces est, dans quelques villes, devenue une branche de commerce; des hommes, qui déshonorent une profession honorable, se collent aux portes des prisons, marchandent avec les condamnés, pour être payés, peutêtre, des produits de leurs crimes ; obtiennent parîmportunité ou par de faux exposés, la signature de gens respectables à des pétitions; trompent le pouvoir exécutif par de fausses allégations de réforme et procurent le pardon des criminels les plus renforcés, les plus endurcis. Ceux-ci emploient leur nouvelle liberté à de nouvelles déprédations, dans l'espoir d'être de nouveau relâchés; et, chose étrange! cet espoir a été réalisé, après une seconde et même une troisième sentence. Sur seize individus emprisonnés pour une seconde offense, dans la Maison de Correction de New- York, en 1 825, onze ont été graciés ; et, de ceux emprisonnés, la même année, pour une troisième offense, chacun avait été deux fois pardonné. Afin d'arrêter, s'il est possible, les progrès de cet abus, le vœu de la Législature est exprimé dans le texte du Code, et il est introduit une disposition qui déclare « la sollicitation des pardons, moyennant une récompense, » une offense punissable.
11 me reste encore à décrire une autre institution, peut-être aussi importante qu'aucune autre dans ce système : c'est Técole de réforme, désignée pour la réclusion, la discipline et l'instruction de mineurs délinquants et des jeunes vagabonds. De tous les établissements suggérés par la charité et exécutés par la bienfaisance active et éclairée des temps modernes, aucun n'intéresse plus profondément et ne réveille plus vivement les plus doux sentiments du cœur. Il est également digne de notre admiration, que nous considérions le mal qu'il prévient ou le bien qu'il opère.
Jusqu'à présent, la loi prononçait pour la même offense la même punition contre un enfant qui péchait pour la première fois et contre un vétéran dans l'iniquité. Le criminel séducteur et la victime novice de la séduction étaient confondus et frappés de la même peine ; et cette peine était, naguère, ici, et est encore, dans le pays d'où nous avons tiré notre jurisprudence : la mort. Nous y avons substitué l'emprisonnement ; mais nos lois ne font d'autre distinction, entre les adultesetlesenfants, que celle contenucdanslaloi commune, par laquelle, tous les sujets au-dessus d'un certain âge (et cet âge est bien tendre) sontjsupposés avoir assez de discernement pour connaître la loi et la peine qu'elle inflige. Quant à ceux qui n'ont pas atteint cet âge, leur cas est matière à enquête et doit être décidé par les
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preuves et les registres font foi qu'un enfant de neuf ANS a été condamné et exécuté pour meurtre. Pour les moindres offenses affectant la propriété, les actes d'accusation contre des enfants sont fréquents et nombreux et Thumanité n'est pas moins choquée de les voir condamner que de les voir, par un jury compatissant, absoudre, pour aller compléter leur éducation d'infamie. Dans le Code pénal, soumis à votre considération, quelques changements matériels sont introduits à ce sujet : il y est fîxé un âge, au-dessous duquel la culpabiliténepeut être supposée; et l'enquête, quant au discernement, n'a lieu que lorsque l'accusé est audessus de cet âge, mais au-dessous d'un autre, également déterminé, auquel on peut toujours supposer un discernement suffisant.il contient aussi des dispositions pour les cas où un enfant commet l'acte prohibé, en présence ou sous rînfiuenced'un parent ou d'un supérieur. Mais, malgré toutes ces modifications, rien d'essentiellement bon, sur ce point, ne peut être effectué, si, après la condamnation, la même discipline est indistinctement appliquée aux adultes et aux enfants. La nature indique si clairement la nécessité d'une autre marche à suivre, pour la punition, pour l'éducation ou la réforme des enfants, qu'il n'y a qu'un observateur bien superficiel de ses lois qui puisse ne pas l'apercevoir. On doit considérer que, lorsqu'un enfant en bas âge commet une offense contre les lois de la société,
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il ne fait le plus soiavent qu*obéir à une autre loi qui a, pour lui, bien plus de force : celle delà nature, qui lui a départi un désir violent déposséder, une passion ardente pour la nouveauté, et un esprit d'indépendance qui ne souffre que difficilement la cODtrainte,et qui lui a refusé ce discernement qui, seul, peut contrôler les passions. 11 est injuste de punir, quoiqu'il soit nécessaire, pour le bien de la société, de réprimer des actes commis avant d'avoir acquis ce discernement, ou après que la Providence Ta retirée. L'autorité paternelle, ou toute autre qui la représente, tient la place de cette intelligence jusqu'à ce qu elle ait été impartie par l'instruction, par l'expérience, et par le développement progressif des facultés naturelles. C'est à ce législateur et juge domestique qu'est confiée, durant cet intervalle, la tâche de réprimer toutes les fautes de l'enfance ; et quand ces fautes nuisent aux autres, c'est lui, et non l'enfant qu'il aurait dû retenir, qui en répond ; civilement, si l'acte a été fait sans sa connivence ou sa permission; criminellement, si c'est le cas contraire. Tels sont les préceptes de la plupart des lois, applicables à unepériode de l'enfance, plus ou moins indéfinie, suivant les différents systèmes ; mais, après cette période, toutes abandonnent ces principes sains et rendent l'enfant responsable à la loi pénale. S'il a manifesté de la dextérité dans l'exécution du crime, ou usé de ruse pour éviter d'être découvert, ces circonstances
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sont, aux yeux de la loi commune, une preuve suffisante de la conscience du mal moral et d*un discernement qui eût dû prévenir Toffense. Mais on ne réfléchit pas que, dans l'enfance, le sens moral n*est produit que par l'instruction et la force de l'exemple, et que, généralement, dans \ei enfants qui sont l'objet de procédures criminelles, l'instruction a été absolument nulle, ou a été, ainsi que Texemple, de nature à pervertir plutôt qu'à former l'idée ou le sentiment du juste : de manière que, si le défaut de jugement donne droit à une protection des lois, elle est due à Tadolescence de pareils individus, non moins qu'à leur enfance. Ou ces enfants ont des parents qui négligent la tâche qui leur est imposée, ou qui abusent du pouvoir qui leur a été donné par la nature, et confirmé par les lois sociales ; ou bien, privés de parents, ils sont jetés, sans amis, sans protecteurs^ dans les associations les plus corruptrices , où l'on ne parle qu'avec dérision de la religion, delà morale, delà tempérance ; et où les restrictions de la loi ne sont étudiées que pour les mieux éluder. Dans l'une et l'autre de ces hypothèses, ces infortunés, victimes des vices d'aulrui,ont le droit de demander que la communauté prenne la place de leurs protecteurs naturels et leur fasse connaître les préceptes de la loi, avant de les punir pour les avoir violés. Dans un pays gouverné par de sages lois, fidèlement exécutées, le nombre de ces enfants sera très-petit. Dans
un tel pays, Téducation morale, religieuse et littéraire serait mise à la portée de chaque individu ; il serait forcé de profiter de ces avantages. Notre patrie n'est pas encore, sous ce rapport, ce qu'elle devrait être. Nous avançons, rapidement, vers ce degré de perfection ; mais, jusqu'à ce que nous y soyons parvenus, le défaut de cette partie de notre système accroît l'obli* gation delà communauté de servir de père à l'orphelin , d'arracher l'innocent enfant des mains de parents pervers, et celui qui est dénué de protecteurs, de la pollution du vice et de l'infamie; et, au lieu de punitions rigoureuses, pour des offenses que la négligence de ses propres devoirs a occasionnées, d'écarter les causes qui les ont produites, par la méthode plus douce de l'instruction et du travail.
C'est pour cette raison que le lieu destiné à la réclusion des jeunes délinquants doit être considéré plutôt comme une école d'instruction que comme une prison pour des punitions dégradantes ; école où les habitudes vicieuses du pupille exigent une stricte discipline , mais école dans laquelle il entre enfant pervers et de laquelle il doit sortir jeune homme industrieux et probe; oîi les vices et les crimes involontaires qui souillèrent sa première enfance doivent être extirpés, leur souvenir effîacé et remplacé par les leçons et les exemples qui l'auraient guidé, si les devoirs de la nature et de la société eussent été remplis à son égard. C'est
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de là que date son entrée dans le monde, et, comme il serait injuste de le charger, dès son premier pas dans la carrière, de l'opprobre qui aurait été inséparable de son association avec des scélérats consommés, s'il eût habité avec eux, il devient nécessaire, tant sous ce rapport que sous celui de la différence requise dans h discipline, de séparer entièrement cette clôture des autres, et de lui donner un nom et un local distincts.
Il serait inutile de s'étendre sur l'utilité ou sur rhumanité de cet établissement, après en avoir démontré la justice; l'une sera reconnue par tout esprit qui s'est appliqué à rechercher les causes des crimes, et l'autre sera sentie par toute âme bienveillante. L'économie elle-même, la froide économie, après avoir bien sèchement calculé par piastres et centimes, sera contrainte de confesserque cette institution en est une d'épargne. S'il est sage de prévenir cent crimes atroces en sauvant de l'opprobre une faute vénielle et en substituant l'instruction à la punition ; si la plus noble espèce d'humanité est de retirer son semblable de la misère du vice et de la dégradation du crime; si c'est une économie pour la société d'entretenir un enfant, pendant quelques années, à l'école, et d'éviter par là les perles qu'occasionneraient les déprédations d'un scélérat durant tout le cours de sa vie (1),
(I) Il n'est peut-être pas un enfant, de ceux qui y seront détenus (dans la maison de refuge de New- York) qui, abandonné au genre de
ainsi que les dépenses de ses condamnations et emprisonnements futurs ; alors il est certain que Técole de réforme est une institution sage, humaine et économique.
Je ne grossirai pas ce rapport des détails sur le gouvernement de cette école ; ils sont minutieusement
yie qui l'y conduira, n'eût uni par être à la charge de l'État comme condamné. La preuve de ceci, c'est que la majeure partie de ceux maintenant détenus dans nos prisons d'Etat ont commencé leur carrière dans le crime, lorsqu'ils étaient enfants^ dans quelquesunes de nos grandes villes. Un d'eux, par exemple^ qui est actuellement dans la prison d'Auburn, fut condamné pour la première fois à Tftge de dix ans; il a été depuis, à différentes époques, condamna et entretenu par l'Ëtat^ durant vingt-huit ans, et cette dépense n*a pas été moins de deux mille piastres. {Rapport du comité de New- York,)
Il y a en ce moment, dans la prison d'Arch-street^ à Philadelphie, attendant son jugement pour offense capitale, un enfant de onze ans qui a déjà passé un an dans la maison de correction de New-York^ pour vol de chevaux. Durant cette période, les seules leçons qu'il reçut étaient les détails que ses compagnons les condamnés donnaient de leurs exploits. IL nous en rapporta quelques* uns, avec une satisfaction mal déguisée. Je ne puis m'empôcher d'ajouter à cette note un extrait du rapport sur la situation des prisons en France, fait par M. Deappert^ qui met dans le plus grand jour la nécessité de séparer complètement les jeunes délinquants des autres criminels. « Il y avait, dil-il, dans la môme chambre (à Douai) plusieurs jeunes gens qui avaient été condamnés à l'emprisonnement par le tribunal correctionnel; avec eux étaient d'autres individus de différents àges> et un homme condamné à mort pour meurtre. Celui-ci désira s'entretenir en particulier avec moi. — J'attends, me dit-il, le moment de l'exécution; et, puisque vous êtes la première personne qui nous ayez visités, je désire vous parler avec confiance et n'avoir rien de caché pour vous. Je suis coupable du crime pour lequel j'ai été condamné. J'ai commis vol et meurtre. Depuis mon enfance, mes parents m'ont négligé. J'eus
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énoncés dans le Code. Le principe unique qui en est l'âme a été suffisamment discuté, savoir : que les offenses des enfants peuvent être suffisamment corrigées, sous les deux rapports requis de la punition et de Texemple, par l'éducation et le travail. Si ce principe est faux, tout le plan doit être refondu ; mais, en rétablissant, j'ai été guidé par quelque chose de mieux que le meilleur raisonnement. Dans la cité de New-York, il existe un établissement de ce genre qui ne peut être visité sans faire éprouver les plus pures émotions de l'âme et les plus doux comme les plus nobles plaisirs de l'entendement. Il contient maintenant cent vingtcinq garçons, et vingt-neuf jeunes filles ; presque tous sains, gais, intelligents, industrieux, rangés, obéissants, animés par la perspective certaine de devenir des membres utiles de la société ; lesquels, sans cet établissement, gémiraient encore sous l'accumulation des maux qui accompagnent la pauvreté, l'ignorance et la plus basse dépravation ; sans autre avenir devant eux que la maison de correction ou la chaîne publique. Je ne dois pas omettre de mentionner ici que le départe*
le malheur de tomber dans de mauvaises compagnies, mais ma perle fut achevée dans une prison^ et je vais maintenant expier toutes mes fautes. Parmi les pei*sonnesque vous voyez dans cette chambre, il y a quelques jeunes gens, que je vois avec peine se préparer à Taccomplissement de nouveaux crimes, dès que le terme de leur réclusion leur en laissera la liberté. Si vous pouviez les faire loger dans une chambre séparée, cet acte, Monsieur y serait le phis grand service que vous puissiez leur rendre. »
meot féminin est surveillé et visité par un comité de dames, qui, à des époques régulières et fréquentes, examinent l'école, conversent avec les pupilles, encouragent les timides, réprouvent les indociles, récompensent les industrieuses, et inspirent à (outes leurs propres vertus. Le Gode que je soumets in vile à une pareille méthode de surveillance, de laquelle on attend les précieux avantages que la bénigne influence du caractère féminin est seul capable de produire.
La méthode d'engager les pupilles, comme apprentis, dans des professions utiles, est recommandée, d'après les bons e£fets qu'on en a vus résulter à New -York. On pourrait d'abord présumer qu'il doit exister une certaine répugnance h prendre des apprentis dans un tel lieu ; mais les faits ont prouvé que la confiance, inspirée par le mode d'éducation qu'on y suit, est telle qu'il y a plus de demandes d'enfants des deux sexes que les règles de l'institution ne permettent d'en accorder. Quoique vingt-huit garçons et quinze jeunes Biles aient été mis en apprentissage, on a eu les notes les plus favorables sur leur conduite. Deux ayant reçu de leurs maîtres ce qu'ils ont considéré comme de mauvais traitements, les ont quittés, mais sont revenus h l'école ; un seul est retombé dans son premier genre de vie. Ce qui rend plus extraordinaire la réforme de ces enfants, c'est que trente d'entre eux avaient déjà été condamnés h la maison de correction, depuis une
jusqu'à cinq fois. On tient registre de la conduite des différents enfants, et de ce qu'on a pu découvrir de leur existence antérieure à leur entrée. Des extraits de ce registre sont annuellement publiés ; ils présentent des traits delà nature la plus intéressante et tous concourent à prou ver r utilité de ce plan. Je place en note quelques pages du dernier rapport des directeurs (1).
(i) « W. H. 0. L'histoire de cet enfant offre un des exemples les plus frappants de dépravation enfantine^ dont il soit mention dans les archives de cette institution. Dès l'âge de neuf ans, il commença sa carrière de voleur clandestin; et^ assisté d'autres plus consommés et plus anciens que lui dans le crime, il la suivit, pendant trois ans, avec le succès le plus constant. Deux ans et demi de sa courte existence ont été, à trois diverses époques, passés dans la maison de correction, indépendamment de plusieurs emprisonnements. Les sociétés qu'il forma dans ces écoles du vice^ au lieu de l'amender, ne firent que renforcer ses inclinations perverses; et, à chaque élargissement, il recommençait ses déprédations avec une nouvelle dextérité. H semblait enfin que chez lui le vol fût un principe inné; il continua toujours ainsi jusqu'à l'établissement de cette institution; heureusement pour lui, il en fut un des premiers pensionnaires. A son entrée, il manifesta une détermination prononcée de s'évader (à quoi il réussit trois différentes fois). Le plus rigoureux traitement fut longtemps employé, et avec succès. A la fin il commença à céder à la force et à se soumettre aux règles qui lui étaient prescrites. De janvier à décembre 4826, il fit de tels progrès que nous le considérâmes comme un des plus aimables enfants de la maison. La personne qui contracta pour ses services dit qu'elle était charmée de l'attention qu'il portait à son travail, qu'il était parfaitement obéissant, agréable et zélé il remplir ses devoirs. Concevant alors que l'objet de cette institution^ relativement à sa réforme, était rempli, et que William ne pouvait être dans une meilleure situation d'esprit, il fut engagé à un artisan très-respectable qui vit dans le Connecticut. Quelques temps avant son engagement, interrogé si, dans le cas où on l'engagerait au dehors, il souillerait encore son caractère par quelque nouveau
On observera que, contre la règle établie pour la maison de correction, le châtiment personnel est autorisé
crime, sa réponse fut : qu'il était alors sous l'influence du malin esprit, mais qu'il sentait que son esprit avait maintenant pris une autre direction. Si une conduite modeste et soumise, durant plusieurs mois, jointe à l'exercice fréquent des actes religieux, sont des données convenables pour asseoir un jugement, nous pouvons dire avec une parfaite assurance que William est un enfant véritablement converti. Depuis son engagement, nous avons reçu les rapports les plus avantageux sur son compte.
S. T., âgé de seize ans, né à Patterson(N.J.).— Il était en bas âge^ quand il perdit son père et sa mère et fut confié aux soins d'un gardien qui le négligea. 11 acquit en peu de temps, parmi ses compagnons, un degré de célébrité par son adresse à dérober de vieux cordages^ du fer, du cuivre,etc., dans des chantiers. Sa carrière cependant ne fut pas de longue durée, grâce à la surveillante sollicitude des autorités de la ville, qui l'enfermèrent, comme vagabond^ dans la maison de Charité. Deux fois il s'échappa de cette institution ; quand il fut repris la seconde fois, il fut envoyé ici. On s'aperçut, peu après son entrée, que la discipline de la maison était tout ce qu'il fallait pour le rendre obéissant. Après s'être comporté à la satisfaction complète du surveillant, il fut engagé à un feimier à la campagne. Nous avons été informés, depuis, par la personne chez qui il est, a qu'il est doux, attentif, laborieux ; et tel est l'état de son esprit, sous les rapports de religion et de morale, qu'il reprend les ouvriers, s'il les entend user d'un langage profane ; et ces réprimandes, quoique vives, sont toujours faites d'un ton modeste et décent, en citant souvent les préceptes qu'il a reçus de ses derniers amis. »
a D. L. R., âgé de quinze ans, né à New- York, emprisonné par la police, sur soupçon d'avoir dérobé un shawl. 11 avait été élevé dans le voisinage de Bankerstreet,et pendant quelques mois joua du tambourin dans ces réceptacles de vice et de misère, les bals de Corlears Hook. H confessa avoir dérobé quelques articles, mais nia avoir dérobé l'objet pour lequel il a été envoyé ici. Depuis son entrée jusqu'à sa sortie, sa conduite a été entièrement satisraisanle. En octobre il a été engagé à une personne respectable qui réside à environ soixante mille:» au nord de cette ville. »
dans cette école. Cette exception a été introduite, parce que rinfliction de cette punition à lenfance n'est pas
L. S., âgé d'environ seize ans, né en Irlande, Il y a environ huit ans que ses parents arrivèrent en ce pays. Son père est mort depuis; ses parents négligèrent entièrement son éducation et lui laissèrent le choix de ses sociétés. Il travailla dans diverses branches des arts mécaniques, mats son inconstance naturelle l'empôcha de s'attacher à aucune. Il fut^ en mars 4825, enfermé par la police, dans la maison de refuge, pour avoir dérobé une bouilloire de cuivre, fait pour lequel il venait de passer huit jours dans la maison de correction (où il avait déjà été mis quatre fois). On ne saurait, avec justice, attribuer à cet enfant le caractère d'un voleur notoire, quoiqu'il ait été, pendant plusieurs années, un escamoteur habituel. Â son entrée dans cette maison, il ne manifesta aucune disposition absolument perverse; néanmoins il donnait beaucoup de tracas au surveillant. Il était presque invariablement à la tête de toutes les espiègleries malignes ; il se mettait peu en peine des règlements ou de Tordre de la maison; et dans une occasion il se cacha. Quelques jours après il reparut, fut sévèrement puni et mis aux fers pendant quarante- trois jours, au bout desquels il en fut tiré. En décembre i825, son amendement fut si avancé qu'il fut promu au poste de sentinelle de nuit, et de garde, durant le jour, offices dont il remplit fidèlement les devoirs jusqu'en juillet i826, époque où il demanda d'être envoyé sur mer. On souscrivit à sa requête; il fut engagé à un respectable armateur de cette ville. Après une absence de trois mois, il revint visiter le Refuge et déclara qu'il était très-satisfait de sa situation, et que souvent, en mer^ il avait réfléchi que, au lieu de jouir des douceurs de la liberté, il serait présentement, peut-être, dans la prison d'État sans l'établissement d'une maison de refuge.
D. S., âgé de quinze ans, né à New-York. Encore en bas âge, il perdit son père ; sa mère se remaria avec un marchand d'huîtres qui reste, à présent, près de Bankerstreet. David vécut avec trois difl*érentes personnes tenant des magasins d'bultres; après les avoir quittées, il revint chez sa mère. 11 commença ses vols en dérobant du bois dans les chantiers; il avait aussi été dans l'habitude de dérober des bouts de câble, du cuivre, etc. Il avait été trois fois emprisonné; la dernière fois, pour avoir dérobé une bouilloire de
accompagoée de la dégradation qui la caractérise lorsqu'elle est appliquée aux adultes; parce qu'elle est permise aux instituteurs envers leurs écoliers; aux maîtres envers leurs apprentis , et parce que les règles établies pour proportionner ce châtiment sont telles
cuivre^ en société avec Tenfant mentionné précédemment. Ce fut cette dernière offense qui le fit enfermer au Refuge. H était d'abord très-revôche ; sans cesse complotant les moyens de s'évader et tâchant d'en engager d'autres à l'accompagner. 11 fut, pendant quelques mois, traité avec beaucoup de sévérité. Depuis juin 1825 jusqu'en février 1826, sa conduite devint entièrementsatisfaisante. A cette époque une occasion s'étant offerte de le placer avantageusement, on pensa que L'objet de l'institution ne peimettait pas de le retenir plus longtemps. 11 fut, en conséquence, engagé à une personne qui réside dans la partie occidentale de cet Etat et qui, dans une lettre adressée à la mère deux mois après la date de l'engage menty dit avoir tout sujet d'être satisfait de la conduite de David. « J. D. S. âgé de onze ans et demi, né à New- York. Cet enfant, nonobstant son extrême jeunesse, a commis plusieurs fautes graves. H fut d'abord poussé au mal par un autre garçon plus âgé que lui, en compagnie duquel il déroba plusieurs objets. 11 fut une fois emprisonné et plusieui's fois puni par ses parents, mais vainement. 11 fut enfermé, ici, à la sollicitation de son père, en avril 182o. H se conduisit constamment bien jusqu'en octobre i820, époque où il fut rendu à ses parents, pour être engagé à une personne qui avait contribué à sa réforme et qui connaissait bien ses dispositions. Voilà encore un autre exemple d'un enfant dont le salut peut être attribué à l'établissement d'une maison de Refuge. Si on avait souffert que les pratiques déprédatrices de cet enfant dégénérassent en habitude, elles l'auraient sans doute conduit dans la prison d'État ou dans la maison de correction, où l'objet en vue est la punition et non la réforme ; il eût été lancé dans la compagnie de vieux criminels endurcis; l'influence corruptrice de leurs conversations eût achevé d'étouffer dans son âme tout sentiment vertueux et généreux. Quel esprit capable de réfléchir pourrait discuter Tutilité d'une pareille institution 7 Quelle âme libérale pourrait refuser de contribuer à son entretien?