LXII NOTICE SUR LIYINGSTON
caria, Filangiçri, Serran et Jérémie Bentham, qui, étendant les idées de Montesquieu ou les dépassant, avaient à divers degrés servi la même cause : — Beccaria, par la générosité de ses sentiments, qui le portèrent jusqu'à refuser à la société le droit de mort sur ses membres et à proclamer Tinviolabilité de la vie humaine ; — Filangieri, par la force de ses pensées ; — Servan, par Tautorité de sa position et de son expérience; — Bentham, par la rigueur savante de ses analyses. Â cette école avaient également appartenu les souverains qui, dans le dix-huitième siècle, avaient commencé les réformes pénales, et les au* teurs de nos codes, qui les avaient poussées plus loin en introduisant le jury dans la loi, la publicité et la défense devant les tribunaux, la gradation dans les peines, et la suppression de toutes les douleurs inutiles dans les supr plices.
En même temps que s'accomplissait cette révolution dans les théories et dans la pratique de la justice criminelle, il s'en était préparé une autre, destinée à lui servir de complément. Des hommes d'un esprit élevé et d'une âme miséricordieuse avaient été touchés du misérable état de dégradation dans lequel tombait le criminel après avoir été condamné, Ils avaient conçu la généreuse pensée d'y remédier en réformant Tétat des prisons. Le vicomte de Vilain XIV dans les Pays-Bas, le vertueux Howard en Angleterre, et les quakers en Pennsylvanie, s'étaient dévoués à cette pieuse mission. Les condamnés, classés selon leur âge et selon leurs crimes, avaient été soumis à la discipline du silence, du travail, et quelquefois de l'isolement. On avait commencé à faire de la prison un lieu de pénitence et d'éducation où se trouvaient placés, à côté de la crainte du châtiment, jusque-là seul but de la loi, le repentir de la faute et le moyen de ne plus y retomber. Cette belle idée^ après bien du temps et beaucoup d'essais, était
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deTenue elle-même un vaste système sous le nom de réforme pénitentiaire. Elle tendait à faire traiter les crimes comme des infirmités, et les coupables comme des malades dont on pouvait dompter la fougue dans la solitude, s'ils avaient été entraînés au mal par la violence des passions ; corriger les habitudes vicieuses à Taide du travail , s'ils y étaient arrivés par l'oisiveté ; éclairer l'esprit au moyen de l'instruction^ si l'ignorance les y avait conduits. Par ce dernier perfectionnement, la loi, qui de vindica* tive était devenue juste, de juste devenait charitable ; elle ne châtiait pas seulement l'acte, elle réformait l'âme du criminel et complétait l'art de punir par l'art de guérir.
Continuant les travaux de ses. prédécesseurs, M. Livingston a embrassé par la pensée et compris dans son ouvrage toute la législation pénale, depuis les premières dispositions qu'elle doit renfermer pour garantir la société, jusqu'aux résultats définitifs qu'elle doit atteindre en réformant les coupables. Il l'a divisée en quatre codes : code des crimes et des peines, code de procédure, code d'évidence, code dc^ réforme et de discipline pour les prisons. Le titre de ces divers codes, dont chacun forme un ouvrage étendu et se trouve précédé d'une grande introduction, indique leur sujet et montre avec quelle habileté logique M. Livingston a procédé dans la distribution de son œuvre. Le Code des délits et des peines expose clairement et définit avec netteté toutes les offenses publiques contre l'État, sa souveraineté, ses divers pouvoirs, sa tranquillité, son revenu, son commerce intérieur et extérieur, la monnaie légale, la liberté de la presse, la santé, la morale, la propriété publique, les grandes routes, l'exercice de la religion, et toutes les offenses privées contre les individus, leur personne, leur réputation, leurs droits politiques et civils, leurs professions, leurs propriétés. Il détermine en même temps, d'après la nature du dom- '