LXVIÎI NOTICE SUR LIVINGSTON
le ravisseur qui viole au meurtrier qui tue? On peut aussi lui reprocher d*avoir été trop indulgent pour les délits qui naissent des liabitudes démocratiques, et trop sévère pour les actes de récidive, contre lesquels il prononce dans tous les cas l'emprisonnement perpétuel, considérant comme incurables ceux qui les ont commis, parce qu'ils ont eu sans doute le tort de résister à son régime. Eu un mot, on serait tenté de le regarder quelquefois comme trop exigeant par goût de la vérité, trop facile par condescendance pour les entraînements populaires', trop rigoureux par esprit de réforme.
Malgré les imperfections inséparables d'une aussi grande œuvre, la législation pénale de M. Livingston présente un vaste et superbe ensemble. Ses quatre codes se tiennent et se complètent. Us sont comme une voûte dont chaque pierre formerait la clef. Si l'une était enlevée, toutes crouleraient. Il l'a dit lui-même avec (e juste sentiment du mérite de son livre, et il a ajouté : a Cet ouvrage, poursuivi pendant plusieurs années, avec une attention qui ne s'est jamais ralentie, avec une déférence respectueuse pour les opinions des autres, et une observation rigoureuse des résultats pratiques, me laisse la conviction bien satisfaisante d'avoir pris toutes les précautions possibles pour me garantir de la présomption de moi-même, de n'avoir négligé aucun des moyens qui pouvaient ni'étre suggérés par le sentiment profond de son importance, et le désir religieux d augmenter le bonheur des individus en établissant les vrais principes de la justice publique. »
En effet, M. Livingston, pourvoyant en général à la défense de la société avec le sentiment de la justice, procédant à la poursuite du crime avec le respect du droit, recherchant la preuve des faits avec le goût de la vérité et le besoin de la certitude,, et punissant les coupables avec
NOTIGB SUR UVINGSTON. LXIX
le désir de leur réforme, a composé un livre qui se' recommande à l'attention des philosophes comme un beau système d'idées, et à l'usage des peuples comme un vaste code de règles*.
Ce grand travail venait d*étrc terminé. M. Livingston, nommé de nouveau membre du congrès des Élats-Unis, s'était rendu à New York pour l'y faire imprimer. Une nuit, après avoir soigneusement relu son manuscrit avant de Je livrer à l'impression, vaincu par le sommeil, il le laisse sur une table de marbre ; à son réveil, il ne trouve plus que des cendres; le feu avait tout consumé. Les lentes conceptions de son esprit et ses espérances de gloire étaient détruites en même temps. Ce que M. Livingston ressentit à cette grande perte, tout le monde peut l'imaginer, mais personne ne l'aperçut. Les âmes faibles regrettent, les volontés vigoureuses réparent. M. Livingston se remit au travail le jour même, et, en moins de deux ans, son code, entièrement refait, parut tel que nous le possédons ^ Ici, je ne sais s'il ne faut pas plus admirer encore en M. Livingston la force de caractère qui lui fit recommencer son œuvre que la force d'esprit qui la lui avait fait entreprendre.
La publication de ce vaste système de lois consacra la renommée de M. Livingston dans sa patrie, et la répandit dans le monde entier. Le Brésil prit le code de M. Livingston pour base de sa législation. La république de Guatimala n'hésita même point à Tadopter. Dans le vieux continent, meilleur juge encore en matière de lois et d'esprit, M. Livingston recueillit des hommages universels. L'opinion européenne le compta au nombre des
1 Ce système de lois pénales, comprenant quatre codes, un livre des déiinitions, et des introductions à chaque code, est écrit en anglais, et a été traduit en frauçaU par T.-Jules d'Âvezac, président du collège de la Nouvelle- Orléans.