I/AUTEUR AU LECTEUR
La première édition de cet Ouvrage, qui eut alors pour titre : Esprit de la Méthode d'Education de Pestalozzi, fut publiée, en 1812, à Milan, à l'imprimerie royale, à une époque où la Méthode de Pestalozzi , appliquée, sous sa direction , dans l'Institut qu'il avait établi à Yverdun , en Suisse, fixait l'attention d'une grande partie de l'Europe, et surtout des rois et des princes souverains de Prusse, de Hanovre, des divers États d'Allemagne, de Russie, et des États du Nord.
Les Journaux et Recueils périodiques allemands et suisses , qui consacraient de nombreux articles à cette Méthode, sur laquelle près de quatre-vingts différents ouvrages furent publiés en moins de trois années, rendirent un compte avantageux d'un ouvrage français dans lequel elle était exposée avec de grands développements, avec clarté et avec fidélité, sous les yeux et avec l'entière approbation de son inventeur , homme vénérable qu'une sorte de génie instinctif, une vocation intérieure et puissante avaient poussé fortement à rechercher et à mettre à exécution les meilleurs moyens de commencer la régénération morale
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de l'espèce humaine par un Système pratique d'Éducation et d'Instruction perfectionnées .
Le roi de Bavière, Maximilien-Joseph, adressa des félicitations et des remercîments à l'auteur, dans une lettre écrite de Munich, le 22 décembre 18 11. — Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, lui écrivit, en date de Breslau, du 16 mars 18 13, une lettre, accompagnée de l'envoi d'une médaille d'or, « pour lui témoigner sa reconnaissance, et pour rendre justice à la pénétration avec laquelle il avait approfondi le système et les vues de Pestalozzi. » — Le respectable Charles d'Alberg, prince-primat, qui lui-même avait connu personnellement Pestalozzi et l'honorait de son estime particulière, exprima sa vive sympathie à l'écrivain français, qui s'était rendu l'interprète et le commentateur du célèbre pédagogue suisse. — S. A. I. et R. le prince Eugène (Beauharnais) , vice-roi d'Italie, et M. le comte de Montalivet, ministre de l'intérieur en France , accordèrent aussi leurs éloges et leurs encouragements au même écrivain , et manifestèrent l'intention d'introduire dans les écoles publiques d'Italie et de France quelques-unes des améliorations qui avaient été appliquées avec succès dans l'Institut normal et expérimental d'Yverdun.
Aujourd'hui, en 184^, Pestalozzi est descendu, depuis plus de quinze années, dans la
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tombe; I'Institut d'Yverdun, qu'il avait fondé, n'existe plus. La plupart de ses collaborateurs, de ses instituteurs et de ses élèves ont aussi disparu de la scène du monde, ou sont dispersés dans beaucoup de contrées et de carrières différentes. Bien peu d'entre eux sont restés fidèles à sa mémoire et à ses doctrines , ainsi qu'à l'observation religieuse des règles et des principes qu'il avait professés et appliqués. Un seul Etablissement , très-digne de l'attention des amis de l'humanité, et dans lequel vit encore tout entier l'esprit de Pestalozzi , I'Institut d'Education d'Hofwil, près Berne, fondé et dirigé par le respectable Fellenberg, ancien ami et presque disciple de Pestalozzi , dans le sein duquel il avait puisé ses premières inspirations, reproduit, de nos jours, et très-fidèlement à beaucoup d'égards, l'Institution si bienfaisante et si pure, mais dont l'existence fut si courte et si éphémère, que j'ai tâché de présenter vivante et en action dans cet ouvrage.
La BONNE ET TENDRE MERE DE FAMILLE , véritable et unique type de V Education perfectionnée, voudra connaître à fond une Institution modèle où elle pourra puiser utilement des instructions, des directions et des vues pratiques, dont son cœur lui fera sans doute apprécier la bonté , mais qu'une volonté forte et persévérante la rendra seule capable de bien appli-
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quer avec ses enfants. Elle ne sera point rebutée par des détails quelquefois arides et minutieux, par des discussions un peu abstraites , par des répétitions fréquentes que l'auteur aurait peut-être dû éviter, et qui , néanmoins, contribueront, je l'espère, à inculquer plus fortement dans les esprits , à graver dans les cœurs , à identifier avec les habitudes et les relations journalières, des sentiments, des idées et des procédés, trop souvent étrangers aux personnes appelées à diriger, à former et à instruire la première enfance , l'adolescence et la jeunesse.
Le plus impérieux besoin des sociétés humaines est la bonne Education et l'Instruction solide et complète des générations nouvelles qui viennent s'incorporer à nous , et qui doivent nous remplacer.
Satisfaire à cet immense besoin, c'est l'obligation sacrée , le véritable intérêt de conservation, la condition essentielle d'existence et de puissance durable d'un gouvernement qui a le sentiment de ses devoirs, et qui veut fortement la prospérité et la gloire du pays dont l'administration lui est confiée.
Si l'ouvrage que je publie, et qui renferme, je crois, un ensemble assez complet de principes et de vues sur l'Education, peut fixer l'attention des hommes préposés à la haute direc-
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tion de l'Instruction publique, et s'ils y trouvent quelques ide'es dont l'application pratique leur paraisse bonne et utile, et appropriée à nos besoins actuels , je me féliciterai d'avoir pu coopérer ainsi, pour ma faible part, aux améliorations si urgentes que réclame, dans beaucoup de branches, notre système actuel d'éducation et d'enseignement. Le concours des hommes de bien et des amis du progrès social, sagement et largement compris, est très-nécessaire pour amener ces bienfaisans résultats ; et je répète ici avec une intime et profonde conviction ce que j'ai dit ailleurs (i) : Aimer les hommes est la première condition pour les former dans V enfance et dans la jeunesse ; pour les conduire et les gouverner dans l'âge mûr.
N. B. Je crois devoir placer ici le résumé sommaire de l'éducation pestalozzienne, qui présente en quelques pages l'analyse assez complète de l'ouvrage entier auquel il sert de préambule , et qui me paraît devoir en rendre l'intelligence plus facile. Je terminerai cet Avertissement par une Ëpitre en vers a la Suisse , dans laquelle j'ai payé un double tribut à ses deux illustres citoyens , fondateurs d'institdts d'éducation modèles , Pestalozzi et Fellenberg.
(1) Essai général d'éducation, etc. Seconde édition. Paris, 1835. Avis préliminaire , l'auteur au lecteur, pag. 12 et 13.