‹ Exposé d'un système de législation criminelle pour l'État de la Louisiane et pour les États-Unis d'AmériqueChapitre 44 sur 83 · LX NOTICE SUR LIVINGSTON · texte numérisé non relu

LX NOTICE SUR LIVINGSTON

minel. Après Tavoir entendu, le Sénat et la Chambre des Représentants de la Louisiane, réunis en assemblée générale, déclarèrent, par un acte solennel, le iO février 1820, qu'il serait nommé un juriconsulte habile pour préparer un nouveau Code qui, en réprimant le crime, eût surtout pour but de le prévenir; qui désignât toutes les offenses punissables par la loi ; qui définit chacune d'elles en langage clair; qui déterminât les peines dont elles seraient passibles, en proportionnant toujours le châtiment au délit; qui établit avec clarté les règles d'évidence applicables aux faits, pour écarter toute méprise; qui fixât un mode de procéder simple, pour éviter la lenteur des procès, et qui, enfin, réglât avec précision les devoirs des magistrats et des officiers de justice, pour empêcher l'excès de leur autorité ou suppléer à son insuffisance. Le 13 février 1821, la même assemblée désigna M. Livingston comme le jurisconsulte propre à exécuter ce grand travail, et elle le nomma son législateur. Enfin, le 21 mars 1822, à la suite d'un admirable rapport dans lequel M. Livingston exposa tout son système, et qui frappa l'assemblée d'étonnement par la grandeur des vues, l'étendue de la science, Tamour de la justice et la beauté du langage, elle approuva le plan qu'il proposait, et le sollicita avec instance, dans un décret public, de poursuivre son ouvrage. M. Livingston le poursuivit en effet, et s'y consacra tout entier. Il consulta la pratique des pays les plus éclairés et les lumières des hommes les plus savants, il entra en correspondance avec les criminalistes européens que lui recommanda leur réputation ou leur doctrine; et, au bout de deux ans, fut achevée une des œuvres législatives les plus vastes, les plus complètes, les mieux ordonnées qui soient sorties d'une seule tête.

Quels avaienl été jusqu'alors en matière pénale les progrès des esprits et les perfectionnements des lois? Quel fut le point d'où partit M. Livingston pour s'engager

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dans cette belle route de la justice législative ouverte par les travaux du dernier siècle et étendue par les siens ?

Pendant longtemps la société^ impuissante à réprimer les crimes, était intervenue pour pacifier les individus et non pour les punir. Son mode de répression avait été un simple acte de médiation entre des ennemis, et elle s'était trouvée réduite à traiter le crime comme un fait de guerre. Elle avait admis ce système de compositions pécuniaires, à Taide duquel l'un payait son crime, l'autre vendait sa ▼engeance. Mais devenue peu à peu assez forte pour se charger elle-même de la répression des attentats, elle les avait poursuivis, jugés en son nom et pour son compte. Encore grossière et violente dans sa justice, elle avait substitué le droit de vengeance publique au droit de vengeance privée. La férocité avait passé des mœurs dans les lois, et les châtiments de la justice ressemblaient aux représailles de la passion. Des lois cruelles, des juges endurcis, une procédure clandestine, point de défense, la torture comme supplément d'instruction, l'aveu arraché à la douleur comme moyen de certitude, aucune proportion entre les châtiments et les offenses, des prisons infectes, des supplices atroces, l'infamie de la peine s'étendant sur des familles et des générations innocentes : voilà ce qu'elle avait établi à peu près partout, et ce qui s'était maintenu jusqu'au milieu du dernier siècle.

A cette époque, Montesquieu était devenu l'organe de pensées plus justes et plus humaines en matière pénale. Ce grand homme avait distingué avec soin les pouvoirs publics, et séparé avec précision celui de faire les lois de celui de rendre les jugements. S'élevant contre l'aveuglement de l'ancienne procédure et l'excès des châtiments, il avait préparé le règne de la justice indépendante et des peines modérées, et il avait fondé une école de réformateurs en législation. A cette école avaient appartenu Bec-

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