NOTICE SUU LIVINGSTON. LXV
mettre à portée de faire leur paix avec le ciel, parce qu'elle évite de les punir de mort, mais ne voudrait pas tuer leur âme. »
En effet, ces condamnés, enfermés pour toute leur vie dans un espace étroit et obscur, morts pour le monde, dans lequel ils ne peuvent plus rentrer, car le droit de grâce ne saurait s'exercer en leur faveur; étrangers à leur famille, qui partage leurs biens ; soumis périodiquement, pendant plusieurs mois de Tannée, à une entière solitude et à une désolante inaction; ne pouvant jamais ni respirer un air pur, ni voir un rayon de soleil; ensevelis dans leur cellule comme dans un tombeau sur lequel se lit déjà leur épitaphe, ne sont-ils pas punis plus cruellement que ceux auxquels la vie n'est pas laissée à ces terribles conditions ? N'est-il pas à craindre que leur raison ne succombe, que leur âme, que l'on veut sauver, ne se. désespère? S'il ne faut pas tuer le corps, il faut encore moins tuer l'intelligence, car il vaut mieux être mort que fou. Aussi de pareils châtiments excèdent les droits de la société, et semblent une inconséquence dans le système de M. Livingston, qui, voulant réformer le criminel, ne devait pas plus admettre de peines irrémissibles que de peines irréparables.
M. Livingston, qui expose Tintelligence humaine à succomber sous ce supplice, n'a-t-il pas, dans d'autres circonstances, manqué ou de prudence, ou de modération, ou même de véritable esprit de justice? Le besoin de rechercher et de découvrir la vérité ne l'a-t-il pas conduit trop loin, lorsque, malgré la sage répugnafice de nos codes, il a admis la femme à déposer dans la cause du raari, et le fils dans la cause du père ? 11 ne convient pas de placer l'homme entre deux devoirs contraires, et de lui donner le choix entre la niature et la loi, l'affection et le parjure. N'a-t-il pas été trop rigoureux en assimilant