DE LA
ou APERÇU DE L'ÉDUCATION PESTALOZZIENNE (1).
• L'éducation donnée par la Méthode de Pestalozzi, souvent citée, mais encore trop peu connue, diffère essentiellement des Educations ordinaires : par ses Principes fondamentaux ; par les Caractères distinctifs qui lui sont propres; par les Moyens spéciaux qu'elle emploie; par les Résultats positifs qu'elle doit produire. Ces quatre points de vue généraux , sous lesquels elle est considérée , forment les quatre divisions d'un ouvrage qui en contient Y Exposé fidèle.
Cette Éducation Pestalozzienne est, à la fois, dans ses vues théoriques et dans ses applications :
i. Éminemment providentielle et religieuse : Elle reproduit, dans tous ses actes, la pensée et, pour ainsi dire, la présence de la Divinité; en respectant elle-même l'enfant, elle l'habitue à se respecter, lui et les autres hommes; elle le pénètre de la dignité, delà sainteté de sa nature et de sa destination.
2. Morale et logique : elle parle toujours au cœur et à la raison; elle rapporte toutes ses instructions, tous ses exercices à la culture de l'âme et à celle de l'esprit.
(i) Voyez I'Essai général d'Éducation , physique, morale et in~ tcllectuelle , etc. Seconde édition, Paris, i835, troisième partie, seconde section, chapitre YIII, p. 25o, 254-
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3. Organique et complète, au lieu d'être superficielle, partielle, et purement mécanique : elle pénètre et forme l'homme tout entier.
4- Libre et naturelle, au lieu d'être gênée, contrainte, servile, et, pour ainsi dire, artificielle et factice : elle laisse l'enfant se développer en liberté tout entier, et prononcer fortement sa véritable nature.
5. Harmonique dans toutes ses parties : elle s'attache à mettre d'accord et en harmonie le développement des facultés et V acquisition des connaissances.
6. Positive : ellfe reconnaît, dans la nature intérieure de l'homme, un germe fécond par- lui-même a développer, au lieu de n'y voir, comme l'Education vulgaire, qu'un vase -vide a remplir.
7. Intuitive , ou toujours appliquée à faire servir au développement et à l'instruction des enfants l'action primitive de leur intelligence qui doit éclairer les objets de sa propre lumière : elle emploie partout une méthode intuitive, et donne ainsi I'intuition , ou la vue intérieure } claire et distincte, de tout ce qu'elle apprend.
8. Graduelle et progressive : elle s'avance toujours du simple au composé, du connu à l'inconnu.
9. Liée et continue dans toutes ses parties : elle enchaîne toutes ses opérations, pour en former une série sans lacunes.
10. Mixte et combinée : elle participe à la fois de V Education privée ou domestique , et de famille; de X Education publique et sociale
11. Analytique : elle isole et sépare chacun des éléments, chacune des sphères dont elle se compose, chacun des objets de l'enseignement, chacune des habitudes qu'elle Yeut donner, chacun des exercices par
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lesquels elle développe les facultés; elle s'attache à distinguer, à bien apprécier les principes particuliers, susceptibles de modifications infinies, qui concourent, soit à des époques différentes, soit simultanément, à Ja formation et au développement de l'homme, savoir : i °. La Mère de l'enfant , son^ère, safamille; 2°. Y École ou X instituteur qui leur succède , ou qui se combine avec eux; 3°. La nature extérieure, qui s'unit à la double action de la mère et des parents, de l'instituteur ou de l'école; 4°« La société, ou les rapports de l'enfant avec d'autres individus, hors de sa famille; 5°. Le noviciat , ou Y apprentissage de chaque état ou profession , qui devient, pour l'enfant ou pour le jeune homme, une sphère nouvelle dont il reçoit l'impression et subit l'influence.
12. Habituellement pratique, ou fondée sur l'existence même : elle puise les moyens et les ressorts qu'elle emploie dans toutes les circonstances de la vie; tout ce qui environne l'enfant devient un motif et un mobile pour le faire agir, et contribue à développer ses facultés et son caractère.
. L'Education , dont nous venons de signaler les douze éléments primitifs , ou principes fondamentaux , est également, dans les relations de l'instituteur avec ses élèves :
i°. Douce et tendre , affectueuse et maternelle; la mèee de famille est le type et le modèle naturel de l'éducation , comprise dans son véritable sens(i).
(i) La Mère de Famille est la fidèle image de V Education Pestalozzienne. L'amour maternel absorbe la mère. Celle-ci embrasse l'enfant sous tous les rapports ; elle éveille , excite ses sentiments, dirige ses actions, prend et aime l'enfant tout entier, se donne tout entière à lui. Cette généralité d'influence est l'un des traits caractéristiques de la Méthode, qui prend la
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2°. Rationnelle ou raisonnée.
3°. Simple et claire dans toutes ses opérations.
4°. Inspirée et dirigée par un esprit de détail et par un esprit d'ensemble.
5°. Solide et substantielle; elle donne tout au Jonds des choses.
6°. Proportionnelle dans ses divers degrés, toujours attentive à fondre ensemble la forme de l'enseignement et les objets mêmes des connaissances.
7°. Régulière clans ses procédés et dans ses actes.
8°. Primaire , secondaire } et, à quelques égards, spéciale et professionnelle.
q°. Modifiée , ou relative , suivant les sexes, et faisant servir, d'après le vœu de la nature et le but de la société , le rapprochement même des enfants des deux sexes à leur culture et à leur perfectionnement mutuels. L'Éducation ordinaire des jeunes garçons et des jeunes filles, soigneusement tenus dans un état de séparation habituelle et d'isolement absolu, tandis qu'ils sont destinés à vivre ensemble, est évidemment incomplète, défectueuse, et un véritable contre-sens.
io°. Exemplaire et normale , ou dirigée dans la vue
Mère pour tvpe et pour modèle. L'ensemble des forces de l'enf;int est occupé et développé. Elle forme à la fois son corps et ses habitudes , son cœur et son esprit. L'amour devient le principe de l'obéissance; l'enfant se porte de cœur et d'àme, par sentiment, par instinct, à faire tout ce que sa mère demande. La mère , lorsqu'elle veut faire obéir l'enfant , le ûxe sur un point donné pour maintenir son attention et son activité , pour lai faire saisir l'individualité de chaque objet. — Une fille oublie tout pour faire plaisir à sa mère, passe la nuit pour s'occuper d'une broderie ou d'un travail qu'elle lui destine. Elle acquiert, par une habitude salutaire, par l'influence d'un principe pur et louable, d'un mobile éminemment moral, la force de se vaincre elle-même , de dompter la nature...