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législateurs philosophes, et notre Académie, dès qu'elle fui rétablie, s*empressa de lui témoigner toute Festime qu*ello portait à ses trayaux en le nommant Tun de ses cinq associés étrangers. M. Livingston se montria glorieux d'avoir partagé avec son illustre compatriote Thomas Jefferson, l'honneur d'appartenir à Tlnstitut de France.
f^ congrès américain lui-même, frappé du mérite que présentait le code destiné à la Louisiane, chargea M. Livingston de préparer un code spécial pour toutes les cours fédérales des Etats-Unis. Ces cours sont appelées à juger les délits commis contre le gouyernement et le droit de rUnion. M. Livingston se rendit au vœu de son pays. Il conçut sur le même modèle, d'après les mêmes vues, mais en lui donnant des dispositions différentes, une législation fort étendue, qui embrassait tous les délits commis en matière d'assemblée, d'élection, d'excès d'autorité, de révolte, de trahison, de douanes, de piraterie, de guerre et de droit des gens. Il en détermina les caractères, régla la procédure, fixa les châtiments. Ce code, qui place Fe droit des gens à côté du droit politique, qui introduit pour la première fois dans une loi nationale les principes de la justice universelle, restés jusqu'ici dans les mœurs des peuples comme simple usage qui n'était pas toujours observé, fait grand honneur à l'esprit philosophique de M. Livingston. Le système pénal destiné à l'État particulier de la Louisiane, et le système pénal approprié au service des cours fédérales^ systèmes dont Tun est en discussion cette année même à la Nouvelle-Orléans, et dont l'autre sera sans doute bientôt adopté par le congrès américain, forment les deux vrais titres de M. Livingston à la reconnaissance de son pays et à l'attention de la postérité.
Après avoir achevé ces vastes travaux, M. Livingston consacra le reste de sa vie à la politique. 11 était membre du Sénat lorsque son ami le général Jackson fut élevé à la
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pP8«deiice des États-Unis: Il refusa d'abord de hautes fonctions quilui furent offertes; mais, à la veille d*une crise nationale il accepta le ministère des affiiires étrangères. Dans ce moment, les États du Nord et les États du Midi, dont les uns étaient manufacturiers et les autres agricoles, se trouvaient divisés d'opinions comme dlntérêts, sur les tarifs auxquels étaient soumises les marchandises étrangères. La Caroline du Sud, donnant le signal de Tinsurrection contre la loi qui réglait les tarifs, Tavait déclarée nulle, et avait pris les armes. Les États-Unis d'Amérique^ violemment atteints par la maladie qui menace de mort les fédérations, semblaient prêts à se dissoudre. Dans cette circonstance périlleuse, M. Livingston inspira sa modération et prêta son éloquence au président Jackson. Use prononça pour la conciliation, et il rédigea cette belle, touchante et patriotique proclamation qui contribua si puissamment à prévenir la rupture de FUnion américaine. Mais sa prudence, j*ai quelque regret à le dire, parut Tabandonner plus tard, lorsque, nommé ministre desÉlats- Unisen France, il vint y presser Texécut ion d*un traité dont la mémoire est encore si récente : il n'apprécia point, dans ses exigences et dans ses dépêches, les lenteurs inévitables d'un gouvernement libre, et le diplomate se montra moins conciliant que ne l'avait été naguère 1* homme d'Etat
Sa correspondance, publiée en Amérique, permet de penser qu'il était entré trop tard dans une carrière qui exige tant de mesure et de patience dans ses procédés, et qu'il a été loin d'user de son ancienne amitié pour empêcher le général Jackson d'employer un langage inusité entre gouvernements amis, surtout dans un c<is où l'ardeur d'une réclamation d'argent aurait dû être tempérée par le souvenir d'un vieux devoir de reconnaissance.
M. Livingston ne survécut pas longtemps à cette mission. De retour en Amérique, il se retira dans sa terre de
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Montgommery sur les borjs de THudson. 11 s*y livrait depuis quelques mois aux plaisirs tranquilles de Tagriculture, lorsqu'il fut atteint par la maladie qui Tenleva. Ses derniers instants s'écoulèrent entre sa femme et sa fille, auxquelles il exprima ses sentiments d'affection et ne montra qu'une sérénité pieuse. Il expira à l'âge de soixante-douze ans, le 23 mai 1836, le même jour et à la même heure où il était né, d après la Bible de la famille.
A la nouvelle de sa mort, ses concitoyens sentirent qu'ils avaient perdu l'homme qui, par ses œuvres, faisait alors le plus d'honneur à leur pays. La république de Guatimala, qui avait ado|)téson code et donné son nom à sa capitale, décréta un deuil public de trois jours. Ces regrets et ces honneurs étaient mérités. Les hommes comme M. Livingston sont rares partout; ils le sont bien davantage sur cette terre d'Amérique si jeune encore, plus favorable au développement des caractères qu'à la culture des esprits, qui produit des navigateurs audacieux, des colons entreprenants, des explorateurs infatigables, inais peu de ces admirables oisifs sortait delà foule pressée dans toutes les routes de la vie pour se livrer à l'observation de la nature et de la société, en surprendre les secrets et les lois, et les communiquer à leurs semblables auxquels le besoin de vivre ne laisse pas le temps de les découvrir.
Parla mort de M. Livingston, l'Amérique a perdu sa plus forte intelligence, l'Académie un de ses plus illustres associés, et l'humanité un de ses plus zélés bienfaiteurs.